Gogo gadget appli *

*une furieuse envie d’inspecteur Gadget, ça s’explique pas.

Je vais te confier un secret : j’adore le mot “pinard” et je l’utilise souvent. Pour sa sonorité, un peu. Et aussi, parce que ce n’est pas un mot noble, connoté, il n’a pas cette dimension sacrée qu’a le mot “vin”. Non. Le pinard, tu peux en parler tranquille, pour ce qu’il est : du jus de raisin fermenté.

Alors, oui, un sacré bon jus qui file de sacrées belles émotions. Qu’on doit respecter, mais pas vénérer aveuglement.

Voilà tout ce que je déteste : l’adoration idiote. De celle qui nait souvent de l’absence de réflexion et de perspective. Du désir bien légitime qu’ont les gens de  bien faire, de bien connaitre, et qui parfois, leur fait adopter des comportements bizarres, comme acheter douze verres à dégustations alors qu’un seul est VRAIMENT nécessaire (rappel là), et acheter des applis censées leur filer des accords mets-vins sur mesure pour 0.79 euros.

J’ai un réel problème avec ça : on fait croire aux gens que accorder un vin et un plat, c’est un truc carré et scientifique alors que c’est loin d’être le cas. Qu’il suffirait de rentrer deux mots clés dans une appli et paf ! Accord parfait ?

Non, mais JAMAIS !

D’abord, on va casser le mythe : l’accord parfait, ça n’existe pas.

Ou presque.

Ça se produit une fois, une toute petite fois sur plein d’autres. Pleins d’autres où tu t’es rapproché de la perfection, au plus près.

Parce qu’un vin évolue, parce qu’en bouteille il est vivant, que si tu l’as goûté il y a deux mois il a peut être décidé de se refermer (terme technique : il se “replie” sur lui même, et tu ne perçois presque plus ses arômes. C’est une phase normale pour un vin, qu’on rencontre plus fortement sur certains cépages comme les syrah). Parce que la grenache de tel producteur n’était plus disponible, t’as pris une autre grenache, même région, même appellation, producteur différent. Pas pareil, le pinard. Hé oui.

Parce que la dernière fois, tu fricotais avec l’élu(e) de ton cœur et que cette fois t’es entre potes, c’est pas la même ambiance.

Bref, il y a tellement d’éléments influençant la dégustation qu’au final, on peut comprendre qu’un logiciel manquera toujours de paramètres.

Pour le moment, TOUS les logiciels accords mets vins que j’ai testé au mieux m’ont fait rire très fort, au pire m’ont donné envie de projeter leurs initiateurs dans des cuves remplies de beaujolais nouveau.

Je comprends bien la tentation, hein. C’est facile, ça demande pas d’effort, juste un clic, un ou deux mots tapés. Pas besoin de connaissances, pas besoin de réfléchir.

Justement. Moi, c’est ça qui me chagrine.

Réfléchir à l’accord, ça fait aussi partie du plaisir, comme quand tu élabores un menu, tu salives déjà de ce que tu vas cuisiner / manger.

TOUT le monde est CAPABLE de le faire : après c’est sûr, il faut utiliser son cerveau ( c’est le moment Ratatouille, haha, pour ceux qui suivent). Les règles de la logique, l’instinct, des connaissances de base, un peu de confiance en soi, ça suffit. Internet, au pire. Des blogs vins (instant pub, soyons pas modestes )

Ce qui m’énerve le plus, c’est qu’on joue sur la soit disant ignorance des gens pour leur fourguer des outils inutiles et parfois complètement erronés.

Alors que c’est si simple d’aller chez un caviste, et de lui poser des questions. Par exemple. La plupart du temps, ça le fait marrer ce genre d’exercice si c’est un passionné. Parce que oui, il y a une gratification intellectuelle intense à faire le bonheur des gens. Et puis, créer un accord, même virtuel, ça fout une sacrée dose de kif par procuration.

Mine de rien.

Ça c’est pour la partie accords mets-vins. Tu m’as bien comprise : investis plutôt dans une autre appli si tu veux enjoliver l’écran de ton smartphone.

Pour ce qui est de la gestion de cave, je vais être très claire :

  • soit tu as plus de 1500 bouteilles, tu bois pas beaucoup, et tu as une mémoire de poisson rouge et dans ce cas ça vaut peut être la peine de s’y pencher.
  • soit non, et donc oublie.

En gros, les applis gestion de cave te proposent d’archiver tes bouteilles. Jusque là, je suis ok. Moi qui suis plutôt désordonnée, je comprends assez bien l’utilité.

D’une à l’autre, les fiches techniques sur les vins sont plus ou moins détaillées (je te passe les erreurs que j’ai pu trouver sur certaines qui te placent les mauvais crus dans les mauvaises régions, et se plantent dans les dénominations AOC). Ceci dit, quid des pinards qui rentrent pas dans les cases parce que Hors AOc, hein? Bon.

Quand c’est pour du rangement strict, c’est pas mal. C’est une évaluation de ton stock, ce qui permet aussi de justifier qu’il faille ABSOLUMENT racheter du pinard puisque “ regarde on n’a presque plus rien en Rhône “ (Ahem).

Le souci, c’est que ces applis veulent toujours en faire plus. Genre te dire quand consommer tes pinards.

Et là, je dis stop.

ON FAIT PAS CONFIANCE.

Jamais.

Pourquoi?

Extrêmement simple : l’évolution d’un vin n’est absolument pas la même partout. Elle dépend

  • du taux d’hygrométrie ambiant (l’humidité)
  •  de l’exposition ou non à la lumière
  • de la chaleur ou non
  •  de la variation des températures
  • de la pression
  • de l’altitude
  • des vibrations

Si je prends une bouteille, la même et que je la conserve dans une pièce climatisée ou dans ma cave au sol en terre battue, je t’assure que dans un an, elles auront pas vieilli pareil. Et même, d’une cave à l’autre il y a des différences.

Donc pour évaluer le vieillissement d’un vin, il faudrait tenir compte de tous les paramètres cités plus haut, en sus de la situation particulière de TA cave, et en plus du vigneron. Parce que non, tous les vignerons même au sein d’une micro-appellation bossent pas pareils.

Quant aux estimations de garde, on rappelle : ce sont des estimations. Personne n’est capable de dire avec certitude et précisément quand un vin sera à son top. Il peut prédire. Pas affirmer.

Dingue ? Pas tant que ça. Le vin, c’est VIVANT. Je te parle des vrais vins, de vignerons pas des trucs formatés et stériles. Eux, ils bougent que dalle. Mais l’honnête pinard, il se fait tranquillou sa petite vie dans sa quille, l’apport d’oxygène même minime fait varier ses arômes, il réduit, il se patine.

Pour la petite histoire, j’ai donc une cave où je ne vais pas tous les jours, qui est ma cave à vieillissement. Sol en terre battue, hygrométrie entre 75 et 80%, température constante de 11/12° été comme hiver. Géniale, donc (mais même sous la torture je te dirais pas où elle est, rêve pas).

J’ai dit que je suis bordélique?

Je suis bordélique.

Donc, cette fois là, je faisais une descente dans ma grotte, pour y chercher quelques bouteilles. En fouillant, je retombe sur une bouteille oubliée. Un bordeaux quelconque, pas d’appellation autre que supérieur, millésime déjà bien avancé.Si j’en avais cru les logiciels, ils m’auraient dit ” bon à jeter”.

Mais, je fais confiance qu’à mon palais (et je te conseille d’en faire autant). Je l’ai goûté, donc. Et PAF.

La surprise du chef : il était vachement chouette ce pinard. Il n’avait pas autant de traces d’évolutions qu’on aurait pu supposer, il était encore très bon, bien sûr il avait perdu un peu de fruit mais pour un “petit” bordeaux, il s’en sortait pas trop mal.

C’est là où je veux en venir. La vérité, elle est pas dans ton smartphone. Elle est dans ton verre.

Fous toi bien ça dans le crâne.

Après, si tu veux crâner avec tes applis, soit (cela dit, pour ce dont tu as besoin vraiment, c’est-à-dire te créer une bibliothèque, un bon fichier excel et hop) (quoi je trolle?)

Moi je préfère économiser pour m’acheter des quilles. C’est toi qui vois.

(si tu veux, et que tu fais pas le con avec, tu peux quand même utiliser open cellar qui est pas trop mal foutue ET gratuite. Mais si jamais tu utilises les fonctions accords mets-vins, je te tape).

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