Heureux qui comme Ulysse *

wpid-dsc_3448.jpg* s’il a fait un beau voyage, je ne sais, mais goûter ses vins en est assurément un.

Deuxième portrait de vigneron champenois, qui nous amène loin des lieux « touristiques ». Trouver le bonhomme demande de quitter les endroits plus connus de la Champagne, Aÿ, Epernay et de rouler une bonne demi-heure jusqu’au petit village de Congy. Quiétude totale sur la route: vous n’y verrez que des champs, à perte de vue, ça et là des arbres. Pas ou peu de maison. Quand la vigne repointe le bout de son nez, c’est que vous êtes presque arrivés. Lire la suite

Le véritable Boulet de Liège*

*et contre toute attente: il ne s’agit pas de moi.

Pas de mystère: je tiens très fort à ma belgitude, et plus encore à mon côté liégeois. Car … et bien ça ne se raconte pas, ça se vit, c’est impalpable. Liège, c’est ma ville, mon coeur, mes racines, ma langue, mon accent. Liège, la cité ardente, les franchimontois, la citadelle, les potales d’Outremeuse, la fosse aux Lions, le Randaxhe… Le meilleur moyen de découvrir tout ça, c’est bien évidemment de venir: visiter le Carré, voir li Torè, boire un peket (ou quatre) au 15 août, faire la guindaille quoi. Lire la suite

La solitude de l’andouillette

wpid-dsc_3482.jpg

Avant de dresser (avec un fouet) le portrait de l’autre vigneron rencontré lors de ce mini-trip champenois, un billet détente et dégustation. Billet qui ne sera pas exempt de révélations, de suspense et de moments de solitude. Et de champagne, faut pas déconner. La Champagne, c’est très beau, y a pas à tortiller: il suffit de voir cette vue depuis Hautvillers, et la stagiaire attentive aux grappes pour s’en convaincre. C’est beau et ce n’est pas très loin, pour les liégeois: deux grosses heures de bagnole pour atteindre Épernay, compter encore deux heures de plus pour l’Aube, mais quand on aime… Lire la suite

Mon ami des Roses *

wanted*de Jeanne, bien entendu. 
Il est sans aucun doute un des vignerons les plus discrets de sa génération: cherchez-le dans les guides, vous ne l’y trouverez pas ou en de très rares occasions. Pourtant, c’est aussi un des plus doués. Cédric Bouchard est un homme qui se piste, qui se déniche: une fois trouvé, c’est un bonheur. Les champagnes sont formidables et leur auteur d’une humilité non feinte, une qualité rare. Il ne fait pas de salons, il a peu de production, et de toute façon tout part très vite: ce qui explique que si son nom circule parmi les initiés, il n’est pas une figure « médiatique ».

Pour le trouver, une seule solution, faire des kilomètres, descendre bas, dans l’Aube, (pas forcément à l’heure où blanchit la campagne d’ailleurs): une région délaissée longtemps, mais qui commence à voir les fruits de son travail récompensés.
Lire la suite

Le con texte, c’est important *

*ou pas, en fait?

Le vin est semblable à l’homme: on ne saura jamais jusqu’à quel point on peut l’estimer et le mépriser, l’aimer et le haïr, ni de combien d’actions sublimes ou de forfaits monstrueux il est capable.

Charles Baudelaire

Ha ce bon vieux Charlie, il en a écrit de bonnes…

Goûter du vin n’est pas seulement jouir de la chair de son fruit, c’est aussi goûter à un instant, une conversation, un rire, un parfum: tout ce qui n’est pas dans la bouteille et qu’on appelle le contexte.

Oublions ce qu’est une dégustation pro: il n’en est pas question une seconde ici. On parle d’ouvrir une bouteille et de la boire. En dégustation, on essaie d’avoir un environnement neutre, clean: sans odeurs parasites, avec une lumière correcte, de bons verres adaptés, … Quand on boit, on oublie tout ça.

Pas servi à l’exacte température ou au contraire rigoureusement, dans des verres ballons moches ou des zalto, boire n’est plus disséquer. C’est ouvrir le vin à l’humain: ça passe ou ça casse.

Le contexte.

Alors que dire, que poster des bouteilles bues comme ça? Elles ne sont pas neutres, jamais. Un ami cher reçu à déjeuner, la joie de se voir, le plaisir d’une conversation agréable, drôle, tantôt sérieuse tantôt futile…

wpid-img_20150706_191621.jpg

J’ai eu plus d’indulgence, d’amour, et de plaisir pour ces deux-ci que dans n’importe quelle autre situation. Parce que J. était là, que j’attendais ça depuis un moment, que ça s’est passé merveilleusement. Au point même de ne pas ressentir de contrariété quand j’ai ouvert le vin du Jura et constaté une effervescence plus qu’importante. A n’importe quel autre moment, j’aurais sans doute un peu râlé. Ça m’aurait agacé, de devoir prendre une carafe pour dégazer. Pas là: j’ai rigolé, expliqué, carafé, secoué. J’ai même foutu du vin sur ma chaise. Un « défaut » mineur, un contre-temps qui n’a eu aucune incidence:  le vin était bon, délicieux même. L’Alsace était ample, dense, comme dans mes souvenirs mais en mieux. On a bu les deux, en les savourant.  Étaient-elles meilleures? Sans doute que non. Les trouvait-on meilleures parce qu’instant particulier, complicité, rires? Sans aucun doute.

Je connais plutôt bien Grittermatte, j’en ai déjà parlé ici à plusieurs reprises.

Pour Buronfosse, c’était ma première bouteille de cette cuvée: là, bue comme ça, dans un contexte très plaisant, je l’ai beaucoup aimée. J’aurais sans doute mis un gros bémol à cette quille si je l’avais dégustée dans d’autres dispositions. J’aurais noté un gros gaz, et selon mon humeur et mon degré d’indulgence, il aurait été de « un peu embêtant » à « carrément chiant ». J’aurais posté, peut-être, un commentaire mitigé sur facebook, m’interrogeant sur les raisons de cette bulle, supposant, … Sauf que je n’en ai pas ressenti l’envie.

Du coup, j’en arrive à philosopher:

Si on n’a pas le droit de dézinguer une bouteille sur les réseaux sociaux parce qu’elle se goûte mal, qu’il faut laisser le bénéfice du doute, qu’il s’agit peut-être juste d’une bouteille à souci, qu’il faut ouvrir une deuxième. Si on doit au vigneron un minimum de respect pour son taf, et une sorte de présomption d’innocence  quand la bouteille est mauvaise, a-t-on le devoir moral d’également fermer sa gueule quand le vin est exceptionnellement bon ? Parce qu’imaginons que, sans préciser le contexte dans lequel je l’ai bu, je fasse un post plein de louanges sur une bouteille, est-ce qu’il y a tromperie? Non pas que le vin ne soit pas bon au départ, mais qu’avec des conditions optimum, il goûte bien mieux que sur une table blanche, sous une lumière artificielle, à l’aveugle, en toute objectivité? Et même peut-on trouver un vin ordinairement « moyen » transformé en bon juste parce qu’on est bien, avec un amoureux, des amis, des personnes qui comptent?

On peut aussi se dire que quelle que soit l’importance qu’on se donne, notre avis n’est qu’un avis, parmi d’autres. Que les gens sont bien assez grands pour me (nous) lire et faire la part des choses. Expérimenter par eux-mêmes et entériner ou pas. Que ce qui compte, ce n’est pas tant d’aimer, détester, critiquer, louer, adorer ou brûler, c’est qu’on finit par parler de vin. En bien, en mal, avec de la subjectivité, de la mauvaise foi, de la passion ou du détachement. Mais parler de vin: bien sûr, ce n’est « que » du jus de raisin fermenté, mais qu’est-ce qu’il peut faire couler d’encre.

Enfin, bon: la prochaine fois que je reçois, j’essaierai quand même de servir des vins dégueulasses, pour voir si d’aventure je les trouvais bon. Niark.

 

 

 

 

Coup d’chaud, viens t’aligoté

Par ces chaleurs de gueux, il n’y a pas que vous et moi qui souffrons: les vins aussi, les pauvres petiots. On délaisse une grande partie d’entre-eux (trop riches, trop tanniques, trop puissants). Mis au ban de la société de consommation parce que trop structurés, trop complexes, quelle honte!

Plaisanterie à part, essayer une fois de goûter un bordeaux bien fat, ou un cahors noir, à température normale, quand il fait trente degrés passés vous comprendrez leur douleur et la vôtre. De la tisane. Un peu comme la fondue au fromage en plein cagnard, y en a qui ont essayé, et ben… Laissez-les tranquilles ! Mais ce n’est pas parce qu’on ne les boit pas qu’il faut les oublier complètement: canicule oblige, pensez à les mettre si ce n’est déjà fait au frais et à l’humidité, le plus possible, histoire de pas les retrouver dézingués quand on reviendra à des degrés plus normaux. Une cave, un dessous d’escalier, un endroit sombre, humide et ventilé (remballez les blagues salaces, on me la fait plus). 
Lire la suite

UBU 1- 0 Barouillet

rosée2Le monde français du vin n’aura bientôt plus grand chose à envier au surréalisme belge. La loi Evin et ses divers rebondissements offrent déjà de quoi se divertir mais toujours plus loin dans l’ubuesque, je vous présente l’AOP.

L’AOP, c’est cet estampillage quasi obligatoire pour un vin bien-né, qui signe son appartenance à telle ou telle appellation. C’est le sceau de garantie, l’indispensable passeport pour la qualité, la référence. Du moins ça l’était: si le système des AOP en régulant et codant a assurément poussé la production vers le haut, c’est en passe de devenir le contraire.  Lire la suite

Bruxelles, ma belle!

gueuze
Dans un souci constant d’entretenir les relations amicales entre les peuples de Belgique, et de renforcer nos liens, il m’arrive d’aller à Bruxelles. Peuples avec un -s, pas moins car oui, un bruxellois – ou brusselleir- est aussi fondamentalement différent d’un liégeois (un lidjeù) qu’un stoemp d’un boulet. Qu’un waterzooi d’une gaufre au sucre. Qu’un zennepot d’une cùte peùre. Lire la suite