Igloo Igloo il est pas des nôtres*

* tu vois le froid, ça ramollit aussi les neurones. Preuve en est ce titre, jeux de mots non-rétractable.

Aujourd’hui, j’ai failli mourir.

Vraiment. J’ai frôlé l’AVC. Et si tu es un lecteur régulier de ce blog, tu sais bien que je n’exagère jamais.

Ahem.

Attention, l’histoire que je vais te raconter comportera certains propos choquants, voire explicites, et est de nature à choquer les âmes sensibles.

Je vaquais tranquillement à mes occupations  quand tout à coup, et tout à trac, voici qu’on pose sur le comptoir plusieurs bouteilles avec ce commentaire laconique et inquiétant : 

– C’est trop tannique, imbuvable, il  les retourne.

Moi, surprise, le sourcil gauche levé en forme de point d’interrogation ( Actor’s Studio les mecs ) :

– Ha ?

Mon sens de la répartie est indéniable.

Connaissant un peu ce pinard, et avouons le, ayant un faible pour, je suis super étonnée qu’il soit imbuvable.

Tannique, certes. C’est un côtes du Roussillon, c’est pas  du vin de pisseuses, ça a du caractère. C’est sévèrement burné.  Mais c’est bon.

Par acquis de conscience, parce qu’on n’est pas dans les bouteilles, et puis parce qu’il faut bien se remettre en question parfois on est humains on peut se planter : je goûte.

Un nez sans aucun défaut, ni un bouchon facétieux que je soupçonnais de prime abord, ni rien. Du pruneau, de la cerise, beau. Net. Franc. La bouche est c’est vrai, solide mais tout est bien équilibré. Ça se glougloute pas en canaille, ça se savoure lentement.

Bref.

Le vin est buvable (et beaucoup plus que ça ).

Puisque la vérité est dans le verre, et que clairement on était d’accord, le pinard et moi, fallait quand même que je comprenne POURQUOI au juste on me qualifiait ce jus d’imbuvable.

Nom d’une testicule atrophiée.

Une des bouteilles, planquée derrière deux autres, perlait joyeusement. Oh, de l’humidité.

OHOHOH.

Mais est-ce que ce pinard n’aurait pas séjourné au froid ? Genre Hibernatus ?

Je frissonnais déjà en pressentant la réponse qui n’allait pas tarder à venir.

– Il est conservé dans un frigo ?

Avec un poil d’espoir, j’espérais un peu les mots ” armoire frigo ” ce qui au pire du pire aurait été moins pire que la pire des réponses.

Sauf que, en mettant la paume sur la bouteille, j’avais pas besoin d’attendre d’entendre la cruelle vérité.

Le vin était gelé.

Enfin, très froid. Pas plus de 8/9 degrés. Et il avait voyagé, ce qui laisse supposer qu’il était plus froid encore.

– Il le sert froid comme ça ?

– Ha ben oui.

A ce moment de l’histoire, j’hésitais longuement à me rouler par terre en versant des larmes compulsivement ou à me faire Hara-kiri ( à la crème). Mais ces deux solutions étant inenvisageables pour cause de dignité à préserver / rendez-vous à honorer, j’ai juste poussé un profond soupir.

PFFFFFFFFFFF.

C’est là qu’on mesure toute la difficulté de réagir avec mesure et pédagogie, puisque c’est bien de ça qu’il s’agit.

Un vin martyrisé sur l’autel de l’ignorance.

Comme je ne veux plus jamais que ça arrive, mettons les choses au clair.

Nom de dieu de couilles en bois.

Ça ne sert à rien d’ acheter du bon pinard si c’est pour le servir n’importe comment. A peau d’balles ( et la peau de mérou…). Nada.

Déjà, d’une, tu prends des bons verres.

ET TU PENSES A LA TEMPÉRATURE.

Nom d’un petit bonhomme à roustons.

Le froid c’est l’ennemi.

Le chaud aussi.

En fait, pour le pinard, tu dois naviguer entre les extrêmes. La voie du milieu.

Glacé, un pinard peut être dur, fermé, absent, livide, muet. Mort.

Trop chaud, ajoutes-y un bâton de cannelle et une rondelle d’orange tant que tu y es.

Évidemment, tous les vins ne se servent pas à la même température, mais si tu te réfères à ce qui va suivre, tu devrais pas trop faire de conneries.

Les champagnes, effervescents, tout ce qui bulle : JAMAIS GLACÉS, malheureux ! En dessous de 8 degrés, je te tape. Au dessus de 12 je te tape. Tu restes dans cette fourchette là si tu tiens à ton intégrité physique. Les blancs de blanc d’apéro, les pinot simples rigolo, frais. Les millésimés et les crus, un peu plus haut.

Les vins blancs secs et moelleux: JAMAIS EN DESSOUS DE 10 °.  Non. Un vin qui a des choses à dire il raconte rien s’il est pétrifié. Et quand il sue, il ne dit rien non plus. Tu le bois jamais plus haut que 13, et tout ira bien. Plus ils sont complexes, mieux ils s’expriment en dehors du froid. Faut donc jouer à la limite des 13° pour eux.

Les rouges : Ha les rouges et leurs tannins. Rappelle toi de ce que j’ai dit plus haut. Vin rouge tannique + froid = vin imbuvable. Parce que oui, contrairement aux glaouis, les tannins ne rétrécissent pas au froid, ils durcissent et prennent de la place. Beaucoup. Trop (au passage, on remercie Olif pour cette métaphore si poétique ). On devrait, non, on DOIT toujours servir les rouges entre 15 et 18 °. Pas plus. C’est short comme marge de manœuvre mais c’est la loi du bon boire.Le truc facile à retenir, moins il y a de tannins, plus ça peut être servi frais. MAIS JAMAIS EN DESSOUS DE 15°. Je suis la première à défendre des gamays, des grolleau un peu rafraichis. Leur fruit est tout gourmand, croquant, juteux quand ils sont frais. Pas froids. A contrario, un vin avec beaucoup de tannins, tu lui gardes les roubignolles confortables. Que les bonbons collent pas au papier. JAMAIS AU DESSUS DE 18°. That’s the point.

Comment on fait pour savoir qu’on sert à la bonne température ?

Quand tu as de la fièvre, tu fais quoi ? Voilà. pareil. Tu prends un joli thermomètre. Parce qu’au début, tu vas te planter. Entre ce que tu estimes être 15° et ce qui l’est réellement, comment dire ?

Donc, tu plantes ton thermomètre. Et tu ajustes.

Comment on fait pour refroidir au mieux un pinard ?

Deux trucs

  •  un seau, un tiers glace, un tiers eau, un tiers de rien. Puisque le rien va être comblé par la bouteille. Magie. Idéal pour les vins blancs, rosés ( j’ai oublié de les mentionner tantôt, rajoutes les mentalement ).
  • la porte du frigo. La PORTE. Pas le bac à légumes. Pas la partie Congélateur. Fou furieux. D’une demi-heure à une petite heure selon la température que tu veux obtenir.

Les entrées de caves ça marche aussi. A condition qu’elles soient humides et pas chaudes.

( décidément, les anti-analogies sexuelles, bref ).

Autre pro-tip : quand tu verses le pinard dans ton verre, il peut remonter d’un à deux degrés, selon la température de ton verre. D’où, imaginons qu’il fasse torride (un été belge classique quoi ), pense à rafraichir un peu tes verres s’ils frôlent les trente degrés.

Pour garder frais, tu as des espèces de doudounes à froid,

qui marchent plutôt pas trop mal, mais le must c’est ça.

Con comme une bite, naturel, simple à utiliser, pas cher.

J’ai déjà dit que plutôt que d’acheter des gadgets ruineux valait mieux investir dans le pinard ?

Un bon verre, un sommelier ( le tire-bouchon, pas le gens ), un seau en terre cuite, une bonne carafe.

Basta.

( par contre, il est pas tout à fait improbable que je te balance les talons que tu as vu plus haut pile au niveau des gosses / des ovaires si tu t’avises de servir des vins comme un sagouin. Bisous).

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