Va te faire boire chez le Greco *

* faire la folle à Bandol ( oh oui, oh oui, quel goût exquis ce Jean ).

Ha, la pizza.

Tu vas oublier tout ce que tu sais sur la Pizza. Tout.

La Pizza c’est le symbole absolu de la culture populaire Italienne dans le monde entier.

DANS LE MONDE ENTIER.

Plus que tout, la Pizza, c’est un triomphe Italien.
C’est un feu d’artifice de simplicité – la semplicità -, assortie d’une grande exigence – l’esigenza.

C’est pas moi qui le dit, c’est Floriana. ET j’ai tendance à croire qu’elle a raison (autant je lui fait pas confiance pour le jambon, autant le reste oui).

Le problème de la vraie pizza c’est que quand tu en as goûté une, tu es INCAPABLE de retourner à autre chose.

Dire qu’on vend sous la même appellation des machins fadasses et élastiques, garnie de sauce tomate acide, de fromage industriel, le tout sous PLASTIQUE voire pire : CONGELÉ.

Je pourrais faire un parallèle avec le pinard : sous la même appellation tu as aussi des jus incroyables, des vins passables et d’immondes saloperies. Le problème, ce n’est pas l’appellation en soi. AUCUNE, je dis bien aucune AOC ne mérite qu’on la laisse de côté. Il y a toujours au moins un vigneron qui fait du beau boulot. Toujours. Et quand tu tombes sur ce / ces vignerons là, c’est comme quand tu rencontres la vraie pizza.

La simplicité te bouleverse, l’émotion te submerge, le pinard ouvre des trucs en toi, des portes sensitives, tout est décuplé, tout est mieux, tout est vivant.

( dans trois secondes je vais me mettre à psalmodier façon are Krishna, ça va être une boucherie – non, je ne me drogue toujours pas ).

Donc, j’en étais à  la conjonction parfaite : terroir, humain, talent.

Ce que j’aime particulièrement c’est cette simplicité géniale qui te donne l’impression que tout est naturel et facile. Hop, un peu de farine, eau, levure, de l’exquise huile d’olive, du romarin. Basta.

Le vin, ça devrait être pareil : du raisin, rien que du raisin, toujours du raisin.

It’s raining grapes, alleluia

Pas de bla bla, juste un boulot bien foutu, précis, et honnête.

A l’arrivée, le bonheur.

Tu sais ce qui me hérisse le plus ? C’est quand on en fait des tonnes. Quand on masque, qu’on emberlificote. Comme quand on met trop de garnitures sur la pizza.

Ceci posé, que boit-on avec une pizza ?

( si j’avais mauvais esprit, je te dirais : va dans une grande surface, prends n’importe quelle bouteille de pinard, et mate la contre-étiquette : à tous les coups le vin est recommandé avec de la pizza. Si si. Tente l’expérience. Note que les mêmes te vendent la pizza plastique sous vide à la tartiflette. Voilà. Ai-je vraiment besoin de commenter ? ).

A) Si tu t’es référé à la recette de Floriana, et que tu as opté pour une Bianca.

Huile d’olive, et romarin. Tu conviendras comme moi qu’on ne peut pas faire plus simple.

Il faut donc trouver un vin aussi simple qu’elle. Pas rustique, simple. Humble.

Un blanc, parce qu’un rouge écraserait toutes les saveurs délicates de la bianca.

Un blanc rital. Un blanc doré et craquant, fin et surprenant. Comme ta pizza.

Viens, je t’emmène en Campanie, moins connue que la Toscane peut être mais région de grands vins aussi.

La Campanie c’est Naples évidemment mais aussi Capri, Pompéi, Sorrente,  Padoue ( édit de 15h 27 : enfin non pas Padoue il parait. On m’a même dit ” meuf, c’est comme si tu citais Lille en région PACA “. Voilà voilà. C’est ça quand tu tapes plus vite que tes doigts ne pensent )

C’est la région natale des pâtes, de la pizza, et de Farinelli.

Et cette région produit le vin parfait pour la Bianca : le Greco di Tufo.

Je suis tombée amoureuse de la Campanie par lui, le greco. Après je suis bien allée faire un tour du côté des falanghina, ou des trebbiano, mais le greco est … Il est …

Unico.

C’est le genre de pinard dont tu n’oublies jamais la première fois. Je me souviens que j’avais choisi cette bouteille totalement au hasard, ne connaissant l’appellation que très peu. Ça m’évoquait bien un truc, mais plus vague que ça tu meurs ( avec la Mer du Nord pour dernier terrain ). Mais l’étiquette était super jolie, j’étais une nana superficielle et sans suite et c’est ce qui m’a décidé à acheter.

Le fait aussi que je sois chez un très bon caviste rital auquel je faisais totalement confiance. Taciturne, mais solidement référencé.

J’ai ouvert la bouteille le soir même, et premier drame. Toute occupée que j’étais à aller chercher du pinard j’avais oublié … la bouffe. Zappée, carrément. Avec un invité sur les bras, assurément ça la fout mal.

Heureusement, le greco était là. J’ai débouché le flacon, l’ai carafé sur le conseil (judicieux) de mon caviste et paf ! De l’or liquide de la robe est monté un arôme incroyable de poire fraiche, celle que tu croques encore toute luisante d’humidité.

Première surprise.

Laissant se dépatouiller mon comparse affamé avec son verre, j’inspectais la cuisine. Le frigo : RAS. Les placards : pas grand chose. A part peut être…

Des gressins à l’huile d’olive et au romarin.

C’était un peu frugal pour un repas, mais le vin nous a nourri. De tout simple qu’il nous paraissait, il s’est peu à peu ouvert et nous a bluffé par une déroutante sarabande d’arômes d’épices, d’herbes, de fruits, et par une longueur … Oh, une longueur … Quand on vous dit que la longueur n’a pas d’importance ne le croyez pas.

C’était un Greco di tufo de chez Feudi di San Gregorio.

C’était du bonheur dans nos verres.

Depuis, je l’ai re-goûté à plusieurs reprises. Et ce qui me fascine dans le greco, c’est son apparente simplicité qui dès qu’il se livre un peu se mue en un moment fantasmagorique de complexité. J’adore.

Marie une bianca et un greco, tu m’en diras des news.

Si tu as du mal à en trouver, tu peux aussi tenter un beau Limoux en blanc sec. Et oui, ils ne font pas que des effervescents à Limoux. Choisis le avec le plus possible de Mauzac  qui va lui aussi avoir une jolie couleur dorée et une empreinte toute sudiste.

B) tu es un artiste contemporain et tu fais bien ce que tu veux, entres autres tu GARNIS la pizza.

Normalement là, Floriana prépare une liste de châtiments à te faire subir, parce que tu dénatures SA Bianca, mais si tu promets de ne pas abuser et de t’en tenir à de la garniture toute simple, je crois qu’on peut t’éviter ça. Pas plus de garniture que de pâte. Jamais. Si ça déborde, c’est les neuf cercles de l’Enfer, etc. Tu pourras pas dire que tu savais pas.

  • tomate, fromage:  Le fromage c’est gras, la tomate c’est une marie-couche-toi-là, tu peux donc lui accoler ce que tu veux tant que tu gardes de la fraicheur pour ne pas empâter ton palais.  Que dis-tu d’un bon trebbiano, même région que le Greco ? Plus facile à dégotter, un vrai bon côtes de Gascogne de VIGNERON. Si tu oses me mentionner Tarriquet, je te tape ( Honnêtement, le Tarriquet n’est pas dégueulasse, ce truc est sans défauts. Mais c’est sans âme. C’est bien ce que je lui reproche).
  • quatre fromages : ma préférée. Comme elle est en général plus salée que les autres, on peut lui présenter un rosé avec un beau fruit coquin, et un poil de sucre qui adoucira le sel. Un POIL, pas une moumoute, hein. Jolis jolis les cabernets de Loire ou les gamay de Savoie.
  • jambon-champignon : Viande et côté terreux, un rouge s’inviterait bien. A condition de ne pas le prendre trop massif, et trop tannique : cotes de Forez, Gamay, wouah. C’est bon, c’est juteux, c’est top. Ou pour être très rital, un beau dolcetto d’alba (Piémont) affriolant jus noir cerise tout croquant.

Ai-je envie de finir sur un ” et bon appétit bien sûr ” ?

Oui.

Je me permets.

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