Métaphysique des tubes à pinard *

Monsieur, je crois que ton verre est trop gros

* extension du domaine de la lutte du bon.

Boire du pinard, c’est bien. Mais encore faut il savoir comment on te le sert : comprendre dans quoi il est contenu, et comment, pourquoi, dans quelle étagère (Billy).

Parce que, t’ai-je expliqué moult fois, le vin c’est VIVANT. Le bon vin. Je te parle pas des immondes vinasses tout juste bonnes à déboucher des chiottes, mais du vrai vin qui trouera pas ton estomac, ni ton portefeuille.

Et moi, j’aurais tendance à dire que tout ce qui est vivant se respecte.

Partant de là, réfléchissons deux secondes, posons nous et demandons nous : Pourquoi, mon dieu POURQUOI a-t-on seulement eu l’idée un jour de vouloir mettre du champagne en canette ? Ou tout simplement du vin tranquille ? Qui sont ces gens, quelle drogue prennent-ils parce qu’à mon humble avis, c’est de la sévère.

Par quel truchement des types se sont-ils dit un jour

-tu reprends un nespresso ?

– Ouais, un vert. Sinon, on va foutre du pinard dans des cans tu vas voir ça va marcher.

Foutredieu.

Le marketing finira par me tuer.

Parce que oui, clairement, on est plus du tout dans une optique vin vivant là. On réfléchit en terme de produit.  Et ça, j’y peux rien, mais ça m’énerve.

Que les contenants n’altèrent pas le produit

qu’ils soient des canettes comme ici

des tubes comme là

ou des verres avec opercule

ou des tétrapaks

en réalité je m’en cogne un peu. Pas d’altération, mais pas d’évolution possible alors? Implicitement ça sous-tend bien que le vin n’est plus qu’un produit formaté et stable, sujet à aucune modification interne ? Je sais bien qu’on parle de machins industriels, mais me dire qu’une bonne partie de la population consommatrice de vin occasionnelle ne verra jamais que ça, ça me fait du mal.

Pire, le conditionnement ” individuel” fait perdre toute notion ce convivialité. Qu’on ne me dise pas qu’on trinque à la canette. C’est du foutage de gueule. Un format comme ça ne peut mener qu’à une consommation solitaire. Et oui, je sais qu’il existe aussi des formats de bouteilles ” individuelles “. Ça existe, mais c’est triste.

J’ai entendu parfois : ça amènera les jeunes au vin, en leur rendant le produit plus sexy, plus fun.

J’ai eu envie de mourir douze fois.

On n’éduque pas les gens, les jeunes, en leur proposant un produit dénaturé. Ça, c’est les prendre pour des cons. On leur parle des choses simplement, on les fait goûter. Au départ des vins accessibles, pas trop taniques, pas trop marqués par le bois. Le jeune quand tu le prends pas pour un con, justement il écoute. Il se passionne. Et petit à petit, tu l’ amènes à découvrir de plus en plus de choses insolites (si ça ne marche pas, tu le tapes mais ça c’est ma méthode à moi, j’oblige personne ).

Le vin en dosette, c’est le contraire de ce que devrait être le vin. Je répète souvent que le vin c’est aussi et avant tout un liant social. Ça se partage, ça se raconte, ça se boit entre potes, amoureux, en famille, … Ça fait des histoires pour plus tard, qu’on évoque avec plaisir, regret, amour. Tu te rappelles de ce Meursault et de son extraordinaire goût d’amande ? Des madeleines de Proust qu’on recherche indéfiniment.

Le Meursault de cette soirée là, je le goûterais sans doute jamais pareil. J’aurais beau retrouver le même pinard, même domaine, même millésime, il sera différent à chaque fois. Imperceptiblement, mais quand même. C’est la raison qui me fait tant aimer le vin. Il crée des magies instantanées et impossibles à reproduire tout à fait. Fameuse fabriques à souvenirs, tous bien ordonnés ou foutraques, dégustations bordels ou recueillies, éclats de rires et coup de poing à l’estomac : la vie.

Je n’aime pas ces contenants là, bien que je comprenne pourquoi ils existent. Ça me fend le cœur, parce que c’est à l’opposé de ce en quoi je crois.

Et le Bag in Box, me diras tu ?

Ha. Sujet compliqué. Je n’ai rien à dire concernant les qualités techniques de conservation puisque c’est vrai maintenant, les procédés sont au point. Les défenseurs du BIB argumentent :

  • Pour les soirées à beaucoup, c’est idéal. Facile à servir, on n’est pas obligés de déboucher plein de bouteilles.

Feignasses ! D’abord, avec un bon sommelier (l’outil, quoique si tu as un ami sommelier sous la main, félicitations, il s’agit d’une excellente fréquentation) et un peu de pratique, c’est vraiment pas compliqué. Et puis, il reste toujours l’option bouteilles de grands formats. Bah oui, on ne sait jamais quand ouvrir des magnums, là c’est l’occase. En plus c’est joli, ça fait un instant précieux, c’est prétexte à grosse marrade. C’est le bien. Sans compter sur le fait qu’on peut aussi comme ça goûter à plusieurs vins !  Pourquoi serait-on obligés de servir un seul et même vin quand on est plusieurs ? C’est le moment pour déguster, comparer, tester non ? Je n’aime rien tant que ça, les soirées où les bouteilles volent de table en table, de main en main, chacun avec son chouchou, sa quille fétiche, sourire en coin.

  • Pour avoir un verre juste comme ça en rentrant du boulot, c’est easy.

Et boire Tous les JOURS pendant huit semaines le même pinard ? Bof. Une bonne bouteille peut se conserver plusieurs jours ouvertes, avec un minimum de précaution, si vraiment tu ne veux pas gâcher.

  • C’est moins cher.

Hep hep hep, pas forcément. Évidemment, si tu achètes du BIB premier prix en grande surface, je peux éventuellement te l’accorder. Mais à ce compte là, achète direct du Destop. On trouve chez les cavistes de vrais bons jus à pas trop cher quand ils se démènent un peu la couenne. Parce que proposer des vins à 25 euros, tout le monde peut le faire, mais pour dénicher des chouettes pinards entre 5 et 12 euros, ça demande un peu de boulot. Des vrais gens qui goûtent des vrais vins, et qui y croient, puis te parlent non seulement du jus mais aussi de la vigne, et du gars / la nana derrière, je KIFFE.

  • C’est écolo

ARF. Ok, un point pour le BIB, surtout s’il s’agit d’un procédé comme celui là.

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