VDV #66 : on the Road again

Il s’avère que quand je lis « 66 », je pense d’abord et avant tout à la fameuse Route.

Nous étions jeunes et larges d’épaules, on attendait que la mort nous frôle.

Je dois être bizarrement conçue, foutue autrement: des bagnoles crasses, des guitares qui crachent, des voix rauques. Sur la route, toutes les routes par extension. Kerouac. L’Amérique au sens large. Cash.

I’m goin’ to Jackson, and that’s a fact.
Yeah, we’re goin’ to Jackson, ain’t never comin’ back.

66 c’est ça pour moi. Partir.

Sauf que la patronne nous a demandé de parler de vins -plutôt normal pour un Vendredis du vin- et de Pyrénées orientales, PO pour les intimes, puisque quiconque est familiarisé avec la géographie française sait que 66 est le nombre du département.

Rhaaaaaa, poussais-je gutturalement (ma langue paternelle m’aide beaucoup à maitriser le son guttural, bedankt papa).

Ok, rassemblons-nous. Le Roussillon, en plein. Calce, évidemment: Gauby? Déjà fait, et puis c’est tellement évident.

Padié? J’adore ses vins, j’aime le bonhomme, et j’ai des copines qui voudraient l’épouser tellement son blanc « fleur de cailloux » est génial (le pouvoir de séduction du vigneron est sans limite). Thomas, du domaine de l’horizon? Lui aussi, grosse personnalité et vins confondants.

Matassa, la nouvelle donne, et tant d’autres…

Les beaux rosés, notamment celui-ci?

Je pouvais choisir l’angle doux: maury par exemple ou rivesaltes.

Bref, le Roussillon, c’est un peu comme la sixty-six: mythique, rocailleux, on y trouve tout et surtout ce qu’on ne cherche pas, on ne sait pas comment ça finira mais on crève d’envie d’y aller, de tailler la route, crinière au vent.

On commence tout doux?

Certains chinent, moi je déniche des trésors.

tres or

Les  ceusses qui aiment bien se régaler à pas très cher connaissent sans doute Jeff Carrel: la vieille mule, c’est lui! Je ne parle bien sur pas de son caractère (quoique) mais de ce joli vin -en cotes catalanes, tiens tiens. Winemaker, le mot qui fait peur: pour connaitre un peu et avoir gouté beaucoup de sa production, Jeff est fiable sur deux choses:

  • c’est souvent très bon
  • c’est très calme au niveau prix

Parfois les vins sont des ovnis, décalés, déjantés. Parfois c’est juste tellement bien fichu qu’on se tape que ce soit classique. C’est le cas de Trés Or. Muscat de rivesaltes, cépage… muscat, bah voui.

J’ai besoin de douceur: du coup dans mon bain (mon coté actrice américaine) (so what), Johnny Cash et le muscat.

Et bien… Je ne changerai pas un mot de l’analyse d’Eric.

L’équilibre entre sucre et acidité est joli, et c’est sans doute ce qui est le plus compliqué à réussir. Garder des fruits dans lesquels on aurait envie de croquer, ne pas tomber dans le soupe. Évidemment, parce que muscat, ça se sniffe sans fin. Mais la bouche lui rend bien, au tarin.

J’ajouterai peut-être juste que servi frais, tout seul, tout nu, c’est parfait aussi.

Deuxième service?

Go!

soulaDeuxième service?

Go!

On pourrait bien par exemple se laisser prendre au jeu d’attraper l’assent, et de jouer à qui « soula » le premier. Parce qu’un Soula peut en cacher un autre. Exit le domaine du Soula, celui des Fenouillèdes, et son étonnant vin orange, notamment. Non, allons à Collioure et goutons cette cuvée Soula. Perdus?

Simple pourtant. Le Casot des Mailloles -c’est le nom du domaine- fait une cuvée « Soula » qui n’a rien à voir avec le domaine éponyme. Ni avec la commune d’ailleurs. On restera moins bouche bée quand on lire qu’en occitan soula ou soulane fait référence à des coteaux ensoleillés plein sud. Comme si ça ne courrait pas les rues en plein cagnard du Roussillon -tu m’étonnes qu’il y ait beaucoup de soula un peu partout, donc.

Imagine que tous ces gens là, suivant cet exemple-ci, se fassent des procès.

On n’en sortirait pas.

Anybref.

Une pure grenache, issue du travail monstre de passionnés. Alain et Ghislaine ont – si on se penche un peu sur le vignoble- plus le profil de forçats que de vignerons. Difficile, exigeant, bosser ici implique des mollets d’acier et un moral itou: remonter les murets qui soutiennent les terrasses, entretenir tout ça, au gré du vent et des caprices des pluies. Mais il y a le vin: probablement que, quand il est en bouteilles, quand on a dans le pif ces senteurs de thym, de laurier, de cerise noire juteuse… Quand on a dans le gosier ce jus gorgé de fruits, de soleil, quand on goute à la pierre chaude et au poivre noir… Sans doute qu’on se console d’avoir bossé si dur. On sait pourquoi on l’a fait.

Du coup, moi quand je bois ce vin là, je me dis que j’ai bien de la chance, de n’avoir pour seuls efforts que ceux de le remonter de la cave et du tire-bouchon. Le Casot des Mailloles est un vrai vin avec une âme. Il ne pourrait pas naitre ailleurs que là: tant pis pour les esprits trop cartésiens qui ne comprennent pas ce que c’est, qui rétorquent que finalement peu importe d’où viennent les raisins, qu’un vin c’est de la technique, au point et puis c’est tout.

Bien sur qu’il faut « savoir faire ».  Mais avec ce petit plus, ce frétillement du cru qu’on sent poindre sur la langue et ces histoires qui la délient c’est tout de même mieux, non?

Voilà deux vins que j’aime. Deux c’est peu. Mais je fais confiance à mes collègues vendredistes pour vous emmener sur bien d’autres pistes.

Le Roussillon est mon Amérique à moi. J’irai encore me frotter à son vent sauvage.

Et tant pis s’il n’y a pas d’Amérique, partir c’est l’approcher: il y a bien une Californie, quelque part où aller.

 

 

3 réflexions sur “VDV #66 : on the Road again

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