L.A.P *

 Les lasagnes, sweet home albaaaaaana, et Poulsard toi d’là que je m’y mette.

Ha les lasagnes. Je commence ce billet par une confession, honteuse ou pas je n’en sais plus rien, mais je suis le 0.1 %. J’avoue tout. Ce que je préfère dans la lasagne, c’est la béchamel. Voilà.  J’adore ce côté crémeux qui contrebalance l’acidité de la tomate, le fondant des carottes, pour moi il n’y a jamais trop de béchamel.

JAMAIS. TROP. DE BÉCHAMEL.

C’est si bon. Quand on sait la faire. Donc, puisque Flo a quand même admis – à son corps défendant, mais elle l’a fait que la béchamel n’était pas tant une hérésie que ça, et que je suis prête à faire des efforts aussi, dans un souci de saine entente franco-belgo-italienne je te propose donc non pas un, mais DEUX accords vins.

Un portant sur la recette sans béchamel dite “L’intégriste” (pour quelqu’un qui pas plus tard que la semaine dernière s’est fait taxer d’ayatollah culinaire, j’ai beau jeu de parler d’intégrisme ahem), et un avec béchamel dite “L’artiste”. Comme ça, libre à toi de choisir ce que tu préfères  (la béchamel c’est la vie, retiens ça padawan).

Même que, cette fois, on va un peu bouleverser les habitudes. On va oublier pour un des deux vins  la règle de l’origine du plat pour te chambouler les papilles. Carrément, oui, n’ayons pas peur, nous sommes des artistes contemporains. Les règles sont là pour être transgressées, aussi. Hop là. Version Un: La lasagne Intégriste sans béchamel Plat encore originaire de L’émilie Romagne. Hé ouais. Tu vas me dire Vinaigre balsamique, jambon de Parme, parmesan, mortadelle,  tagliatelle, tortellini TOUT CA vient de cette région. Ils chômaient pas les emiliens (devaient pas avoir les internets – haha, pas comme ces feignasses de Lyonnais qui ont juste pondu l’andouillette **).

Comme c’est la version supposée traditionaliste, restons intransigeants, accordons lui un vin italien MAIS et là, je risque de te surprendre – j’aime ça, tu sais, c’est ainsi qu’on maintient des relations de qualité ne tombons pas dans la routine – pas un Rosso. Oulah non. Je te vois venir : mais j’ai toujours bu du vin rouge moi avec la lasagne. Okay. And so what, ai-je envie de rétorquer.

Tu me fais confiance, n’est ce pas ? En fait, j’ai eu l’illumination hier soir. Sans sainte vierge, mais bon, passé une certaine heure, c’est vrai que je ne tiens plus des discours forcément très chrétiens… BREF.  Vraiment je suis du genre à m’impliquer toute entière et à prendre tous les risques pour toi, pour t’apprendre des trucs, et imaginer tes yeux pétiller de reconnaissance je suis allée dans un resto italien. Un vrai. Avec donc, tu t’en doutes, une carte de vins strictement italienne. Joie, bonheur, et munificence.

Et paf ! Qu’y avait il à la carte? Un albana di Romagna (la vie est bien faite, quand même). Pile la région qu’il nous faut. Sauf que, si tu suis bien, albana => alba => blanc.  Mais Flo avait dit qu’on prendrait un rosso. Chut ! Je t’ai dit : la surprise, tout ça, oublier la routine.

Plus je le goûtais, avec sa couleur jaune doré, ses arômes d’amande, de noisettes, de poire mûre, plus je me disais : en voilà un qui réclame du fromage, de la douceur, du moelleux, pour s’étendre langoureusement. Avec un poil d’acidité qui te chatouille le palais, la langue et t’encourage à reprendre encore une bouchée, encore une gorgée. Je sais que tu dubites, t’aimes bien les explications logiques même si je te parle d’amour tu hésites encore un peu hein? Ça tient en un mot : mozzarella.

Oui. En fait, le grand truc des accords mets vins, c’est qu’il y a toujours une saveur DOMINANTE sur laquelle tu peux te baser (quand il y en a plusieurs, tu peux choisir celle qui te plait le plus – c’est là que ça devient fun). Quand le ragù était tout seul, c’était plus particulièrement la viande, je t’avais dit les tomates ce sont des filles faciles, elles prennent tout. Par contre, maintenant on a introduit la mozzarella. Celle qui est si douce, si suave, si merveilleuse (oui, je suis un peu amoureuse de tous les fromages, et la mozza a mes faveurs, deal with it). Elle fait chanter ton plat en mode slow down.

Tout doucement.

shhhhhhhhhhhh…

Tu entends le doux chant de la mozzarella là?

shhhhhhhhhhhhhh…

T’as envie de la brutaliser toi? BRUTE.

Non, la mozzarella t’as envie de lui murmurer des choses tendres, et douces, et dorées. PAF. Comme l’albana. Tout juste. Tu fais bien gaffe, parce qu’un albana peut en cacher un autre Albana di Romagna amabile, dolce, passito, passito riserva sont TOUTES des versions avec du sucre. Je déconne pas : c’est NON.

Jamais on ne boit de vins doux avec la lasagne. C’est un crime. Tu le prends bien secco ton Albana di Romagna.

Version deux : l’artiste à la béchamel

Et puisqu’on ne respecte ni les étrusques, ni nos aieux italiens, ni rien, puisqu’on sort des sentiers battus soyons fous, courrons dans la vie comme des chevals sauvages (johnnyyyyyy) vacances on oublie tout prenons du rosé. Même pas rital en plus. Problème : la béchamel, c’est surtout du lait. Et le lait, ça favorise les impressions yaourt quand tu bois du vin avec. Quoique j’aie beaucoup de respect pour les yaourts, et les bulgares, et Richard Berry (ha ha, l’humour lourd. Comme une baleine***) trop fruité un vin rosé serait bien à la peine.

MAIS apprête toi à faire un hula hoop mental parce que cette idée est fort bonne (normal c’est la mienne) si on choppe un truc qui soit à la fois suffisamment minéral pour ne pas virer lactique et à la fois gourmand parce qu’on est tout de même là pour se faire plaisir on aura tout bon.

Je dis stop.

Je dis pause.

Réfléchissons(enfin surtout moi, continue à avaler tes gressins, tu peux).

Ça y est !

Poulsard. JURA. JURA. JURA.

Alors  accroche toi. Le poulsard c’est le point Magritte du pinard. Ni tout à fait rosé ni tout à fait rouge c’est une sorte de trans étrange mais délicieux qui jute et qui croque, avec des notes fruitées discrètes et surtout des saveurs un peu animales (terme technique souvent employé pour décrire un vin qui sent un peu la bête. Ça peut aller de la très légère exhalaison de l’animal domestique, au chien mouillé en passant par l’écurie à des degrés divers de propreté – à propos d’odeurs animales faudra un jour que je te raconte comment un dégustateur m’a stupéfié en trouvant je cite “une odeur de sperme de lièvre “. Avait il une expérience cuniculturée dont je ne savais rien toujours est il que ça m’a sciée. Mais bref.L’odeur animale -ou fauve – ou viandeuse n’est pas toujours considérée comme désagréable malgré ce qu’on peut croire, c’est même considéré comme un critère de qualité sur certains cépages à condition que ce soit bien intégré et élégant).

Le Poulsard donc ou ploussard est un vin qui bien que peu connu représente pourtant la majorité des cépages rouges plantés dans le Jura. Et oui. Voilà pourquoi tu ne devrais pas avoir de mal à en trouver un bon. Son avantage numéro un c’est qu’il est extrêmement léger et fin, que tu peux le servir frais et que ton ragù va flirter avec lui de toute sa suavité et de toute sa tomate comme la dernière des catins. Comme ce n’est pas à proprement parler une bombe fruitée il va laisser la béchamel faire son œuvre.

Et il va accompagner discrètement la viande et le fromage sans se disputer avec personne.

Quel gentleman ce poulsard t’as vu ?

Je te propose encore deux trois solutions alternatives au cas où tu aurais du mal à trouver les vins dont je te parle. Pour l’albana, un savagnin (non ouillé, précise le c’est important ) du Jura, ou un chenin de la Loire (vouvray, montlouis par exemple). Pour le Poulsard un rosé ou un rouge léger de Cinsault -region Languedoc Roussillon – ou encore un pinot noir d’Alsace à condition de le choisir sans élevage bois. Voilà.

Maintenant t’as plus aucune excuse pour pas profiter. Tu SAIS.

* le titre original du post étant trop long, je l’ai raccourci en un acronyme. Lasagne. Albana. Poulsard.

** je plaisante ami lyonnais. Mais puisqu’ apparemment c’est un sujet sur lequel tu es sensible et que je t’aime bien, toi et ta gastronomie, je te châtie bien.

*** la baleine du parapluie bulgare. Donc. Cqfd.

Advertisements