Rosé mauvaise réputation*

*sur l’air de Brassens.

Bla bla bla : ça donne mal à la tête – ça a un goût de vomi, acide – c’est un vin de filles – c’est forcément dégueulasse – c’est pas du vrai vin- c’est du marketing. 

Florilège des réactions les plus entendues/ lues à propos du rosé. Chez moi ça provoque le syndrôme du non-non-non prononcé d’un air tragique et pénétré, avec martèlement de poitrine. Mais mental. Parce que j’ai pas envie de t’effrayer. Parce que je te comprends. Ce n’est pas tout à fait ta faute.

Pardonne leur car ils ne savent pas ce qu’ils font au Rosé.

Moi, je lui mets une majuscule. Je le respecte. Hé ouais. Oh, bien sûr c’est rarement un GRAND vin, j’entends par là qu’il est moins complexe, moins long en bouche, moins riche que nombre de blancs ou rouges. Mais ce n’est pas une raison pour ne pas le traiter correctement. Avec RESPECT.

Je te pardonne, lecteur, d’avoir été cet hérétique déclarant à tout va “ le rosé, c’est de la merde”. Tu vois, je suis tolérante. Des fois. En réalité, tu as des excuses. Comment bois tu le rosé? Glacé. J’en étais sûre. Jamais plus de six sept degrés, n’est ce pas.

Une question simple s’impose à moi : TU ES FADA ou BIEN?

Un vin, quel qu’il soit -retiens, ça vaut aussi pour tous ces blancs que tu massacres parce que tu ne SAIS PAS- n’a pas à être servi glacé. JAMAIS. Sous aucun prétexte. Never never never.

La raison en est très simple : le froid anesthésie. Demande à quelqu’un qui a l’habitude de plonger dans des carrières où l’eau est à 4° ou plus simplement met ton doigt dans de l’eau contenant des glaçons.

Tu vois que j’ai raison. Voilà. Et bien, si le froid anesthésie les sensations, il paralyse aussi les saveurs. Les molécules contenant les précurseurs d’arômes, grelottantes, sont renfrognées. Elles te font la gueule. C’est vachement caractériel une molécule, faut pas croire. Et donc, tu ne goûtes rien. Tu vas me dire : l’avantage, c’est qu’on ne goûte pas les défauts non plus.

BINGO.

C’est bien pour ça qu’on te sert les rosés – ou les blancs- de mauvaise qualité glacés : pour que tu ne sentes pas de suite qu’ils sont affreux. Je te rassure, le lendemain ou dans les heures qui suivent tu le sauras. Mais ce sera trop tard.

Règle numéro un du rosé : fuir les vins servis glacés. Fuir. En courant les bras en l’air sans se retourner.

Un bon vin rosé doit être servi entre neuf et onze degrés. Pas plus, pas moins. Je te donne une astuce pour le mettre à bonne température : une petite heure dans la PORTE du frigo. La porte. Pas le bac à légumes. Jamais. Trop froid, rosé glagla, rosé caca.

Comment l’achètes tu?

Je sais, tu vas nier mais les chiffres sont là : la majorité des rosés qu’on achète viennent des grandes surfaces. Parce qu’en général, c’est un achat impulsif. Il fait beau, tu penses barbecue, tu penses été, grillades, et entre le camembert et le PQ tu choppes une bouteille vaguement colorée, que tu choisis – ne nie pas je SAIS même si c’est douloureux- sur sa couleur. Rose très pâle voire un peu grisâtre, tu penses qu’il s’agit d’un vin très léger. Rose soutenu tu as peur qu’il soit trop corsé. Rose fuschia tu kiffes et tu prends.

STOP.

Je ne sais pas ce qui me rend le plus triste : que tu achètes du vin comme des protége-slips, que tu te fasses des illusions, ou que tu te prépares gentiment un ulcère.

Sors moi immédiatement de cette grande surface, et va chez un caviste, tudieu. Ou un vigneron. Ou demande à un pote. Ne grogne pas “pas le temps, blabla”. TU as entendu parler d’ Internet? Oui. voilà. Boutiques en lignes, livrées chez toi les quilles, tu n’as aucune excuse à faire des concessions à la qualité. AUCUNE.  Ce n’est pas forcément plus cher que dans un grand magasin, et je vais te dire, même si ça l’est un peu plus, c’est toujours ça que tu économiseras en aspirines et autres pansements gastriques.

Tu commences à comprendre, un peu? En fait, je pars du principe qu’on aime toujours plus facilement les choses qu’on comprend.

Donc, je t’explique la naissance du rosé : en réalité, il y a deux façons de procéder. Soit, on a des raisins à peaux rouges (hugh) qu’on destine à faire du vin rouge. Mais on le voudrait concentré au maximum, et bien coloré. La meilleure façon d’obtenir ça sans tricher, c’est d’ôter une partie du jus qui a déjà commencé à macérer en contact avec les peaux -et colorer donc- et de le réserver dans une cuve à part. Dans la cuve prncipale – réservée au rouge- il y a beaucoup moins de jus pour plus de peaux, donc plus de matières colorantes, donc plus de chance d’obtenir un rouge concentré et riche. Dans l’autre cuve, on a un jus clair, dont on va laisser la fermentation alcoolique gentiment se poursuivre et qui va donner un rosé. Un type de rosé. On l’appelle rosé de saignée. L’ennui c’est que les jus, les premiers qui coulent sont très riches en sucres et parfois déséquilibrés. C’est la méthode de nombre de rosés bon marché.

L’autre façon, c’est ce qu’on appelle la presse. On amène les baies au pressoir, et on presse plus ou moins directement. Faut y aller mollo, pour pas extraire de tanins, ce n’est pas ça qu’on cherche mais du fruit, un peu de couleur, et de la saveur. En fait, si on remonte l’histoire, on se rend compte que les premiers vins étaient des rosés. Les rouges étaient trop compliqués à obtenir, et la prédominance des cépages à peau rouge / noire induisaient forcément une coloration. Même légère.

Tous les vins modernes doivent leur existence au Rosé quelque part. Ca te la coupe ? Je sais.

Qu’ achètes tu ?

Je te fiche mon billet : côtes de Provence. OH PITIE SEIGNEUR PITIE. (non, les potes provencaux, je n’ai rien contre vous, mais admettez : vous avez fait un tort considérable au rosé en produisant par camions citernes entiers des jus à bas prix, marketés, conformés à un marché avide de sucre, soufrés, horribles. J’en ai des frissons rien qu’à y penser. Pourtant une poignée d’irréductibles résistent encore et toujours à l’envahisseur en proposant des jolis vin de soif -ça veut dire des vins dont tu vois trop vite le fond de la bouteille parce que ça te fait PLAISIR de les BOIRE- chics et pas chers).

Fais moi plaisir, ouvre tes horizons, tes chakras, aprire la porta je sais pas mais découvre d’autres régions. Un gamay en savoie, délicieux. Hors le sacro-saint -et souvent sur-estimé en tous cas niveaux prix- Tavel du rhône, pars à la recherche de côtes du rhône tout gourmands à base de grenache, aborde le sud ouest et les frontons, les duras, les gaillac. Fais toi une place pour des cabernets SECS de Loire, ronds et élégants.

Franchement, t’as quoi à perdre? Je te confie encore un secret. Tu sais la barre que t’as au front quand t’as bu du rosé la veille. Et ce goût un peu vomi acide que tu perçois parfois. C’est le SOUFRE. Oui. Si c’est un élément incontournable de la vinification moderne (merci Pasteur) qui permet de stabiliser et clarifier les vins -entre autres- utilisé en trop grandes quantités c’est la MORT pour le goût, et pour ton crâne. D’où l’intérêt de choisir les vins de vignerons qui savent le doser. Parce qu’ils travaillent près de leurs raisins, PROPREMENT. On en parlera plus longuement une autre fois, ça le mérite.

Tu as été mal éduqué au Rosé. Ce n’est pas ta faute. Ca va te prendre un moment pour te faire à l’idée de trouver du plaisir à en boire. Mais je suis là, je te soutiens. Billet à suivre, évidemment. je te laisse digérer les infos avant de te guider…

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