L’amour dans un four

cabiRoulement de tambour, séquence émotion: voici enfin le premier fruit de l’amour entre La Pinardothek et l’ornithorynque Chafouin. Espérant que le dit fruit ne sera pas trop contrefait, bonne lecture!

Lorni la facétieuse nous propose comme toute première recette du poisson. J’aime ça. Avec du chorizo: j’adore ça.

 J’aurais voulu que ça ressemble à des écailles de poisson et au final je me suis retrouvée avec un petit cochon grillé. Mais c’est super bon, facile à faire ET ça me permettait de mettre la PinardotheK au taff. Parce que franchement, j’aurais pas su quoi servir à boire avec ça si mes amis étaient exigeants – alors qu’ils sont juste alcooliques-.

En dehors du fait que j’adore le cochon, mais ici n’est pas la question, je suis ra-vie.

Parce que ça va me permettre d’explorer une idée reçue et de lui défoncer sa petite gueule.

Avec du poisson, toujours du blanc, tu boiras.

Écrivez moi cette phrase sur un bout de papier, roulez-le en boule rageusement, faites-en des confettis, foutez-y le feu.

Il n’est jamais aucune vérité absolue et inébranlable en matière de vins: d’ailleurs, pour redevenir un peu plus humble, il est utile de se rappeler que les sacros-saints accords mets-vins sont une invention assez récente. Réussir « l’accord parfait » est une gageure. Sachant ça, on peut se dire que surtout, on va essayer de se faire plaisir, et de servir avec un plat qu’on aime un vin qu’on aime.

Le rouge ou le rosé sur le poisson peuvent vraiment bien marcher, à condition de savoir le(s) choisir. Pour ça, il suffit -c’est magique, ou presque- de décortiquer la recette, de l’écouter puis de la mettre toute nue. Gentiment. Un peu comme quand tu veux séduire  une femme/ un homme/ un ornithorynque (au hasard).

Observation- écoute – mise à nu.

  • Premier élément: le poisson.

Comment est-il, à part mort bien sûr?

Très simple. La cuisson au four sans sauce conserve toute sa saveur, ne la modifie pas vraiment: on a donc quelque chose de délicat, qui sent légèrement la mer, de fondant.

  • Deuxième élément: le chorizo.

Certains l’aiment hot, je l’aime aussi doux. Surtout parce que quand il est trop piquant, il est vraiment difficile de lui accorder un vin (astuce à retenir, quand vous cuisinez, si vous prévoyez de sortir une -très- belle bouteille, ne forcez pas trop sur les piments- l’ail ou le gingembre).

Ici il joue un rôle d’épices, pour apporter une saveur « sud » supplémentaire au poisson, mais aussi du gras. Et le gras c’est la vie. Manger une viande sans gras est le climax de la tristesse: apporter un peu de moelleux, de vie et de gras au poisson avec le chorizo est lumineux. Rien de moins.

Pour les régimeuses, l’absence de sauce peut vous déculpabiliser.

  •  Troisième élément: les légumes.

J’ai envie de dire: OSEF, de toute façon les courgettes c’est que de la flotte (le lobby des cucurbitacées me tombera dessus pour cet outrage, je suis cuirassée).

Plus sérieusement, les légumes -respect éternel- n’ont pas une dimension philosophico-nietzschéenne-ni-soumise-gustative d’importance. Ce ne sont pas eux les stars, quoi.

Et qu’est-ce qu’on fait maintenant?

Wabalalabalabom.

Anybref: le chorizo c’est la chaleur, l’épice douce, les soirs d’été à picoler. Le cabillaud, nourri, aspergé, imprégné, est en osmose avec lui. Certes, il reste tendre et iodé, mais il devient aussi et surtout gras- mmmmh- dodu -mmmmmh savoureux-mmmmh. Le réflexe vin blanc est quasi automatique: ne soyons pas si formatés. En comptant que le chorizo va légèrement prendre le dessus et à condition de ne pas prendre un vin trop austère-dur-âpre…

J’ai envie de rouge: je pense toréador à moitié habillé. Je pense muscles au repos. Je pense réconfort du plat doudou, que t’enfournes un soir où tu rentres crevée, de la vie, des gens, des cons surtout. Il me faut un vin qui raconte ça: qu’on va ouvrir gentiment et laisser blablater pendant que le chorizo pénètre tendrement le poisson et qu’ils font l’amour dans le four, chair nacrée contre chair luisante.

cahoPendant ce temps là, les chaussures volent, les fringues aussi: on plonge le pif tout entier dans ça.

Savoure le rouge, mon amour. Y a de la fraise gariguette, de la cerise acidulée, une pointe de poivre. De la fraicheur gourmande: si si ça existe. Et puis, à force de lui tourner autour, on finit par le goûter. Sur le palais, ça pète de fruit, dans la gorge y a un peu d’acidité. Ça réveille, parce qu’on était déjà avachie sur le canap’, on en oublierait presque nos duettistes.

Juste le temps d’en re-boire une gorgée pour confirmer les impressions: c’est à la fois tendre et sauvage, c’est doux et épicé, c’est frais et sudiste, c’est un équilibre de ouf.

Mesdames-messieurs, ce vin d’artiste est un rescapé. Millésime 2013, annus horribilis pour Fabian: et il nous a quand même sorti ce petit délice, bravo! Aux environs de 10 euros, ce qui n’a rien d’excessif. Puis, on peut se dire qu’en en buvant des caisses, on aide un vigneron doué. On fait la nique à la grêle, aux aléas climatiques, aux trop petites récoltes… On rétablit la vérité sur cahors, qui ne fait pas QUE des monstres bodybuildés hyper tanniques et noirs. Et on prouve que poisson et vin rouge peuvent aussi rimer avec Marvin Gaye, hot just like an oven.

Si on a des préventions contre les vins rouges, on peut aussi essayer le divin Brandluft, de Jean-Pierre Rietsch, sur 2012. C’est un beau riesling alsacien, c’est dense, c’est épicé, c’est tendre, c’est romantique. Aux environs de 12 euros.

rietsch

Budget serré?

De fil en aiguille, une cuvée toute simple de merlot-cabernets du sud, sans soufre ajoutés. Un peu de tanins, pas trop. De l’amer, mais beau. Surtout du joli fruit, tout guilleret. Aux environs de 6 euros.

moutonVoilà avec ça, on est parés.

(protégez-vous quand même, les enfants c’est chiant).

 

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2 réflexions sur “L’amour dans un four

  1. Ra ra ra … roulement de tambours !
    J’ai testé la recette … et les vins.
    Alors, pour la recette, je n’ai pas couvert le chorizo et aucun soucis de brûlage.
    La graisse du chorizo s’insinue lentement et goûteusement dans la chair du poisson.
    Un régal !
    Place à présent au test accord mets/vins.
    Dans un premier temps, j’avais décidé de goûter Mas del Périé Les Escures 2013. Puis Eric me susurre : Saint-Chinian, Les Terrasses de Gabrielle dans sa cuvée Un Jour Au Cirque 2010.
    Bon, rapide présentation des deux challengers.
    Mas del Périé : densité, pureté du fruit et long final très frais.
    Les Terrasses de Gabrielle : très épicé, longiligne, tanin mûr et fondu.

    Ça donne quoi à table ?

    Au niveau gustatif le poisson est littéralement infiltré par les arômes et la graisse du chorizo.
    Le goût du poisson est quasi intact, juste relevé par quelques nuances épicées.

    Au niveau confrontation, il n’y a pas eu véritablement de match.
    And the winner is … !!!! :)

    Ne prolongeons pas inutilement le suspens : Mas del Périé remporte haut la main le duel.
    Pourquoi ?

    Ben, Un Jour au Cirque 2010 renforce le côté épicé du chorizo au détriment du poisson.
    En quelque sorte, il s’allie à la charcuterie, en renforce son impact et masque le goût du cabillaud.
    Le bel accord est sans conteste, les Escures.
    Le beau fruit du vin accompagne le chorizo mais surtout, souligne et exhale les arômes du poisson dans une parfaite harmonie.
    Ce mariage est détonnant de justesse et de gourmandise.

    A réessayer sans vergogne ! :)

    Olivier

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