A la guerre comme à la bière *

* contrairement aux apparences ce billet ne parlera pas de bière, sauf à sa toute fin.

Chose promise, chose due, voilà le compte rendu de la dégustation bio- biodynamie.

Conditions : être un vin issu de raisins biologiques, ou de la biodynamie, toutes régions confondues.

Cibles : un groupe de dégustateurs non pro, autant de femmes que d’hommes ( hé ouais !), âges variés.

Lieu du crime : une salle de dégust’ anonyme quelque part, en Belgique profonde.

On ouvre le bal avec un champagne biodynamique, de chez Françoise Bedel. Cinq générations de vignerons, ça en fait du jus trituré et des histoires à raconter. Une conversion à la biodynamie en 1998, la particularité de Bedel est de posséder beaucoup de pinot meunier. L’Origin’elle se compose de 80 % de pinot meunier, 10 de chardonnay, 10 de pinot noir, cuvée ici non dosée ( on n’a pas mis de sucre dans la liqueur d’expédition ), 76 mg/l de SO2 total ( le soufre), bla bla bla.

Ça c’était la technique. Visuellement ça se présente super : jolie couleur à peine dorée, bulles fines… Un nez discret mais plutôt engageant, avec un poil de pomme qui chatouille la narine, en bouche la pomme se présente : granny ! Nerveuse et expansive, du fruit présent et une longueur … looongue, loooongue. Encore, ça ne s’arrête plus. En fouillant un peu, on trouve un peu d’acacia, du citrus. Pour des apéros rock ! En discutant avec les dégustateurs, on se laisse aller à rêver de carpaccio de saint Jacques avec une gelée de granny, quelques zestes de citron.

On a FAIM.

Bref. Joli vin, classe.

Le non-dosage n’a gêné personne, puisque l’équilibre était là. Hé oui. J’ai parfois l’impression de radoter mais l’équilibre ! Pas besoin d’en rajouter quand il est là.

Phoenix : du melon de Bourgogne sur argile, sans collage, sans filtration, vinif sans soufre libre, mise sans soufre, Guy Buissière prend des risques en Val de Saône. Un petit mot d’abord sur le melon.

Mot.

( oh, ça va )

Le melon de Bourgogne, cépage du muscadet est originaire  … de BOURGOGNE. Je sais, dingue ! Il a migré en Loire, où il s’est plutôt plu mais on le trouve encore un poil dans sa région natale.

Qu’est ce que ça donne, ce Phénix 2010… Et bien, première mauvaise surprise de la dégustation. Et l’occasion de voir comment se dépatouillent des dégustateurs qui ont du mal à dire du mal.

– C’est surprenant …

– C’est … original …

Jusqu’à ce qu’un ose le fatidique :

– Ce n’est pas bon.

Vlan.

Soupir de soulagement collégial. On a le droit de dire que ce n’est pas bon, voire qu’on n’aime pas ?

Évidemment qu’on peut, qu’on doit.

Le pauvre melon s’est fait tailler en tranches et sans jambon.

Cruel ? Oui, mais vrai. Le melon n’était pas au mieux de sa forme, avec des arômes de vieille lavette oubliée, de fromage, bref pas la joie. La bouche aussi présentait des notes pré-fermentaires désagréables.

Pas de soufre. J’ai parlé du risque d’instabilité ? Ben voilà. Qu’est ce qu’on fait dans un cas pareil ? On carafe, et on attend ( on peut prier aussi, ou se refaire un brushing, chacun sa croix). A moins d’un défaut irréversible ( madérisation, oxydation, goût de bouchon ) toujours laisser une seconde chance au pinard. Des fois qu’il revienne, grâce à l’oxygène.

Après la déception melon, on est ravis de tomber sur un nez comme celui du Riesling Vieilles Vignes de chez Barth. Sis en Alsace, à Benwirh, entre Sélestat et Colmar.

Gros gros kiff autour du fruit exotique, de l’ananas en veux-tu-en-voilà, et la bouche sur la même note. L’ananas se fait plus frais, plus séduisant encore, sans le sucre alourdissant, mais au détriment de la minéralité chère au riesling. Qu’importe ! C’est du plaisir à donf, de la gourmandise qui swingue, et encore une très belle longueur.

Val auclair blanc, Les Barras, Vallée du Paradis.  Au sud de Narbonne, du macabeu pur en rendements mini, 20hl/ha.

Il sera dit que les blancs étaient maudits : Impossible de le goûter, comme le melon ! Alors que la dernière dégustation que j’en avais faite montrait un profil net, frais, avec de la poire et un peu de floral, là rien si ce n’est de désagréables effluves lactiques. Go à la carafe, et patience donc.

Puisque c’est ça, on passe aux rouges !

D’abord parce qu’on peut faire du bio, du bon, et du pas ruineux, on savoure Cinq seaux de cinsault pur qui viennent du Languedoc, en coteaux du Libron. En fait, en vrai, on commence juste avec une bouteille. Mais celui là, c’est le genre de pinard dont il vaut mieux en avoir plusieurs en réserve.  Ça se picole tout seul, cerise et pivoine qui forment un duo fringant, bouche toute souple à tomber. Joli vin en dessous des 6 euros, que demande le peuple ? A part une autre bouteille, bien sûr.

Vin de France domaine la grange aux belles ” vin de jardin “

Domaine en Biodynamie, qui fait un Grolleau friand, rond, cerise là encore avec un peu des Marat des bois, ça claque, ça s’en va et ça revient, le vin surprend l’ensemble des dégustateurs quand j’annonce la Loire pour berceau. Lui aussi est le vin parfait à boire sans réfléchir, à l’opposé des machins solennels ou des jus compliqués.

– C’est crevé bon.

Pas besoin d’en dire plus, non ?

Au suivant, au suivant …

Hop là, on descend plus bas, vers le Sud ( où le temps dure longtemps ).

Quand on fait une cuvée qui s’appelle bien Luné, on a intérêt à ce que le vin le soit, justement. Hourra, il l’était.  Carafé avant de goûter,  parce que les derniers souvenirs de dégustations m’en avait laissé l’image d’un grand timide un peu raide,  il s’est révélé épanoui dans les verres. La lune, la nuit, allez savoir ce qui l’a bien luné, mais il était au top. Nez précis de poivre, fumée et de cerise noire, bouche onctueuse avant de finir sur un amer beau. Un amer présent – peut être trop au goût de certains – mais élégant. On cherchait le côté parfois alcooleux ou chaud des Costières, on ne l’a pas trouvé, la fraicheur totale de fin de bouche ( qui se joue beaucoup sur l’amertume) m’a soufflée. En gros, là encore : équilibre ! A force de le seriner sur tous les tons ça va finir par rentrer.

Il a lui aussi fait saliver les dégustateurs qui rêvaient d’ accoler à cette syrah- grenache une belle côte à l’os juste saisie avec un peu de fleur de sel et de poivre du moulin…

On a FAIM.

Ses seulement 16 mg de soufre total prouvent qu’on peut faire du très bon avec peu de soufre. Pour l’ anecdote, le lendemain dans la carafe, il était encore plus flatteur au nez que la veille, la bouche se tenait parfaitement. Bluffant !

Personne ne m’a mis de fusil sur la tempe et pourtant… Nous avons goûté de Bordeaux ! De mon initiative ! De mon plein gré ! Dieu sait que c’est une région vers laquelle j’ai du mal à aller spontanément. Pas pour des raisons de goût, mais simplement parce que j’ai du mal à être surprise.

Mais Planquette m’a fait plaisir, c’est ce qui compte. Un beau cabernet sauvignon en majorité, avec du  merlot et un petit verre d’eau pour adoucir le tout. Verre d’eau ? Non, ” verdot ” cépage bordelais moins connu que ses comparses Merlot et cabernet, mais intéressant. 15 mg /l de soufre total, là encore assez peu.

Le nez classique, la bouche classique. MAIS tellement bien fait qu’on lui pardonne d’être sans surprise. Parfois, il vaut mieux un missionnaire bien exécuté qu’une position incongrue et décevante.

Dernier mais non des moindres, le Peyrouzelles en Gaillac et une ribambelle de cépages, on s’accroche :  braucol-syrah-jurancon noir-prunelart-duras-alicante. Oui, tout ça.

Causses marines dont le credo est ” on peut faire bio « sans avoir le cheveu long et fumer la moquette » ; on peut faire des vins natures qui ne sentent pas le pet de vache “. Voilà. Rien que pour cette phrase, déjà, on voit où on va.

Le vin parait un peu austère au premier abord. Besoin de respirer, on le fait tourner dans les verres et hop. De la prunelle ( si si, celles que ma mamy ramassait pour en faire une eau-de-vie des plus … comment dire ? comment trouver les mots justes ?) du cuir qui n’a pas encore fait de festival rock, de la fumée, du tabac blond, et en bouche du noyau de prune, de celui qu’on suçote pour avoir les dernières chairs, un peu de cerise kirshée, et de l’élégance. Sean Connery dans une Mustang Fastback. Pas moins.

Plus on l’aère, plus il s’ouvre, et plus le fruit ressort en diable.

Chouette de finir là dessus.

Enfin, pour être complet, il fallait quand même revenir aux deux blancs tristounes et voir si l’aération en carafe les avait un peu ravigotés.

Las. Le phénix n’est jamais renaquit de ses cendres. Il a gardé un côté petit-lait désagréable.

Le Barras s’est un peu ouvert, mais pas assez pour être vraiment lui même. Il manquait de son incisivité habituelle. Dommage.

On finit par une devinette.

Tu sais pourquoi les belges achètent tant de bière ?

Pour nettoyer leurs carafes à pinards, pardi !

Testé, validé, adopté. Ca marche du tonnerre. Une pils, une bonne heure de macération, rinçage à l’eau chaude additionnée d’un peu de vinaigre si ton eau est fort calcaire. Carafe nickel.

Merci qui ?

Ah, ben merci moi.

( et la bière belge ).

Publicités