L’amour est dans l’Pré en BULLES *

*référence hautement intellectuelle, clap clap

Faut qu’on cause. Sérieusement.

C’est un sujet grave que je vais aborder, là. Ça rigole pas, mais alors pas du tout.

Je vais te faire mal, sans doute. Mais pas plus que ce que tu me fais à moi quand je vois comment tu le traites.

Le Champagne. On lui met une majuscule, déjà. Et on arrête de dire “machin avec des bulles”. Non. C’est un VIN. C’est pas du coca. C’est pas un truc gazéifié.

C’est du vin que tu dois traiter avec RESPECT, et considérer en tant que tel.

Que tu dois donc choisir exactement comme tu choisirais un vin. Puisque c’en est un.

Je t’entends déjà, toi au fond là. ” Bah, c’est un truc de bourge, un machin snob, ça fait mal au cœur, ça pique la gorge, j’aime pas “.

Je vais te pardonner dans mon immense mansuétude. A condition que tu te fourres bien ça dans le crâne.

Le VIN de CHAMPAGNE c’est la VIE.

Oui, pas moins.

Tu as affaire, il faut dire, à une convaincue.

Évidemment, toi qui ne connais du champagne que des bouteilles de marque souvent hors de prix dans les linéaires de super marché, je peux comprendre que tu n’aies pas été touché par l’ Émotion.

Logique. Parce que globalement, toutes ces marques là, c’est un peu de la merde.

J’exagère? A peine. Je te dis STOP, tout de suite. Je sais qu’ on t’a mis dans le crâne que c’était bon. Mais on arrive aussi à te faire acheter du Marc Levy, alors hein. Non, tu arrêtes tout de suite avec ça. Ce n’est PAS BON. C’est du marketing, c’est du produit, c’est du easy drink c’est pas du vin. Parce que derrière y a pas de vignerons, ou si peu. Y a des raisins achetés et des types en costard qui réfléchissent à un plan com’.

Tant qu’on y est,  arrêtez avec les cuvées spéciales.

Les trois quart du temps, c’est du foutage de gueule. C’est pas parce que tu mets de la merde dans une bouteille en cristal qu’elle goûte moins la merde. Et ce n’est pas parce que ça apparait dans les clips de rap Us que c’est meilleur (en tous cas de bon goût, sûrement pas). Je suis un peu vache ? Ok.

Je vais faire un effort surhumain, et mettre de l’eau dans mon vin, pour toi (l’eau, ce démon).

Pour bien comprendre la Champagne, faut savoir comment ça marche.

En Champagne, rien n’est comme ailleurs. C’est quand même une des régions les plus à la pointe niveau marketing du pinard. Hé oui. Fallait quand même être sacrément couillu, et malin, pour arriver à tirer parti de vins maigres et acides qui dans toutes autres régions auraient fini en distillation, pour en faire un produit noble et copié partout dans le monde.

Parce que oui, au départ, les vins blancs (surtout) et rouges de Champagne, c’était pas top. Je te parle historiquement là, depuis ils ont fait de sacrés progrès.

Le problème avec l’acidité, c’est que ça fait pousser les dents, et troue les estomacs. MAIS, et c’est là que c’est fortiche, c’est un élément génial quand tu veux vinifier de la bulle.

C’est là qu’on va parler de Dom Pérignon.

Dom Pé, dont on va casser le mythe, recta.

NON, il n’a pas inventé la ” méthode champenoise”. En tous cas, pas son intégralité.  Il a rapporté de Limoux la méthode de la blanquette. Pan dans les dents, un point pour le Sud. Il l’a un peu améliorée, soit, en perfectionnant les assemblages (le fait de mêler plusieurs cépages, ou parcelles, ou vins de différentes années) et en affinant la technique de la seconde fermentation en bouteilles. C’était un petit malin, Dom Pé.

L’assemblage, justement parlons en. En Champagne encore plus qu’ailleurs, c’est important. C’est une des rares régions où l’on s’enorgueillit de produire des vins qui ont chaque année le même goût.

Bizarre, non?

Mais totalement champenois.

Puis, disons le : l’assemblage, ça permet de pallier à une mauvaise année en ajoutant un peu plus de vin d’une année plus mûre. C’est de la triche autorisée. A condition qu’il ne soit pas millésimé, rien n’interdit d’assembler plusieurs années dans un Champagne. C’est comme ça. Rien n’interdit non plus de mélanger vin rouge et vin blanc pour faire un rosé.

Il faut comprendre un truc : en Champagne, le concept de marque est érigé en valeur modèle. Un vigneron ce n’est pas impactant, commercialement. Une Veuve machin, si.

Et c’est là où je veux en venir. A force de vouloir de la marque, du produit uniforme et standard, du remplissage de linéaire, on en vient à faire de la merde. De la merde qui coûte un bras, qui plus est. Parce que la Champagne est une des régions les plus chères de l’Hectare de France.  Pour faire du Champagne, même pas forcément du bon, ça coute bonbon. Mais ça rapporte !

Mais qu’est ce que ces vins là sont emmerdants… Pas de personnalité, autant de vie dedans que dans les yeux d’un mérou mort sur un étal en plein cagnard.

C’est pas du pinard, c’est du machin avec des bulles. Parfois, c’est tout juste passable. Mais ça ne fait frétiller personne.

Et ça, c’est infiniment triste.

Parce qu’outre ce biais marketing, il y a en Champagne de vrais VIGNERONS qui font du VRAI VIN. Quand je parle de vigneron, ça veut dire un mec qui traite ses raisins (à lui ou achetés) avec respect, qui les vinifie ensuite avec sa personnalité et ses goûts, pas pour plaire à une clientèle, mais parce que lui voit son pinard comme ça. Un mec intègre qui aime son boulot. Son vin. Un vin qui ne sera pas forcément identique d’un millésime à l’autre. Qui présentera des différences sensibles. Qui vivra.

J’aime les vins vivants, moi. Pas ceux qui font juste semblant parce qu’il y a un peu de bulles dedans.

La bulle parlons en …

Après une première fermentation alcoolique (comme tous les VINS classiques, oui j’insiste : VINS) on assemble ou non, puis on met en bouteille avec une liqueur de tirage (ce qui est loin d’être un terme vulgaire : un peu de sucre dans un fond de vin avec des levures). Les levures fricotent, se produit une deuxième fermentation, mais comme la bouteille est fermée, le gaz carbonique en résultant ne peut pas s’échapper, et hop, PRISE DE MOUSSE.

Après, rien n’est encore fait. Le Champagne doit se reposer, longtemps. Feignasse. Puis, pour éliminer le dépôt qui s’est créé, on met les bouteilles sur gyropalette, elles se retrouvent bouchon en bas, le dépôt se dépose sur le bouchon, il est temps de dégorger (oui, cette image est assez sexuelle, c’est pas de ma faute). Pour compenser la petite perte de volume qui se produit quand on dégorge (sic) on ajoute une liqueur d’expédition.

Et là, c’est VACHEMENT IMPORTANT : la liqueur d’expédition peut être du vin avec plus ou moins de sucre. Ou juste du vin. Plus tu mets de sucre, plus tu as un champagne doux. Moins t’en mets, plus tu te rapproches du brut. Voire du brut zéro, ou brut nature si tu n’en mets pas du tout.

NORMALEMENT, ça permettait – le sucre- de pallier aux défauts des vins, à l’amertume parfois décelable après la seconde fermentation, et tout ça. MAIS le sucre c’est comme le maquillage, si t’en mets trop c’est moche et une vraie beauté n’en as pas tellement besoin.

Voilà pourquoi, au lieu de froncer les sourcils quand on te dit brut, genre “oh ça va être raide, aigre, etc” tu diras bien merci à ton caviste quand il te tendra une bouteille de brut zéro.

Parce que c’est comme ça que tu pourras goûter à la vraie essence du Champagne.

Sans make up.

Que tu percevras les tilleuls et les acacias, que tu croqueras la pêche des Chardonnay de la côte des blancs, que tu auras sur le bout de la langue la puissance mâle et sobre des pinot noir, genre James Sean Bond, que tu te loveras dans les meunier.

UN bon vigneron n’a pas BESOIN de sucre.

Après, il peut pour des raisons commerciales, ou pour le fun, en mettre un peu.

Mais si son vin est équilibré, pourquoi aller tout foutre par terre en mettant du sucre. HEIN? POURQUOI?

Oui, je m’énerve, mais c’est pour la bonne cause. Ces vins là, ils respirent, ils te parlent. Leurs bulles sont délicates, nerveuses, elles t’agacent et te titillent, tu fais claquer ta langue et là, paf, t’as tous les arômes du vin qui explosent dans ta bouche, tu pourrais mourir tellement c’est beau, c’est grand.

Tellement c’est la Vérité. Avec un grand V comme celui de Vengeance si jamais tu t’obstines à encore acheter de la marque de merde.

(suite là et puis là aussi)

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