Ca s’en va et Savagnin *

* Après Dave, Claude François me paraissait cohérent. Pardon pour le dérangement.

Quand il y a un savagnin, ça va, c’est quand il y en beaucoup que ça pose des problèmes. Pour choisir. Ben oui.

On ne fait pas que du vin jaune ou des vins de voile avec le savagnin, on fait aussi des vins ouh yeah. Des vins ouillés, quoi. Et qui dit ouillés dit “non oxydatifs”. Vins secs? Il en existe de magnifiques, profonds et longs s’ils ont subis un élévage bois, des tranchés et nerveux s’ils sont tout frais de cuves. Mais pas seulement.

Vins monocépage ? Pas toujours.

C’est ce qui fait toute la poésie du Savagnin, c’est son côté polymorphe. Pourtant sur pied, il a une drôle de cogne. Tout velu à l’extrémité de ses rameaux, des toutes petites grappes serrées, il fait pas spontanément envie. Mais sa rugosité apparente en fait aussi un Superrésistant aux maladies (call him super). Il n’est pas propre au Jura, puisqu’il est sale aussi en Allemagne, en Autriche, en Australie et en Suisse sous divers pseudos.

Puisqu’on en est au blancs, plaçons en une deux secondes pour le chardonnay, qui est le cépage blanc le plus planté, devant le savagnin.

Le chardonnay, c’est à la fois le cépage des plus grands bourgognes et aussi celui des actrices américaines dépressives de soap, qu’elles dégainent généralement seules dans leur cuisine où l’on pourrait garer un bateau. Le pire, et le meilleur. La star, et la caricature. Soit tu fais des jus délicieux, soit tu merdes complet. Le chardonnay parait facile, mais bien fol qui s’y fie (le chardonnay doit être une femme, cqfd).

Quant au savagnin, c’est le plus beaux des infiltrés, le James des cépages : il arrive à se glisser dans toutes les appellations du Jura :

  • Macvin : donne moi du moût, je t’en fais une mistelle ( sacha). Un vin de liqueur, so. Je réexplique là, si tu as pas lu.
  • Château Chalon, forcément parce que c’est exclusivement du vin jaune
  • Côtes du jura : où l’on trouve ses potes pinot noir, poulsard et trousseau en rouge et chardonnay.
  • Étoile qui se nomme ainsi parce qu’ils étaient tous bourrés les mecs quand ils ont cherché un nom : soit disant que les cinq collines qui entourent l’appellation forment une étoile. C’est ça, ouais. Bourrés, j’vous dis.
  • Arbois : la plus grosse en superficie, et la plus ancienne des AOC françaises (répondez à ça Bordeaux et Bourgogne, haha). Tous les cépages y meltingpotisent.

Je schématise, parce qu’en réalité, toutes ces appellations peuvent se subdiviser selon qu’elles utilisent un seul cépage comme Arbois savagnin, une technique comme Etoile Vin de paille … Bourrés MAIS organisés. Ça rigole pas dans le Jura.

Vin de paille, attaquons gaiement, c’est quoi ?

Le vin de paille, déjà, tu ne le confonds pas avec le vin jaune. Jamais. Sous aucun prétexte, sinon je te tape.

Déjà, d’une, il contient du SUCRE. Hé oui. Contrairement au vin jaune, qui lui est sec. Il ne s’élabore pas seulement à base de savagnin, mais aussi de chardonnay (pas souvent) et de poulsard ( rare, mais on PEUT). Ce vin utilise la technique du passerillage expliquée ici. C’est un vin rare, long, lent, et difficile. Un peu comme le vin jaune, je te l’accorde.

J’imagine que le temps coule pas pareil qu’ailleurs dans le Jura.

Parce que quand même ils sont sacrément patients, les gars.

Patience récompensée par un vin de méditation. Je n’ai pas vrillé, mais oublie l’idée de servir quoi que ce soit avec le vin de paille. Franchement, tu lui rendras plus service en le servant nu (le vin pas toi, quoique tu fais bien ce que tu veux dans l’intimité).

Un canapé, un fauteuil, une balancelle, n’importe un endroit confortable, toi, et le vin.

Tu le regardes d’abord, il se love dans ton verre, précieux, or foncé. Tu l’agites et l’émoustille, il pleure mollement, nonchalamment. Tu plonges ton nez dedans, et là WOW ! De la datte, du pruneau, du raisin sec, de l’exotisme. De la danseuse orientale, toute chair dehors et sequins qui tintent. Ça y est, tu décolles. Et t’as pas encore goûté ! De la mirabelle, du miel, du thé, de la cannelle, le comptoir des épices qui se déversent tout entier et les beaux fruits mûrs, ça croque et ça vibre. Ensorcelant. Ça jute. Ça vit. C’est doux.

Le vin de paille devrait pas se raconter, il devrait juste se vivre. En égoïste. Je peux te concéder l’égoïsme à deux, mais pas plus. A plus que deux, on parle, on fait du bruit, on est distrait.

Le vin de paille demande le respect. Et le silence.

Tu peux maintenant courir chez un bon caviste, et t’en procurer une bouteille. Tu la secoues pas, c’est un bébé que t’as dans les bras, aussi fragile. Tu la déposes dans un endroit frais, et sombre. Et t’attends.

Encore.

tssss.

Essaie pas de filouter, laisse lui un peu de temps quelques jours.

Puis, quand t’es dans ton meilleur jour, fais toi beau/ belle, et ouvre.

Dis pas merci, profite !

To be continued ( tu pensais pas que j’allais te lâcher la grappe si facilement? )

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