Fuck my wine*

afraid*de toute façon, je suis pas une fille sympa.

Ce slogan, facétieusement fourni par la délicieuse Almira a fait mon bonheur. Tellement qu’il est désormais mon avatar twitter. Imaginer ma vie sans vin: impossible. Même si, parfois, ce qu’il y a autour m’agace prodigieusement. Ce n’est pas tellement que j’aie mauvais caractère mais si tout le monde pouvait être d’accord avec moi, ça se passerait mieux. Ceci dit, ma propension à ne pas savoir la fermer y est un peu -beaucoup- pour quelque chose. Résolution 12587: essayer de rester zen. Voilà une drôle de façon de commencer l’humeur du week-end, je vous l’accorde. Mais c’est tout moi: foutraque et désordonnée. C’est ainsi que j’ai gouté plein de vins ces derniers temps, sans presque aucun fil conducteur.

Cette somptueuse syrah suisse tout en poivre noir, soie glissante et plaisir à bouche-que-veux-tu.

cayas

Que dire, sinon s’enduire? Plus sérieusement, la Suisse est un vignoble que j’ai envie d’explorer plus à fond, tant je suis persuadée de la qualité de ses vins, de ses cépages (celui qui a déjà succombé à une belle humagne ou à une petite arvine sait), mais aussi- et j’avoue, ça me fait frétiller, ses syrahs. J’aime ce cépage, pour sa profondeur, son caractère, ses couilles. J’aime quand il me raconte les schistes, le soleil, les coteaux, les mains caleuses qui ont caressés ses grains, la peine des hommes et l’eau rare du ciel.

Encore un Jeff Carrel? Bah oui. Du pinot noir, sil-vous-plait.

pinotJe ré-apprivoise ce cépage: bien fait, il s’offre tout bienveillant, joli, frais. De la cerise, un poil de myrtille, c’est un vin qui fait le job: couler dans la gorge, facile, sans gréver le porte-monnaie, sans regret, autre que celui de voir la bouteille se terminer trop vite. On est loin des caricatures de pinot noir aux costumes trop grands pour eux, on n’est pas non plus dans la terrible complexité des bourguignons: c’est un vin honnête et c’est un compliment. Il en faut.

Moi je suis graves, et vous?

19Ma résolution de fin d’année dernière c’était retrouver des bordeaux que j’aurais plaisir à boire, à déguster, à mettre en cave. Des vins dont je tirerais une certaine fierté à conseiller: propres, bien faits, modernes. Et lui, il rentre parfaitement dans ces clous. Loin de l’austérité, des machins chiants, des bordeaux poussiéreux qu’on sert aux genoux cagneux. Non, c’est plein de vie, de fruits, de minéralité, de bonheur en 16/9. Pardon, en 19. Vincent Quirac fait peu, mais du très bon.Si vous pouvez, sautez sans hésiter sur ses sauternes… Je dis ça, je dis rien.

C’est pas souvent que j’ai un coup de cœur comme ça, mais là…

numa L’enclos de la chance, c’est le domaine de deux frères, jumeaux, Numa et Alexis. Ce n’est par hasard. Papa et maman font du vin aussi: et leurs parents avant eux, j’ai gouté les rouges des parents. Ultra-classiques, bien fichus. Rien à redire. Mais ce qui m’a vraiment fait vibrer, c’est le blanc des fistons. Tendu, aérien, une espèce d’ovni, avec lequel on monte très haut tout de suite. Bouteille stellaire? Un genre, oui. Du peps, un nez pétant de fraicheur, des agrumes, de la pomme verte. Une bouche qui file d’abord tout droit, puis s’élargit sur la fin pour tapisser le palais de pommes toujours et de fleurs. Quoi? On fait des blancs aussi fresh-fresh exciting dans ce coin là? Apparemment. Mesdames messieurs, sous vos applaudissements:

Le vignoble de l’Enclos de la Chance, d’une vingtaine d’hectares, est implanté sur les terres du Duché d’Uzès aux alentours des villages de Blauzac et de Bourdic, à proximité de l’Ardèche et des Cévennes.

Ce qui est surprenant, dans ce jumeaux, c’est que cet assemblage chardonnay-viognier vive toute sa vie en futs neufs, de la vinification à l’élevage: ce n’est ni lourd, ni fortement fumé. Bref, c’est équilibré. J’ai aimé.
Merci les twins. J’ai un poil plus de réserve pour l’Enclos rouge, que j’ai trouvé lui pour le coup un peu trop dans le show, à vouloir montrer ses gros muscles et ses belles épaules tombantes.

Next? Next. Florence, la belle.

selveFlorence, c’est une belle brune à peau mate. Le cou musqué, une goutte d’essence de rose juste derrière l’oreille. Un baiser long, à la limite de la violence, de la salive qui perle, un lointain fumé, évocateur. Le corps est délié, rond, ferme, les courbes affolantes mais bien serrées dans des vêtements stricts. On voit venir l’opulence, on sent monter le désir. Florence se donnera, mais au fur et à mesure. On a le temps: de toute façon, les aiguilles se sont tues. J’aime décidément l’Ardèche, et ce qu’en fait le Chateau de la Selve.

Partons juste un peu plus loin, entre Cornas et Saint-péray. Le nom de cuvée de ce vigneron japonais, Hirotake Ooka m’a fait beaucoup sourire. Le canon, c’est celui qui tire les boulets. C’est aussi celui sur lequel tu baves, le petit cul moulé dans un jean qui se balance, miom. Mais le canon c’est aussi, surtout le vin de soif, celui que tu vides au comptoir ou sur l’herbe avec des potes. Il te faut donc un vin pas compliqué.

Je goute le rosé.canonWtf, la couleur: pipi de bonne santé, un jaune pas vraiment doré … Me laisse perplexe et pas que moi. On me l’a pourtant vendu comme "rosé": je vérifie. Deux fois. C’est un vin issu de muscat de hambourg: bingo. Ça sent le muscat. Sans lourdeur, sans excès, avec de la fraicheur. C’est joliment dessiné, ce n’est pas hyper complexe mais ça se soiffe.

canonRLe canon en rouge, pas mal de gaz (mais qui s’en va dès qu’on secoue un peu) et une acidité volatile un peu haute (qui me dérange pas, ça lui donne un coté hyper-buvable). Du fruit, du fruit, du fruit. Du glou, quoi.

Soyons clairs: je n’ai pas détesté, bien au contraire. Mais il y a toujours un "mais" avec moi:  j’ai un problème, je suis incapable d’identifier d’où ça vient et avec quoi c’est fait, ça ressemble à plein d’autres jus dans ce style. Les buvettes sans soufre qui donnent pas mal à la tête et sont vite oubliées le lendemain.

Argument pour: on s’en fout, c’est un vin pour picoler, ça fait pas mal au crane, on est pas là pour enculer les mouches et disserter trois heures sur ses qualités organoleptiques et son empreinte terroir.

Argument moins: la volat’ et le gaz (considérés par beaucoup comme des déviances, pas pour moi ici, mon seuil de tolérance n’est pas franchi), et l’ "impersonnalité" relative de ce vin.

Il va falloir que je goute d’autres choses chez lui, des trucs un peu plus "élaborés". Parce que le profil du vigneron me plait: courage, abnégation, volonté de faire propre.  Gouter, toujours gouter. On n’a pas des vies faciles.

 

9 réflexions sur “Fuck my wine*

  1. Je me réjouis de lire vos prochaines impressions de dégustation des vins suisses.

    Les syrahs suisses (et valaisannes) sont régulièrement fort belles, loin des clichés écoeurants trop souvent offerts par celles produites dans le Nouveau Monde.

    A noter enfin, en l’espèce, que le producteur Jean-René Germanier, dont vous avez évoqué la syrah "Cayas", est également un parlementaire (conseiller national).

  2. On voit bien à cette jolie photo floue à quel point le Pinot Noir de Carrel était hautement buvable et donc se termine trop vite ;)

    • Le meilleur compliment pour moi : ce Pinot Noir 2013 by Jeff Carrel est le parfait vin de soif pour une bonne bourre entre copains.
      C’est un festival de fruits frais dans sa robe brillante mais c’est surtout parfaitement équilibré avec une fraîcheur hors norme.
      A l’aveugle, je suis certain de me planter à tous les coups car je le placerais sur son terroir bourguignon.
      Quant au temps nécessaire à vider, non pas une mais deux quilles, on doit frôler le record du 100m d’Usain Bolt. :-)
      C’est un signe, non ?

  3. Si je puis me permettre une suggestion pour la Suisse, va faire un tour chez Henri Cruchon. Déjà rien que pour le nom, mais aussi pour le bonhomme (Henri, sa femme, son fils et toute la smala sont adorables et te prennent en otage une paire d’heures sans que tu ne voies le temps filer), et surtout pour ses vins. Forte sensibilité biodynamique en sus.

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