Vingt fois dans le crachoir …

C’est curieux comme on peut avoir des a priori, et puis à la dégustation, pfiouuu envolés. La preuve par deux: deux domaines extrêmement différents.

L’un est un domaine familial, ligérien, plutôt très traditionnel.

L’autre est une reprise-création, toscane, d’un belge-pas-vigneron-pour-un-sou au départ.

Sébastien du Petit Thouars travaille dans la continuité, chargé de comm’ pour le domaine tandis que ses parents sont les actuels proprios.

petit  Domaine existant depuis 1636, on se doute que le mot « tradition » est une évidence pour le décrire. Sur quinze hectares,entre Chinon, Saumur et Bourgueil y a du boulot. Pour l’anecdote, le maitre de chai actuel s’appelle Michel Pinard, ça ne s’invente pas. Je ne connaissais le domaine que de nom, donc toujours prête à découvrir, me voilà avec six quilles dans les pattes. Quatre rouges -c’est la spécialité du domaine- un blanc tranquille et une bulle.

Les différents rouges sont tous extrêmement classiques, bien faits, mais peut-être un poil passéistes à mon gout. Une forme d’austérité,  des vins en robes de bure, bien que les millésimes différents m’aient donné une petite idée du potentiel: faut leur laisser trois-quatre ans pour des vins qui iront en s’affinant, perdant un peu le profil sombre  et gagnant en complexité. Si on cherche du gourmand, il faut passer son chemin: on est ici dans un tout autre registre. Sans doute qu’ils sont plus dans leur chair en accompagnement, à table, mais là, goutés seuls ils sont un peu trop secrets pour moi. L’étiquette ne ment pas sur le produit, au moins: on s’attend à ce qu’on a dans le verre, quelque chose de bien fait, d’honnête et pas extravagant.

La très bonne surprise vient de la bulle: elle n’est pas élaborée au domaine seul, mais réalisée avec un peu d’aide.

thouarsJ’ai aimé la finesse, la fraicheur et la précision. On oublie qu’on sait -aussi- faire de très belles choses effervescentes en Loire, de quoi étancher large soif ou mouiller du grignotage.

Le blanc aussi me surprend, dans le bon sens: de la fraicheur, de la tension, avec un bout de chèvre, dinette improvisée il a fait merveille. Le chenin, quand c’est tendu comme un arc, j’aime bien.

Je pensais adorer les rouges, j’ai nettement préféré les blancs, bam: première leçon.

Château du petit Thouars, cuvées de 5 à 10 euros (prix indicatif)

On continue avec le domaine suivant.

Olivier Paul-Morandini n’était absolument pas destiné au monde de la grappe, au départ. Son parcours évoque indéniablement un coté combatif et opiniâtre, qui s’il ne l’a pas préparé de manière directe à la gestion d’un domaine viticole ne peut que lui servir tout de même. Comment un belge se retrouve à faire des vins toscans? Par hasard, coup de cœur, concours de circonstances…

Olivier, à droite sur la photo

Olivier, à droite sur la photo

Olivier voyage pour son travail, pas mal, et notamment en Italie. Un jour, un vin lui fait un drole d’effet: il va visiter le domaine, tente d’en acheter quelques caisses. Nada. Le vigneron refuse de vendre en direct.

Fin de l’histoire? Non.

Olivier monte un bateau un peu grand-guignolesque avec des potes, et voila la possibilité -enfin- d’acheter chaque année quelques dizaines de bouteilles. L’histoire se répète, un an, deux, trois, quatre… Le belge et le vigneron vieillissant se lient de connivence. Et un jour -c’est presque une scène de film- le vieux toscan lui propose de racheter le domaine. Olivier fonce: c’est oui! Il multiplie les allers-retours avion pour « apprendre le taf ». Jusqu’au grand saut. Ça y est. Il est proprio. Oh, pas de grand chose, un vignoble riquiqui. Il faudra agrandir pour que ce soit viable. Mais avant tout, il va falloir devenir vigneron.

Dur.

Compliqué.

Exigeant.

Ce serait à refaire, je ne me lancerais probablement pas. Ou pas pareil.

Il y évidemment beaucoup à dire sur la Toscane: à la fois sur ses chiantis, sur son sangiovese, sur sa beauté, et sa sauvagerie. Il y a des tonnes d’histoires à raconter sur l’émergence des super toscans, sur le bien ou le mal selon les versions qu’ils ont fait à la région. Ma balance personnelle penche du coté du bien: même si je ne suis pas fan de certains, trop « européens » à mon gout, pas assez « ritals », il n’en reste pas moins qu’ils, tous autant qu’ils sont, les Sassicaia, Ornellaia et consorts, ont donné un fameux coup de projo à la région.

Mais basta!

Olivier s’est présenté à moi avec quatre vins. Amaë un cabernet-sauvignon avec une cuillère à soupe de merlot (sic), Lino un sangiovese pur, Pemà composé de 60% de cabernet-sauvignon, 25% de cabernet-franc et le reste de merlot et  d’Acco qui est un 100% alicante.

J’attendais beaucoup du pur sangiovese. Je me disais qu’évidemment ce serait celui qui me plairait/ me parlerait le plus. Parce que j’ai une théorie: ne réussiront jamais aussi bien dans une région que les cépages qui y ont été plantés depuis des lustres. Comme un cassoulet sera toujours meilleur à Carcassonne plutôt qu’à Strasbourg.
Et paf! Plantade.
J’ai trouvé le sangiovese très bien, mais manquant un peu de cette fougue italienne que j’aime tant.
En revanche, Amaë lui l’avait: un nez de fruits murs presque cuits au soleil, de la pierre chaude, une bouche longue et soyeuse, une finale avec à la fois tannins, puissance et acidité.
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En bref, et je suis la première à être sur les fesses de ce que je m’apprête à écrire:
Le cabernet avait bien plus d’âme ritale que le sangiovese.
J’écris souvent qu’il faut absolument rester ouvert dans le monde du vin, et ne pas s’accrocher à ses certitudes: en voilà encore une belle démonstration.
Pema est le petit frère d’ Amaë : moins riche, moins abouti, mais assez digeste c’est un vin moderne et bien fait.
Truc rigolo, Olivier tient aussi à élaborer une « buvette ».fuo
Un vin plus accessible, plus facile à boire, un peu moins cher que ses grands frères et contenant le moins de soufre possible ( SO2 totale de 36 mg, ce qui le place aux environs de ce qui se fait sur les natures italiens). C’est plutôt très réussi: une vraie pureté de fruit, croquant, juteux. La bouteille est d’un litre, ce qui n’est pas un inconvénient: vu comme ça gloute, les 25 cl excédentaires sont bien vite bus. Sur 2013 sortira un 100% ciliegiolo dans le même esprit.
Là encore, je pensais beaucoup de bien a priori du sangiovese, mais là encore je me suis gourée. Mes coups de cœur vont à d’Acco mais surtout, surtout à Amae.
Fuori mondo, cuvées de 25 à 50 euros (prix indicatifs).
Tous les jours, on continue d’apprendre, n’est-ce pas?

 

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25 réflexions sur “Vingt fois dans le crachoir …

    • c’est assez difficile à définir, c’est plus de l’ordre de l’impression chez moi. Un mélange d’impressions, de force, de soyeux, de l’alcool présent mais jamais omniprésent, bref je pense que c’est assez compliqué de mettre de vrais mots …

  1. Bon, bah, les spécialistes du vin, vous pourriez peut-être orthographier correctement les termes qui vous sont propres : tanins et non tannins ! En revanche, tannique s’écrit bien avec deux « n »…

      • Je lis dans le « Nouveau dictionnaire des difficultés du français moderne » de Joseph Hanse – qui est reconnu comme une bible incontestable – que tanin, dans la classification par ordre alphabétique, est écrit avec un seul « n », avec l’ajout suivant : nom masculin, s’écrit plutôt avec un « n » qu’avec deux. De même, « taniser », « tanisage ». Bon appétit et… large soif !

  2. Un vin italien… c’est comme Marcello Mastroianni… ça à la classe naturelle, mais çà n’est pas prétentieux pour autant…. C’est soyeux, ensoleillé, épicé et çà a gardé du fruit… sans les lourdeurs Italo/Californienne à la Coppola

  3. Quand aux vins rouges de Loire…. c’est râpeux, brusque et çà dit d’où çà vient… Pas de chichis…. si c’est rond en bouche, c’est de la trahison.

  4. Je trouve que c’est une vision un peu exotique des vins italiens…Tous ne sont pas des Mastroianni… Prenez un Barbera de base, il n’a rien de soyeux et de classe, il est plutôt ‘lourd et sans chichis’ comme vous dites (mais comme vin de table tout à fait honorable). A l’inverse, j’ai découvert récemment les Chinons que j’apprécie précisément pour ces qualités soyeuses et rondes… de fruits compotés et d’épices. Un vrai délice! (de la part d’une vraie ritale made in Paris). Quand aux français, ils sont toujours aussi pinailleurs avec un seul N surtout lorsqu’ils n’ont rien à dire ;-)

    • Tous ne sont pas Mastroianni (hélas :) ) mais ils parlent tous italiens. Il y a du nord au sud, une résonance commune (quand le sol+ cépage+ vinif sont réunis). Quant aux chinons, il en est aussi avec des profils purs, plus droits, minéraux…

    • Bah désormais pour moi ce sera cavilatrice et cativa ortografia pour miss Lilouiou ! Je pense que cela ne la laissera pas indifférent de massacrer sa langue maternelle. Quant aux chinons, comme je n’ai rien à dire, je lui recommande malgré tout celui du Clos des Capucins de Fiona Beeston…

  5. Tout est question de souvenir…. né dans la région de Chinon et élevé aux vins râpeux et faibles en alcool (sauf années de canicule)… Difficile de se reconnaître dans les Chinon concours actuels… lourds comme des Corbières, superbe en bouche…mais inadaptés à un casse croute entre copains (copines), point fort des Vins rouge de Loire.

  6. Quand aux vins italiens… c’est à chaque fois le voyage… avec toute la palette des vins du plus charpenté au plus aérien. (sauf les rosés pas au niveau)
    Mais avec à chaque fois ce style épicé et fruité qui captive la bouche et laisse pantois.

  7. Quand au tanin ou tannin… çà dépend du vin…c’est selon s’il rend bavard ou songeur !
    Certain se suffise d’un « n »… d’autres en méritent 2, voir 3 !

    • C’était juste une boutade en forme de néologisme en « français spaghetti » comme le nommait le grand Cavanna, à partir du verbe (peu usité de fait) « cavillare » = ergoter, chicaner… Je suis d’accord avec vous sur les libertés que certaines plumes peuvent s’accorder sur certaines règles orthographiques au profit de l’expression et de l’émotion suscitées…

      • S’il n’y avait que le fait de chicaner sur les mots, mais ce n’était point du tout mon propos. La parole est libre mais, en l’occurrence, ce n’était pas « cavillare sul senso delle parole », mais juste de rétablir la langue française dans son intégrité. Et, n’en déplaise à notre amie de la « Pinardothèque », j’ai la faiblesse de croire que le « Hanse » est plus dans l’air du temps que le dictionnaire de l’Académie française… D’ailleurs, juste un petit d’esprit (quoique !), savez-vous le mot qui est le moins recherché dans un dictionnaire… eh bien, c’est justement le dictionnaire !

  8. J’aimerais bien qu’on ne mette pas tous les français dans le même sac ;) Surtout pour ceux qui vivent en Toscane dans le joli village du vigneron belge Olivier! J’aurais aimé qu’on parle de vins plutôt que de batailles de dictionnaires!
    J’ai bien aimé l’analyse de Sandrine, assez juste pour quelqu’un qui n’est pas venu sur place. Il y a beaucoup de différences entre les Sangiovese de l’intérieur (Montalcino, Chianti Classico) et les Sangiovese de la Costa Toscana. Celui de FUORI MONDO est probablement l’un des plus réussi sur la Costa Toscana, mais c’est vrai qu’AMAË est le grand vin incontestable du domaine! N’en déplaise à tous ceux qui pensent que le Cabernet Sauvignon n’a pas sa place ici… A ce sujet, j’ai ouvert ce soir un Saint Estèphe d’un ennui redoutable, cher de surcroît pour sa qualité, qui me donne furieusement envie de m’ouvrir dès demain un petit vin du coin! Amitiés Toscane (j’espère que je n’ai pas trop fait de fautes…)

    • Libre à chacun de ne pas aimer la langue au sens noble du terme. En revanche, pour avoir été un des auteurs du Guide des Vins du Monde de Slow Food (deux éditions en 1993 et 1996), j’adhère au raisonnement de « Mondovino » (mais qui c’est celui-là ?). Bien évidemment les vins de la côte toscane n’adhèrent que peu au cépage sangiovese, le cépage historique de la Toscane, ils préfèrent des cépages que d’aucuns vont considérer comme internationaux, alors que le cabernet-sauvignon et le merlot se sont toujours bien acclimatés là. Allez, bon appétit et… large soif !

  9. C’est MondIvino avec 2 i… Décidément les coquilles!!!
    Y suffit d’aller sur Facebook pour voir qui on est! (Lien depuis le site web si vous ne trouvez pas!)
    Aujourd’hui le Cabernet Franc à le vent en poupe ici! On vous laisse, on doit aller à la plage…

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