VDV #54: Poker face!

vdv54 rémy

Illu de l’excellent Remy

Ha on l’attendait le thème de notre petite Anne. Elle qui adore mettre son grain d’orge, de sel, de folie, de ch’nin un peu partout. Et elle n’a pas déçu. L’Anne est facétieuse, joueuse même! Pas étonnant donc que ce choix de thème: "soyez joueurs!"

Après la coopération et un passage à l’orange, retour au ludique. Au fun.

oh, girls just wanna have fun

Pour une fois, je ne vais pas râler: je vais même louer cette excellente initiative. Revenir au plaisir, à l’essence de ce pour quoi on aime le vin, ça pourra en dérider certains. Il est même sûr que ça va déboucher sur une grosse dose d’humilité retrouvée.

Tu la sens ma grosse humilité?

La dégust’ à l’aveugle fait peur, et souvent à raison. Une fois qu’on a un peu de bouteille, un simple déchiffrage d’étiquette nous fait déjà projeter le pinard derrière. Il sera comme ci, ou comme ça, pensez c’est un pinot noir, les pinots noirs sont forcément comme ci, ou comme ça. Déformation pro, on emmagasine un savoir qui parfois nous encombre un peu, nous fait oublier les sensations. Juste les sensations.

Goûter en ne sachant pas ce qu’on a dans le verre, ça empêche de se la péter. Ça ramène le cul sur la chaise et ça dégonfle les cous. On est seuls. Tous seuls face à un vin qui nous nargue. Qui ramène sa fraise, qui titille du bout du tannin, qui fait penser à … Mais n’est peut-être pas du tout celui auquel on pense.

Cette semaine se déroulaient les championnats du monde de sommellerie. Y incluse évidemment la fameuse dégust’ à l’aveugle… Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’au jugé des résultats, nous, les pros, qui nous targuons de savoir bien déguster, on devrait un peu fermer nos clapets et faire moins les malins. Sur le même vin, ces sommeliers hyper-entrainés ont eu des divergences de millésimes,  région, de pays, et même de cépages flagrantes. Un coup à se dire que jouer à ce petit jeu revient à lancer une partie de poker: on prend des risques ou pas, selon qu’on ait des certitudes ou qu’on bluffe, mais en aucun cas on n’est sûr de sortir gagnant.

Anne ma soeur Anne, ne vois-tu rien venir?

Je ne vois que le ciel qui flamboie et le chem… OH ZUT, j’ai soif!

J’ai choisi de jouer de façon un peu particulière: faire s’affronter deux maisons de portos, dont je n’ai encore jamais dégusté les vins, en face à face. Bien sûr, je ne sais pas qui est qui: les bouteilles sont dissimulées, j’ai juste une indication A ou B pour chaque type de portos (un blanc, un ruby, un tawny, un 10 ans, un 20 ans). Pour ceusses qui ignoreraient encore les différents types de portos -ils seront fessés en place publique- rappel ici.

Go go, on attaque:

Portos blancs

A: Un nez sur la confiture de poire, avec de l’épice douce, une pointe de cannelle qui chatouille. La bouche est ample, confortable comme un bon vieux jogging, donne envie de régression avec juste ce qu’il faut de sucre.

B: Nez beaucoup moins flatteur, en épluchures de pomme. On est quasi sur du cidre, avec un poil de caramel. La bouche est serrée, impénétrable. Seule une pomme très mûre, quasi blette se laisse deviner à la fin, avec une perception d’alcool puissante.

Un point pour le A

Portos rubies

A: Un bonheur que ce nez: une vraie marmelade dans laquelle on plonge comme les petits enfants les doigts dans le pot. La bouche est souple, les rouges sont là, croquants, légers. L’impression de sucre est plus que discrète, il y a même un amer pas malvenu pour le coup de fouet.

B: Un animal tout propre, mais devant le fruit qui discretos ne se laisse pas prendre direct. La bouche est toute en réglisse, en bois de cèdre. Manque le tonique fruit des ruby, malgré la jolie couleur.

Un point de justesse pour A

Portos tawnies

A: Un nez tout timide, où une lichette de rancio se fait sentir. La bouche est fluide, tendue, avec du raisin de Corinthe, de la vanille, tout en tendresse. Joli!

B: Le nez est plus expressif, toujours rancio mais moins marqué,  avec de la cire, du raisin muscat, de l’orange. La bouche est ample, gourmande. Le fruit est net et beau, à l’inverse du précédent il est moins typé tawny.

Un point pour A

Portos 10 ans (tawnies)

A: Couleur pâlotte, presque translucide. Le nez s’exprime en cire d’abeille, abricots secs, amande. La bouche est étonnamment fraiche et souple, avec de franches notes oxydatives et un beau pamplemousse confit. Équilibre et élégance, un style que j’adore.

B: On part loin au nez: de la fève tonka, du cacao; et une fumée qui nimbe tout. La bouche est over-massive, autour du chocolat amer, des fruits à noyaux, du macis… L’alcool est bien présent, mais pas dérangeant.

Un point pour le A, bien que les deux soient très plaisant, c’est surtout le style qui me parle plus.

Portos 20 ans (tawnies)

A: En rancio, moins marqué que sur les 10 ans précédents. La bouche est fine, avec une belle fraicheur, une pointe saline, du miel sans excès. Bien foutu.

B: Nez fumé et café, mais assez peu expressif. La bouche est souple, en adéquation avec le café, et la torréfaction, léger déséquilibre de l’alcool.

Match nul.

Voilà pour la partie Ray Charles, pour le plaisir deux surprises du chef, au grand jour.

Et donc voir qui sont ces deux maisons, voisines ou quasi. La quinta de Marrocos, qui malgré mon séjour prolongé dans le Douro m’a échappé, et Eirados**.po

Quinta de Marrocos LBV2007:

Nez en cerise kirschée, beaucoup de plaisir et de gourmandise. La bouche déroule, et suit dans la même lignée, toujours cerise très mûre. Belle longueur.

Eirados 10 ans blanc:

Nez décevant, un poil pharmaceutique. La bouche est mieux: plus ouverte, voilà du miel, de l’abricot, une belle tenue et une finale sur l’oxydatif.

po2

Procédons maintenant à la lecture des résultats, au déshabillage des anonymes, au striptease des boutanches!

Blanc A: Eirados B: quinta de Marroccos

Ruby A: Marroccos B: Eirados

Tawny A: Eirados B: Marrocos

10 ans A: Marrocos B: Eirados

20 ans A: Marrocos B: Eirados

En décodant les résultats je m’aperçois que j’ai placé les deux à égalité. Mes préférés restent le tawny 10 ans de la quinta de Marrocos et le joli LBV. Donc comme on n’est pas à l’école des fans ici, merde, on va dire que c’est elle qui gagne.***

Basta!

Tu as soif de portos, maintenant? Tu peux (re)lire ça, c’est le résumé du séjour de novembre dans le Douro.

**Eirados est le jumeau (maléfique) de la quinta Santa Eufémia, déjà goûtée en vieux blancs uniquement.

***pour toute réclamation, s’adresser à la rédaction qui transmettra. Oh, non, on me glisse à l’oreillette que les doléances ne seront pas prises en compte, parce que l’auteure fait bien ce qu’elle veut, elle est un artiste contemporain.

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