On en a margaux*

margaux

*on voudrait larguer les amarres.

- Bonjour, alors présentez-vous et racontez-nous pourquoi vous êtes là.

- Bonjour à tous, je m’appelle Sand, et voilà, je ne sais pas comment vous le dire, j’ai honte

- Allez, Sand, courage, ça ne peut pas être si grave.

- Bon, d’accord. Voilà, je … Hier soir, j’ai goûté des bordeaux.

- Ha… ha?

- Oui, mais ça c’est pas le pire.

- Ho?

- Le pire, c’est que j’ai aimé. J’ai beaucoup aimé. Et le reste de 1986 que les autres n’ont pas descendu, ben je l’ai sifflé sans vergogne.

- Ouch, oui, mais comment est-ce arrivé?

- L’histoire sera peut-être un peu longue, je peux?

- Bien sûr, on est là pour ça.

- Alors voilà. Ça commence en Loire. Une soirée de potes-cavistes-qu’on-ne-se-connait-que-de-FB-mais-qu’après-l’apéro-c’est-copains-comme-cochons. Ça, c’est pour le contexte. Et de quoi parlent des cavistes tous ensemble? De pinard. Of course. A un moment de la soirée, je me rappelle plus très bien pourquoi, on se retrouve dehors devant le resto. Et là, Paco -un mec adorable, entre nous- nous parle de sa rencontre improbable avec un vigneron de margaux. Entre la soupe aux choux et les tontons flingueurs pour la gouaille. Bref, y a une espèce de wine movie qui se dessine: un vieux type, un banc rouillé, des jus d’exception, mais rien passé sous bois. Comment? A Margaux, un mec oserait faire du vin- du vin de garde- sans le mettre dans le bois? Je flaire la bonne histoire. Quelques semaines plus tard, je croise les bouteilles du gars, sur Vins étonnants -toujours entre nous, excellente adresse- et allez, faut que je goûte.

Six millésimes: 2004, 2003, 2000, 1998, 1995, 1986.Paf!

Me voilà donc hier devant les six quilles: paraîtrait qu’il y aurait dedans 30 % de merlot, 30 de cabernet franc, 30 de cabernet sauvignon et 10 de petit verdot.

Ha, le fameux petit verdot de Bordeaux (je vous laisse méditer sur ce jeu de mot).

Anybref.

Tout le vin, j’ai bien dit tout, passe son élevage en cuve béton. Pas en inox, pas en bois, en cuve béton. Posons nous deux secondes et imaginons ce qu’il faut avoir de caractère pour se dire à margaux qu’on ne laissera jamais voir le bois à son jus.

Sans renoncer à faire un grand vin pour autant.

A neuf heures, au taquet, j’ouvrais les quilles pour le soir. Parce que le vin a tendance à la réduc’, parce que je ne voulais pas courir le risque de la bouteille bouchonnée. Je décide de carafer 2003, 2000 et 1995. Je dubite pour 1998, on verra plus tard. 1986 no way, je le laisse bien tranquille. Il a un petit côté  qui ne me plaît pas, qui m’effraie même, mais sa petite sœur est juste à côté au cas où.

Je leur fous la paix toute la journée. Et je vaque.

Vers 20 h, on commence.

2004 était une super entrée en matière: du fruit, une trame un peu serrée, c’est encore un bébé-vin mais on sait qu’avec un peu de patine, ça va déchirer grave.

2003, carafé, était très très flatteur: le nez de cerise et de pivoine a laissé une des dégustatrices en pâmoison.

2000, carafé aussi, plus technique, plus précis a moins fait le show. C’était mon délice, mon amérique à moi, tout ça.

1998 et 1995, en grosse réduction, toujours. Malgré un carafage depuis 9h du mat’ pour 1995 et une aération au « Shaker » (méthode ici) pour 1998: On ne s’est pas attardés, faudra revoir ça une autre fois.

Et 1986.

Oulah, 1986: j’avais 5 ans, des boucles blondes et j’étais fan de Candy. Bref, autant te dire: le pléistocène.

Ce qui nous a tous foutu sur le cul, c’est la jeunesse extrême: une fraicheur de bouche, une souplesse, un fruit, un bonheur de velours.

On dit souvent de margaux que c’est le vin « féminin » par excellence. A part le fait que je m’étrangle à chaque fois, je peux concevoir à quoi ça fait appel dans l’imaginaire. De la douceur, de la finesse, de la tendresse.

Oui, ce margaux était tendre, il nous a cueillis, on était comme des petits enfants luttant contre le sommeil, dans la chaleur bienheureuse, sûrs d’être aimés, une caresse perdue sur la joue.

Voilà, vous voyez où on en est? Je me mets à la poésie, au langage fleuri, etc.

D’ici à ce que je me mette à porter des tailleurs et avoir une coupe glam’, y a qu’un pas.

Ou pas.

9 réflexions sur “On en a margaux*

  1. Ben vous ne nous surprenez pas. Votre rejet du Bordeaux et des Bordeaux était louche. Et à la petit cuillère en minaudant vous redécouvrez des choses connues depuis le commencement du monde (du vin.)
    Deuxièmement, tous les marchands de vin nous présentent des 2009, 2010, 2011, voire des 2012, tout en ayant tous et chacune ou chacun un coin « Prêts à boire » qui se termine en 2007 et commence bien plus tôt, selon le niveau de l’officine et les moyens de sa clientèle, entre 1978 et 2003. Cherchez l’erreur!
    Les oenologues nous fabriquent des vins bons à boire dès le berceau, c’est entendu, un peu fatigante d’ailleurs cette antienne, mais qui ont peu à voir en goût et en plaisir avec ce qu’un pinard peut offrir à sa maturité, quelle qu’en soit le nombre des années. L’époque un peu médiocre essaie de nous faire oublier ce constat de base, mais c’est raté.
    Ah, tnat que j’y suis, un Américain (du Nord) a inventé l’an passé le « Coravin », un appareil pour extraire du vin d’une bouteille sans l’ouvrir et en lui permettant de poursuivre son vieillissement sans encombre. 279 dollars, autour de 240 euros, une fois par vie, ça roule. Il cherche ou cherchait un distributeur pour l’Europe. Un peu partout sur internet on en parle, sans doute êtes-vous au courant, mais pour vos lectrices lecteurs alors, deux liens au hasard et en français:

    http://gje.mabulle.com/index.php/2013/08/02/206612-coravinao-un-gadget-ou-une-rnvolution

    http://www.larvf.com/,coravin-deguster-un-vin-sans-ouvrir-la-bouteille,4361275.asp

  2. Salut,
    Après une bonne nuit, douche et petit déjeuné… bref vino,dodo, boulot!
    J’en ai encore plein la bouche dece BAMA. Merci pour la dégust, surtout 03 et 86!

  3. Je te rejoins sur vin étonnant, c’est un vrai caviste, avec une idée du vin tout ça, tout ça, et j’étais très content de ma commande chez lui.
    D’ailleurs il a du 1986.
    D’ailleurs je suis né en 1986 (rien à foutre de boire un truc de mon année de naissance en fait, c’était juste pour vous rappeler votre âge à tous).
    D’ailleurs on m’a demandé «Hééé, tu veux pas un petit cadeau de noël ?».

    Une affaire pliée. Merci Sand.

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