Rueda, c’est plus fort que toi *

* voilà, voilà. Pas plus de commentaires que ça, je ne sais vraiment pas titrer

Au pays de Castille, il y avait un garçon qui vendait les glaces vanille et citron. Et aussi ce dont ne parle pas la chanson, des vins blancs !

Ah, les blancs espagnols. Injustement ignorés. Et pourtant, l’ Espagne offre des vins géniaux, modernes, avec du caractères et des cojones (coJones, avec un J comme dans “Je parle pas Espagnol mais mes lecteurs sont au taquet ” ).

Carrément.

Moi j’aime ça, les cojones. J’aime les vins qui bousculent, ceux qui ont une identité affirmée.

En blanc comme en rouge d’ailleurs. Longtemps on trouvait des pourpres sévères, marqués par des élevages rugueux, des machins compliqués et durs, qui te faisaient pousser les dents aussi sûrement qu’ils te ruinaient l’estomac. Mais ça, c’était avant. Je te parlerai des rouges une autre fois, c’est un immonde teasing pour te mettre l’eau à la bouche, là je te raconte le blanc.

Un en particulier.

Le Rueda.

Quand je vois Rueda sur une carte de resto, ou chez un caviste, je fonce. C’est plus fort que moi. J’ai une espèce de réflexe de Pavlov : je salive, je souris, je fonds par avance. Pourquoi ? Nonobstant le fait que je sois -un peu- cinglée, c’est surtout parce que c’est délicieux.

La première fois que j’ai rencontré Rueda, c’était au milieu d’autres blancs du Sud. Dégustation comme on en fait des dizaines, les quilles sont alignées en rangs, toutes prêtes à se faire dézinguer ou encenser, voire ignorer.

Ça rafale et ça mitraille, la langue claque, le palais glougloute, le vin se fait humer, malmener, triturer, on lui offre un tour de grand huit en le faisant tourner dans la bouche, puis on le crache. Élégamment, cela va sans dire.

Ahem.

Bref, je goûtais, et paf. Voilà mon Rueda qui m’explose dans la bouche. L’impression de croquer une tige de citronnelle, un poil de poire dure, des agrumes en-veux-tu-en-voilà, de l’acacia, c’est bon ! Et surtout, ce qui fait toute la différence, son cachet, the cherry on the cake : de l’amertume.

Je te vois froncer les sourcils, STOP. Je sais bien pour en faire partie qu’on vit dans la génération Cocacola. De plus en plus habitués à trouver du sucre partout, même dans des produits qui à priori ne devraient pas en contenir. A force, on finit par prendre de très mauvaises habitudes. La mort du goût, à terme. De la nuance.

L’amer, c’est bien.

Quand c’est justement dosé.

Je ne parle pas ici de l’amer du pas mûr, de l’amer qui te fait regretter, de l’amer-de.

Celui là, il a de la classe, c’est juste la petite gifle qui te donne envie d’y revenir au vin. La pointe tonique qui te fatigue pas, qui te maintient en course.

L’amertume qui pue la classe.

Ce vin là, c’était Basa. Rueda de chez Telmo Rodrigues. Grosse grosse base de Verdejo, avec un poil de Viura, et un chouïa de sauvignon.

  • Sauvignon, sans doute tu connais : cépage international, qui navigue entre pomme verte et agrume, voire le très rigolo pipi de chat ( en soirée, tu opteras pour la tournure plus élégante “bourgeon de cassis ” , l’évocation de la litière féline rencontre assez curieusement peu de succès ).
  • Viura qui a un paquet de pseudos, dont le plus connu est le macabeu. Originaire du coin, on le trouve aussi en Languedoc Roussillon. Peu expressif en blanc sec, mais avec une belle trame acide, il est fort utilisé pour faire des effervescents ou des doux.
  • Verdejo LE cépage important. C’est lui qui tient tout le Rueda, c’est sa colonne vertébrale. C’est un raisin qui laisse la part belle à la minéralité. A la sensualité de l’amer. C’est lui qu’on doit chérir pour avoir donné cette caractéristique si spéciale au Rueda. Loué soit tu, oh Verdejo.

Selon son pourcentage de présence dans l’assemblage, il peut se voir accoler le terme Superior (s’il réunit au moins 60 % de ce cépage ). Pour qu’il soit mentionné ” Verdejo ” sur l’étiquette, il doit y être présent à au moins 85 %.

Du coup, si tu veux goûter à l’authenticité, tu sais ce qu’il te reste à repérer sur l’étiquette. Ce n’est pas tant que les vins contenant beaucoup de sauvignon soient mauvais, mais ils ont peut être un peu moins de caractère que ceux à base de Verdejo. Tant qu’à goûter du sauvignon, autant prendre un Sancerre non? Ou un néo-zélandais ( regarde, j’en parle là ).

Pour la petite histoire marrante, et comme je viens de parler de la danse des sept voiles des vins du Jura ( les coquins ), sache qu’on peut aussi trouver la flor à Rueda. Hé ouais. Très rare, je te l’accorde, mais si tu tombes sur du Pálido Rueda, c’en est. Et même qu’on s’exerce un peu au passerillage par là, sous le joli nom de Dorado Rueda.

Je reviens à mon mouton, donc. Basa. Le joli vin, regoûté depuis sur plusieurs millésimes avec cet incroyable pamplemousse qui titille, ce joli croquant de pomme, du citrus un peu au nez, et constamment la belle, la jolie, la séduisante amertume légère comme un bas 15 deniers. Celui là même qui te caresse la jambe, fluide, et où tu as l’impression de ne rien porter. Pour les lecteurs masculins, désolée, je n’ai pas de métaphore plus adaptée.

Faudra tenter l’expérience pour comprendre.

Goûter du Rueda, pas porter des bas, n’est ce pas ? ( quoique ce que vous faites dans l’intimité me regarde pas ).

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