Je voudrais Ragù avec vous*

* je m’appelle Emilie jolie, je voudrais Ragù avec vous sur l’air de la comédie musicale, donc.

Quand j’étais jeune -et sotte, note que je le suis toujours un peu- rien ne me réjouissait plus que de manger les spaghettis bolo du vendredi soir. Ne me juge pas, je te parle d’un temps que les moins de vingt ans, tu connais la suite, c’est une époque où le seul vin qui avait inondé mon gosier était le Liebfraumilch. Si ce mot ne t’évoque rien, je t’en conjure ne GOOGLE pas. Crois moi, il vaut mieux laisser cette affreuse… chose dans les profondeurs de l’internet et de quelques caves mal famées. Et allemandes. Je ne te dis pas ça pour le simple bonheur de commettre un suicide social, mais aussi pour te prouver qu’on peut très bien partir de très loin (plus loin que ça j’étais sur la grande muraille) et quand même quelques années plus tard devenir une activiste du Bon, du Beau, et de l’Authentique. Hé ouais. Y a de l’espoir pour toi aussi. Je te sens rasséréné là non? Alors let’s go.

Maintenant JE SAIS. Que le liebfraumilch c’est dégueulasse. Et que les spaghettis bolo n’existent PAS. Si tu veux confirmation, demande à Flo. Regarde, elle t’explique tout très bien.

Tu l’as compris, ma mission c’est de t’aider à trouver LE flacon qui va mettre ton Ragù en valeur. Parce que mettons nous d’accord, quand tu as passé un certain nombre d’heures en cuisine, à suer sang et eau (mais pas dans la marmite hein, c’est pas hygiénique) tu ne voudrais pas tout foutre par terre en y accolant un vin qui ne va pas SUBLIMER** ton plat? Hein? HEIN QUE TU VEUX PAS.

Répète après moi: je veux sublimer mon plat.

Voilà. c’est bien, je te sens au taquet là.

On te l’a expliqué, si l’on a francisé le alla bolognese en “bolognaise” (diantre que c’est vil) c’est parce que ça vient des alentours de … Oui, de Bologne. Tu as deviné. Qui se trouve donc dans la région de l ‘Emilie-jolie-Romagne.

Je t’ai dit hein, pour la proximité géographique des accords, genre ça marche presque toujours? Oui. Tu as retenu. C’est bien.

On se penche sur les ingrédients ?

  • La tomate : la tomate est LA saveur du sud, très aromatique, douce, fruitée. Elle se comporte bien avec le rouge, le blanc, et même le rosé. C’est un peu une marie couche toi là cette tomate.
  • L’oignon : quand il y en a un ça va, c’est quand ils sont plusieurs que … (tu l’as compris, il ne s’agit pas ici d’une saveur dominante, donc avec la tomate au rayon du je couche le premier soir avec le vin qui se présente).
  • Le céleri, la carotte, le laurier : éléments aromatiques de second ordre MAIS le laurier on peut en retrouver dans les saveurs de certains vins ROUGES du Sud de la France, de la Corse, et de … l’Italie, Bingo !
  • La viande : alors là, la protéine carnée et le tanin, tu vois, c’est un peu une alliance magique. C’est comme ça, c’est chimique. Faut juste faire gaffe à ne pas ultra-dominer le goût plutôt léger de la viande – ce n’est pas du gibier quoi- et donc préférer un joli vin rouge avec un peu de caractère, sexy, mais pas trop puissant.
  • La pasta : nonobstant le fait que Flo m’ait copieusement engueulée pour avoir prétendu que ça n’a pas trop de goût, j’ai envie de dire : comme la viande induit déjà du rouge, le laurier aussi, que la tomate la ramène pas, et l’oignon non plus, l’avis des dérivées du blé là, on s’en contrecarre un peu. Sauf leur respect.

Donc, on cherche un rouge, velouté, sympa, sexy, pas trop puissant mais avec une dose de folie nécessaire et tout ça en Emilie- Romagne. Viens on part: plaine du Pô (tinky winky, lala, dipsy) (oups) (oh ça va, on peut pas toujours citer Socrate non plus). Les paysages sont colorés, les fruits poussent heu… comme des fruits, les blés sont dorés, et les vignes prospèrent. Des vignes où plusieurs cépages se la coulent tranquille, mais un en particulier dont je veux te parler. Le Sangiovese.

Je te dis ça, c’est un secret, mais c’est mon amant italien. Lui, je l’aime c’est irréfragable.

Imagine (pas John Lennon, fais pas le con, c’est une minute romantique) : son nom déjà. Sangue et Giove. Le sang de Jupiter. C’est beau, non?

Tu vas me dire, okay. Mais le sang, bon, bof.

Ce à quoi je te rétorque, le sang c’est la VIE.

OUI. La vie qui bouillonne, qui coule, qui pulse, qui te fait battre le coeur plus vite.

Le Sangiovese, il fait tout ça. Crois moi.

On le trouve un peu partout en Italie, évidemment dans les chianti (efface moi cette image mentale de flasque entourée de paille de deux litres, ça, ce n’est PAS du chianti, c’est de la merde mais on en parlera plus tard). On l’appelle aussi brunello ou nielluciu (en Corse) mais ça ne trompe personne. Ces grosses baies juteuses, à la peau si douce (je te jure, passe une fois des grains de Sangiovese sur ta joue, tu voudras plus jamais d’autres caresses. Enfin. Ahem) qui donnent des vins sublimes, sensuels, séveux -tu te rappelles de la définition, sinon relis le post sur l’Amarone mauvais élément– longs, profonds.

Ha. Haaaaaaaaaaaa.

Tu as compris, j’aime ça. Parce que le Sangiovese c’est un peu Marcello Mastroianni dans son marcel, avec la goutte de sueur au front, la mèche dérangée et cet incroyable potentiel sexuel qui te ferait crier des choses passablement indécentes. (je t’autorise à remplacer cette image mentale de Marcello par Sophia si ça peut t’aider, et à l’habiller de cuissardes. Si tu veux. Perso, je garde Marcello).

Donc, nous sommes d’accord. Tu prends une belle DOC (label rouge du Pinard Rital, on a dit) « Sangiovese di Romagna ». Et tu prends ton pied.

Pourquoi le ragù et le Sangiovese se marient si bien ? Tu m’as lue, ou bien ?

Je récapitule : parce que le ragù est un plat simple et complexe, riche en saveurs mais pas écrasant. Et puis la texture, je t’ai parlé de la texture ? Ta pasta al dente, qui résiste un peu sous la dent, la viande et les légumes fondants, le vin qui les taquine avec juste ce qu’il faut de fruit, et qui laisse en fin une empreinte longue et solaire. Voilà. Moi, c’est un peu ce que j’appelle le bonheur.

Si tu as du mal à trouver un vin italien, je te conseille d’aller chercher de la grenache. Merveilleux cépage aussi, plutôt français mais qu’on retrouve dans tout le bassin méditerranéen sous diverses identités, elle donne des vins à l’instar de son quasi cousin le Sangiovese sexy, rock and roll et bavards. Tu peux en trouver dans les côtes du Rhône sud où elle compose avec un peu de syrah souvent, en Languedoc Roussillon où tu as plus de chances de la trouver seule. Fais bien gaffe à la prendre sans sucres résiduels – demande à ton caviste si tu sais pas- parce qu’elle est ultra-généreuse cette coquine.

On ne boit pas de blanc avec le Ragù. N’insiste pas.

Sinon, je te fais bouffer de l’andouillette. Par le nez.

**J’aime beaucoup ce terme de sublimer (j’ai du trop regarder d’émissions de cuisine à la télé, je sais c’est mal).

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