BIO WINE-wine, BIO WINE-wine *

*défenseur de la terre, les forces du maaaal, du vide sidéral (si t’étais pas né dans les 80’s tu ne comprendras pas ce titre ).

Le problème avec le vin bio, c’est qu’il n’existe pas de vin bio.

Paf.

Fin de l’article, merci, rideau.

Oh, ça va, on peut rigoler. Bien sûr que je vais développer, mais avouons que c’est tentant comme de rendre une copie quasi blanche à l’exception de la phrase ” Le risque, c’est ça ! ” à un examen de français, section dissertation, sujet ” Qu’est ce que le risque ? ” (anecdote totalement véridique, j’étais un peu punk dans ma prime jeunesse ).

Revenons donc au bio.

Le vin bio existe assez peu : ce que l’on identifie comme vin bio est le plus souvent du vin issu de raisins en agriculture bio.

Réglementée depuis mars 2012 par l’union européenne, la vinification bio est en train de naitre.  Paf. Elle est labellisée par Nature et Progrès, Biodyvin et Déméter. Les bouteilles affichant leur logo ne contiennent pas de colorants, de gélatine animale et de levures, et ne se voient pas ajouter de sucre.

Ceci posé, on peut tenter de définir ce qui en général dans l’esprit des gens est un vin bio :

  • non trafiqué
  • ne contenant pas de pesticides
  • naturel
  • propre
  • respectueux de l’environnement
  • bon

Okay.

Sauf que.

Sauf que si c’était si simple que ça, je n’en ferais pas un article, donc on va reprendre tout depuis le début et point par point.

  1. Non trafiqué : l’ensemble des labels qui régissent les vins ” bios” (je vais l’écrire comme ça chaque fois par commodité mais dans ta tête tu nuanceras chaque fois ” issu de l’agriculture bio ” merci ) sont plutôt d’accord quant au fait de ne pas manipuler le vin par des procédés physiques / chimiques qui tendraient à le transformer en trichant (outre les transformations nécessaires à la fabrication normale d’un vin, fermentations et élevage). L’osmose inverse par exemple est interdite ( terme technique qui consiste à faire le poirier dans le chai en attendant l’osmose totale. Hum. Non, je déconne : l’osmose inverse est un système de purification du moût au travers d’un filtre qui est sous pression  et qui force   les molécules d’eau à franchir la membrane, pour le concentrer. L’osmose inverse sert à pallier un millésime difficile ).
  2. Sans pesticides : selon les labels, les pesticides peuvent être autorisés. Les pesticides de synthèses sont interdits ( et c’est là que la confusion en général se fait ) mais les pesticides ” naturels ” en général issus de végétaux ou de minerai sont tolérés, encouragés, ou déconseillés selon le degré de tolérance desdits labels. Le souci c’est que certains de ces insecticides naturels sont si pas aussi nocifs que les chimiques, pas exempts de défauts. La bouillie bordelaise, employée à dose de plus en plus contrôlée mais utilisée quand même contient du cuivre, métal lourd dont la nocivité est reconnue depuis un bail ( Nathalie ).
  3. naturels : HALTE LA. Bios ne veut pas dire vins nature, ou vins naturels aka vins sans soufre ou en contenant très peu. Si tu as loupé l’épisode sur les vins naturels, rafraichisseur de mémoire là. Un bio peut être naturel, un bio peut ne pas l’être, et vice versa. Je sais, tu commences à être perdu mais tiens le coup, ça va aller.
  4. propre : ça dépend ce que l’on entend par ” propre” mais si l’on veut dire contenant le moins voire pas d’adjuvants okay.
  5. respectueux de l’environnement : selon les labels là aussi les normes varient, mais en général, dans chaque cahier des charges il y a une clause concernant le respect environnemental et animalier.
  6. bon : et là, je ris.

Fort, bruyamment. Aucun des cahiers de charges en viticulture bio ne prévoit ou ne garantit que le produit final soit bon. Au goût.  Hé non.  Ce n’est pas le job de la maison. Ce n’est pas parce que tes raisins sont sains que tu es forcément un as de la vinif’.

Tu peux très bien faire un produit propre mais dégueulasse à boire.

Tu peux aussi faire du pinard tout bonnement extraordinaire.

Je sais, c’est injuste. La plupart du temps, quand tu vas chez un caviste ou dans une grande surface ( je ne te juge pas pour la GD mais c’est dur ) et que tu demandes un vin bio, c’est dans l’idée de te faire du bien et d’avoir du bon. Alors c’est sûr, tu te pourriras peut être pas l’estomac, le foie et tes organes en général en buvant bio mais est ce pour autant que tu feras la joie de ton palais ? Pas toujours.

Pernicieux : bio, souvent plus cher ( souvent, ça veut dire pas toujours. Je précise parce que ho hein bon ) et pas toujours bon.

Normalement là j’atteins le point : tu te roules par terre en pleurant et en t’arrachant les poils du torse / les cheveux en marmonnant ” que faire alors ?”

Déjà, savoir à quoi correspondent les différents labels, et quelques termes souvent évoqués, histoire qu’on ne te pigeonne pas.

AB, label le plus connu et le moins contraignant.

  • Les semences et plants employés doivent être des produits labellisés AB, et ne doivent pas être issus d’OGM ( Coucou José )
  • La fertilité et l’activité du sol doivent être maintenues ou augmentées. Compost, recyclage, tout le bouse-in.
  • Les amendements à condition qu’ils ne soient pas de nature industrielle ou chimique sont autorisés.
  • La protection contre les parasites, maladies doit favoriser la prévention par un meilleur choix des variétés, un travail du sol approprié, des rotations et associations de cultures, la plantation de haies. Ca parait de la logique pure : avant que ton gosse tombe malade en hiver, tu lui mets une écharpe, tu le laisses pas courir tout nu dehors (sauf s’il est vraiment très chiant ). En cas d’attaque, la lutte biologique et d’autres moyens sont autorisés dans des conditions définies. La lutte biologique c’est par exemple introduire des prédateurs des animaux nuisibles au vignoble, comme des canards chasseurs d’escargots ( Totalement vrai, regarde là ). Ou pratiquer la confusion sexuelle. En gros on balance à donf aux mâles papillons des phéromones de papillons femelles. Soûlés, ils ne savent plus où donner de la b… tête, et ils se reproduisent moins. On peut aussi introduire des virus, comme celui de la granulose, spécifiquement mortel pour certaines espèces.

Le label AB est reconnu à l’échelle européenne, ce qui est plutôt pas mal pour les vignerons qui misent beaucoup sur la com ” je fais du bio “.

Ecocert : est une société de certification à laquelle la plupart des vignerons bios font appel.

Terra Vitis : pour m’être fadée TOUT leur cahier des charges en ENTIER, je peux te dire que d’une ça contient des phrases comme ” le quota des 1 à 2 organophosphorés et pyréthrinoïdes ” auxquelles je n’ai rien compris et de deux c’est possiblement chiant. Mais si l’on veut résumer, on dira que c’est le Dev Dur des vignobles, avec des recommandations comme l’enherbement pour préserver la bio-diversité ou l’usage le plus modéré possible de tous les amendements même ” naturels”. Ce n’est pas encore un label très répandu. Je ne suis pas réellement sûre que Terra Vitis labellise vraiment du bio, pour moi il s’agit surtout de viticulture raisonnée. En gros on prévient un max, en chouchoutant la vigne mais si à un moment ça merde on traite.

On parle beaucoup aussi de viticulture intégrée : j’adore le concept. C’est très Jean Claude Vandammien. Je m’explique : tu vois, il y a l’univers et toi, et moi, on est des parts of the universe. You see ? Et les animaux, aussi. Les rabbits et les chevals, tout est dans le universe. Et on doit s’aider each other.

MOUAHAHA.

Ce petit moment de délire passé, reprenons en français : l’agriculture intégrée tend à faire participer un max animaux, plantes, et humains afin qu’ils créent une symbiose. Par exemple, en envoyant les animaux dans les vignobles post-vendanges pour qu’ils nettoient les sols (et accessoirement les fertilisent en y faisant caca. Hé oui ).

Nature et Progrès : du bio, et surtout N et P autorise le soufre en apport maximum pour moitié moins de ce qu’autorise l’Europe.

Biodyvin  et Démeter.

Ha, Démeter, déesse des moissons et de l’agriculture.

Ces deux labels différents regroupent des vignerons biodynamiques. Je t’arrête tout de suite. Les vignerons biodynamiques ce n’est pas ça :

mais ça part d’un mouvement sciento-philosophico-ésotérique initié par les conférences et écrits de Rudolf Steiner.

La Biodynamie.

Et qu’a-t-il écrit de si particulier ce brave Rudolf ? Des phrases comme “manger des pommes de terre est un des facteurs ayant rendu les hommes et les animaux matérialistes” ou ” La vessie du cerf est connectée aux forces du cosmos. Mieux, c’est presque l’image du cosmos.” Je sais pas toi, mais là, au point où on est moi je me dis qu’il a grave fumé pour en arriver à des conclusions pareilles. Sauf que.

Ses écrits ne contiennent heureusement pas que des moments aussi WTF que ceux là, mais aussi toute une réflexion sur la nature, et sur un retour d’une agriculture plus intuitive et plus compréhensive des cycles naturels, qu’ils soient végétaux, animaux, humains ou planétaires.

Si je devais résumer la biodynamie pour les nuls je dirai à peu près ceci :

La biodynamie c’est du bio poussé au maximum. Aucun agent d’origine non naturelle n’est autorisé. Tout doit pouvoir retourner à la nature, donc être biodégradable. On pousse la lutte intégrée et la lutte biologique à fond. Certains principes lus comme ça à froid, peuvent plonger dans des abîmes de perplexité. Par exemple pour lutter contre les rongeurs :

“Pour se débarrasser des mulots, il faut prendre la peau d’1 mulot et la brûler au moment où Vénus est devant la constellation du Scorpion les cendres contiennent alors  la force négative qui s’oppose à la force de reproduction du mulot”.

( là, légitimement je me demande si c’est applicable aux ex, qui sont parfois de vrais rats. Bon).

On parle beaucoup aussi de la bouse de vache (sic) enterrée dans une corne de vache ( re-sic ) censée fertiliser le sol, ou la silice de corne ( du quartz réduit en poudre et pulvérisée après avoir été diluée dans une préparation dynamisée ).

Dynamisée ? Oui, d’où dynamique. MAIS c’est quoi ? De l’eau brassée en plein air pendant une ou plusieurs heures. A part des muscles qu’est ce que ça apporte ? C’est là que les esprits rationnels décrochent en général : le chaos énergétique qui libérera l’action bienfaisante des préparations. Rien que ça.

La biodynamie utilise aussi certains organes d’animaux (qui n’ont pas souffert ) pour favoriser la fermentation de certaines plantes afin de préparer des composts. Remember la vessie de cerf.

Et point méga important, l’observation des cycles lunaires, qui déterminent les moments où il faut amender, dynamiser, récolter, etc.

Dit comme ça, ça ressemble bel et bien à de l’ésotérisme couleur nawak. MAIS si je me base sur mon expérience perso des vins biodynamiques, je ne suis pas si catégorique.

Un très chouette vigneron belge, pour ne pas le citer Ludovic Boucard, qui fait des vins de fruits assez fringants et surprenants, me reçoit chez lui. Dans son chai, on regarde ensemble les barriques où vivent les rhubarbes, cerise, etc en élevage. Quand il a commencé à me parler de champs de force qui faisaient vibrer certaines barriques plus que d’autres, et précipitaient ou ralentissaient les évolutions des jus, j’étais perplexe. De même quand il m’a expliqué que certains vins se goûtaient mieux en période de fruits et se fermaient totalement à d’autres périodes, j’ai suspecté la drogue. Et puis j’ai goûté.

En fait, il a raison. Je ne sais pas comment ça marche, je suis pourtant une grande sceptique, mais il se passe des trucs étranges.

Sans doute en rapport avec le vin vivant, dont je parle sans arrêt.

Alors, est ce qu’il faut faire confiance aux biodynamistes ou les considérer comme de joyeux hurluberlus ? Une approche rationnelle et scientifique dirait que leurs doses homéopathiques et leur philosophie toute ésotérique ne peut pas avoir d’actions réelles.

Dans le verre, c’est moins certain.

Parce que s’inscrire dans une démarche aussi contraignante que celle là impose une vision du raisin forcément respectueuse et slow food ? Petites exploitations, contrôles humains hyper fréquents. Une façon de remettre le mec / la nana au centre de son terroir ?

Le vin fait par des gens.

Moi, je crois que c’est ça le plus important : être labellisé bio, et faire du pinard picrate imbuvable, c’est possible.

Avoir un label ne garantit rien au niveau de la buvabilité. Ni que le vin soit digeste

MAIS un vigneron qui fait la démarche de s’inscrire en bio montre déjà ( s’il ne s’agit pas d’une dérive purement commerciale et marketée ) qu’il a à cœur de faire un produit sain.

Je m’intéresse toujours en second à l’appartenance ou non à une filière bio. Mon premier critère, c’est le goût. Si c’est bon, tant mieux si c’est bio ( et après un rapide examen des cuvées que j’ai sélectionné il se trouve que la grande majorité le sont. Tant mieux ).

A suivre : une dégustation spéciale bios – biodynamiques tiens. Pour le fun. Parce qu’on est jeunes.

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