K.Or Bang ! *

* oui, j’écoute Indochine. Y a quoi ?

On ne devrait pas avoir de régions de vin favorites, comme on ne devrait pas avoir de type d’hommes ( ou de femmes). Qui sait, le petit moustachu dédaigné serait peut être en fait le mec le plus drôle du monde, ou la grande bringue rousse la parfaite partenaire. Si on se cantonne à un stéréotype, comment le savoir ?

On ne devrait pas.

Sauf que, si j’aime me laisser surprendre je retourne toujours vers le Sud. Non pas parce que j’en viens, puisque je suis plutôt doublement fille du nord. Où les gens ont dans les yeux le bleu qu’ils n’ont pas dehors

( Et Vlan ! Bachelet dans la tronche pour la journée ).

Peut être parce que c’est par là que j’ai commencé, avant de remonter vers les croupes de la Bourgogne, ou vers les rigides bordeaux. On revient comme l’assassin sur le lieu de son crime, voir si l’amour n’est pas mort

( Marie-Christine ).

Cette introduction introduite, venons-en au vif du sujet.

Cahors.

Oh mon beau, mon sombre, mon sensuel cahors. Oui, cahors, c’est à MOI. Mais puisque je suis sympa, je veux bien partager. A une condition : oublie tout ce que tu crois savoir sur le cahors.

Point GPS : on trouve cahors dans le Sud Ouest, au nord de Toulouse, et à l’est d’ Eden Agen.  Son vignoble se love de part et d’autre de la vallée du Lot, et sur une partie des causses du Quercy. Les causses, ce sont des plateaux calcaires avec des sols variés, d’argilo- marneux à purs calcaires ou grès.

La réputation de cahors c’est le Black Wine.  Les anglais l’avaient surnommé ainsi en raison de sa couleur. Tu parles, quand ils ont vu débarquer Aliénor flanquée du seigneur cahors, les angliches, ils étaient désarçonnés. Et cette réputation de vin noir est restée. Les ravages du marketing en 1152, déjà.  Un truc foncé, dense, où tu foutrais une petite cuiller dedans qu’elle tiendrait droite comme un I.  Une image imagée  qui n’est pas sans provoquer en général chez les gens à qui on en parle un retroussage de babines de type  » oh non, encore un machin imbuvable et honteusement tannique ( ta mère ).

Diantre que nenni, ai-je envie d’objecter.

Bien sûr que le Mâle-Bec ne s’en laisse pas conter.

Le malbec, donc c’est le cépage-roi. On l’appelle aussi auxerrois, ou côt. Ils sont comme ça les cépages du Sud ouest, des infiltrés. Tu crois qu’il s’agit d’un autre, et paf ! C’est le même.  Mais ATTENTION : y a auxerrois et auxerrois. Dans le Sud ouest, on parle bien du cépage rouge mais si tu remontes, en Alsace par exemple, l’auxerrois est un blanc. Karamazov, aucun lien.

Tu vois comme le sudiste est fourbe ? Capable de donner trois noms différents à un seul et même cépage, (dont un est le nom d’un cépage qui n’a ABSOLUMENT rien à voir  ) et puis de coloniser en loucedé d’autres régions comme Bordeaux ( hé oui, y a du malbec à Bordeaux, pas que du merlot ou du cabernet) voire des pays ( don’t cry for me Argentina). Mais on lui pardonne parce que BORDEL de BORDEL quand tu as goûté une fois à un vrai cahors, tu es prêt à aimer la terre entière.

Le malbec accepte parfois de fricoter avec du tannat ( pas un cépage petit bras non plus, ça ), et du merlot. Mais jamais plus de trente pour cent des copains. Le malbec préfère dominer.

« Si tu vois tes doigts à travers la robe du vin, alors ce n’est pas du cahors »

Je sais pas toi, mais je soupçonne beaucoup de consommation de vin pour pondre une punchline pareille. Ceci dit, c’est pas faux.

Le malbec donne de la couleur. Indéniable. Et du caractère, aussi. Des cojones.

Oh mon dieu, ça voudrait dire qu’il s’agit d’un vin masculin ?

Ou pas.

Les cojones, y a des hommes qui en manquent cruellement, et des femmes qui en ont à revendre.

Disons que le cahors, c’est un vin qui se la joue pas. Il est, il l’affirme haut et fort, et viser la lune ne lui fait pas peur. Je te laisse décider toi-même quelle épithète tu veux lui accoler, si tant est que tu veuilles le sexualiser.

Dans la tête de nombre de gens, avec la dégaine qu’il a, musculeuse, la gueule noire et l’esprit rock’n’roll, il fait pas envie.

Il fait peur.

Il effraie.

Chouette, ça en fait plus pour moi !

Et toi, puisque maintenant tu vas savoir.

Que selon les endroits où il pousse, le malbec peut donner des vins fruités et souples ( mais attention, ça reste un vin du Sud, ce n’est pas un beaujolais ) sur les premières terrasses, des jus plus fermes sur les secondes, et quand il prend de la hauteur, ha mes petits bonhommes qué bonheur !

Le cahors, ce n’est pas QUE ce qu’on a pu t’en raconter. Parfois, c’est vrai que ce vin de Piémont est capable des plus grandes sauvageries, bibine encre qui fait pousser les dents et troue les nappes qu’on dégotte dans les supermarchés.  Mais bien fait, chouchouté, vinifié comme il se doit  il peut être  aussi de la plus grande sensualité. Le cahors, le bon cahors c’est un velours rouge sombre qui tombe sur la scène encore palpitante, bien après les trois coups et l’effervescence du jeu. Il s’impose, et silence. Rideau.

Il faut le déguster en lui tournant autour, déshabiller lentement, frôler le col, le laisser respirer. On le brutalise pas, on s’installe et on attend.

Longtemps.

Tutut. Encore un peu.

Après, on se laisse prendre par vagues. Des fruits, des épices, la  langue qui se fait dure, puis une nouvelle vague et hop, du plein feu tout fruit à nouveau, des tannins qui équilibrent la force, le côté obscur s’illumine, la finale se joue longue et lointaine, berge qu’on pense ne pas atteindre.

Le cahors, comme tous les pinards, pour en trouver du bon, c’est pas entre les Tampax et le Destop. Jamais en grande surface, hérétique. Non, tu vas chez un(e) caviste, et tu lui demandes gentiment une ou deux quilles.

Moi j’ai un crush tout particulier pour ceux de Fabian Jouves. Y a des types doués, il en est. Il fait non seulement du vin honnête, qui respire son terroir, et qui te donne envie d’en boire encore et encore, mais en plus il m’a permis de réconcilier des gens avec le cahors. A un monsieur qui venait pour du vin du Sud, mais   » tout sauf du Cahors parce que c’est dégueulasse « , hop, je lui glisse une Roque à force de persuasion souriante.

Et tu sais quoi ?

Le mec est revenu, deux jours plus tard :

 » Et bah, votre cahors c’est bon ! C’est … Ben c’est wow. « 

Voilà typiquement le genre de moment où je fais une farandole mentale de joie.

SI.

Ça, c’est magique. Je n’aime rien tant que de montrer aux gens que du bon vin, il y en partout. Loin des idées reçues, et des mauvaises réputations qu’on se traine au village, sans prétention.

Quatre cahors différents à son actif, selon une sélection parcellaire. De la très accessible Escures à la Roque un peu plus affirmée, les Acacias vraiment couillus et le solo vibrant puissamment de la Pièce, y a de quoi s’en mettre plein le gosier, et faire jouir ses papilles. Plusieurs fois, même.

L’astuce, c’est aussi de goûter ses cuvées de picole, de glouglou-isme, de l’insolent You Fuck My Wine au rosé castard mais gourmand, pister le responsable d’ Omar m’a Tuer ( il se murmure que ce serait le seul malbec, le filou), en finissant par la  question qui tue (ben oui): dis, tu Vin plus aux soirées ?

T’as pas soif toi là ?

Parce que moi, oui.

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3 réflexions sur “K.Or Bang ! *

  1. En fait, il y a des jours magnifiques qui naissent sous des jours magnifiques (brilliant days wake up on brilliant days).
    Sous les conseils très avisés de la meilleure caviste de l’endroit où j’erre avec ma vieille carcasse, j’ai vraiment envie de goûter autre chose que ces Cahors formatés (et pour tout dire imbuvables pour moi).
    Mince, je risque un contrat sur ma tête mais au fond je m’en tamponne.

    Alors, après deux bonnes heures de carafe, voici les Acacias 2010 embaumant mon verre …
    Une pureté de fruit impressionnante, ça croque au nez avec de légers épices, quelle réjouissance !
    Mais, franchement, c’est peanuts à côté de la bouche.
    Si vous voulez goûter « the » grand vin du genre équilibré, frais, élégant, mûr qui vous sert son terroir avec générosité et amour, ben on a trouvé l’arsouille.
    Une vision du Cahors aboutie et grandiose, rafraîchissante et solide qui sera un digne compagnon d’une belle cuisine mijotée.
    Une superbe bouteille gourmande, à carafer aujourd’hui ou à laisser mûrir sereinement et jalousement.
    Su-per-be ! 🙂

  2. De mémoire de cadurcien ( habitant de Cahors pour les béotiens ) je n’avais pas entendu un tel plaidoyer aussi dithyrambique en faveur des flacons du païs . Ces nouvelles pousses que sont F.Jouves mais aussi E.Rybinski ou J.Ilbert nous font oublier le fameux Carte Noire à 5 fr de Prisunic (oui je suis né avant les 90’s), les Clos la Coutale ou chateau de Chambert qui trônaient sur la table familiale lors du repas dominical ….qui ont accompagné mes premiers pas dans la découverte du vin ( autant vous dire que je reviens de loin) .

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