Les savoie du seigneur sont impénétrables *

Trouves-en une toi, de photo sexy de tartiflette

*j’ai cherché pire comme jeux de mots, y avait pas.

Au rayon des fausses bonnes idées, il y a celle-ci :  » Tiens on me demande de parler de pinard avec le fromage, parlons de Savoie, ça va être simple « .

Savoie pas la tête ?

La Savoie a beau être un mini-vignoble, avant-dernier en terme de superficie des vignobles français, c’est un peu -pardon les savoyards, mais c’est le cas – la mierda à résumer.

Commençons par le commencement : déjà, ce n’est pas une région nouvelle dans le monde du vin. Même Sans facebook et Twitter, Pline le vioque en causait déjà pas mal en 18. Plutarque aussi : les fameux vin d’ Allobrogie. Première idée reçue : vignoble montagnard, ça doit se rapprocher de la Suisse.

Faux. Pas à l’époque, puisque les vins allobroges ressemblait plutôt aux grecs.
Hé ben oui. Aussi foufou que ça puisse paraitre, dans l’antiquité les vins savoyards étaient aromatisés à la résine, comme … comme … Comme la retsina, tout juste. On ne leur jettera pas la pierre, l’ajout de résine en cours de fermentation permettait de stabiliser les jus et de les faire résister à la chaleur. Pour la Savoie, ça se justifie moins que pour la Grèce, mais ne chipotons pas. Munis en pins, ils faisaient avec les moyens du bord.  On en apprend de ces trucs (mieux vaut Plutarque que jamais).

Est-ce que  les raisins utilisés ressemblaient aux cépages actuels ? Personne n’est d’accord. En tous cas, ça n’avait pas le goût des vins actuels, mais on dirait bien que la vitis allobrogica identifiée par les romains était une sorte de proto-mondeuse (Silvio, attention blague de footeux belge) qui aurait ensuite donné naissance à la mondeuse noire et à la syrah. Celle-là même des côtes-du-rhône. Si la syrah a migré, la mondeuse noire est restée et continue d’être au cœur des appellations modernes, comme arbin.

Y a pas que la mondeuse en Savoie (et les grands qui rêvent) il existe aussi une pelletée de cépages rouges et blancs.  Gamay, pinot noir, les cabernets (franc et sauvignon), chardonnay c’est du connu. Mais la mondeuse  blanche, la roussette, l’altesse, la jaquère, le chasselas, l’aligoté, ça parle un peu moins déjà. Et j’ai encore rien dit sur la molette, le gringet, le velteliner rouge, le gouais … On fait moins les malins, n’est-ce pas?

Perdu ? Normal. Quand je disais : la mierda.

En plus logiquement tu penses Savoie, montagne, climat de merde rude et t’apprends, tranquille, qu’en fait la Savoie  jouit d’un climat finalement assez tempéré, et que même si elle ne bénéficie pas de l’ensoleillement du sud – tu m’étonnes- l’exposition joue beaucoup pour rattraper ce déficit. Évidemment que c’est un poil plus compliqué sur millésimes difficiles, mais pas beaucoup plus qu’ailleurs. Et vlan !

Alors, pour résumer, que trouve-t-on en Savoie ?

Du rouge, du blanc, du rosé, de l’effervescent. Okay, mais encore ?

En sus, j’avais dit que j’allais parler fromage, et j’ai bêtement digressé jusque là, mais c’est pas ma faute si c’est compliqué la Savoie hein.

Surtout que je le sais, toi qui a déjà la main sur le reblochon pour la tartiflette, parce que mine de rien ça a vachement refroidi ces jours-ci, tu t’impatientes.

Minute.

Pour faire un topo simple, avant de foutre les mains dans le cambouis pour de bon.

En premier, tu as l’appellation Vin de Savoie. Easy, ça regroupe quasi toute la production, aussi bien des blancs, que rouges et rosés. Donc faut apprendre à lire une étiquette ou à demander au producteur à quoi t’as affaire. Cette appellation régionale se nuance en 16 crus, avec chacun des spécificités. Apremont, abymes, arbin,chignin et chignin-bergeron, crépy, chautagne, chignin, ripaille (pro-tip, si tu veux épater la galerie tu peux raconter que ripaille l’appellation ne vient pas de l’expression faire ripaille, mais du mot rippes qui désigne des broussailles. Ça fait toujours au moins un truc intelligent à placer, même si c’est vrai, c’est peu évident)… En vin de Savoie, il y a rouges, rosés, et blanc, faut donc savoir ce qu’on cherche. A part pour ceux-ci pour lesquels tu peux imprimer un mémo à coller sur le frigo :

  • La Mondeuse est l’unique cépage du cru Arbin. Forcément, c’est du vin rouge. On retrouve la mondeuse un peu partout, MAIS si tu choppes un arbin, ça ne peut être que de la mondeuse.
  • Pour le Chignin-Bergeron : Roussanne exclusivement. Ca donne donc ? Un blanc, pardi.
  • Pour les crus Marignan, Ripaille, Marin : Chasselas exclusivement. Du blanc, encore.

Autre régionale la « Roussette de Savoie » qui ne veut que de l’altesse comme cépage. Elle possède quatre AOC cru Frangy, Marestel, Monterminod, Monthoux.

Et puis, seule comme une âme en peine, tu as seyssel  (est-ce que tu es seyssel ce soir, est-ce que ton coeur a envie de me voir ?**). Seyssel c’est ou de la roussette (donc de l’altesse) ou bien du mousseux à base de molette et d’altesse.

Le vignoble du Bugey (500 hectares, AOC Bugey et Roussette du Bugey ) est situé dans la région Rhône-Alpes (Cerdon, Montagnieu, Belley). Les cépages sont un mix de jurassiens (poulsard, chardonnay) et savoyards (mondeuse, roussette, gamay, pinot). Son passage en AOC est tout récent.

Et mon fromage ?

J’y viens : d’abord, on va te casser le mythe. La Tartiflette n’est pas une recette originale et authentique venue du fond des âges des traditions culinaires (sauf si tu situes ce fond des âges dans les années 80, vu que c’est aussi la décennie qui a mis les épaulettes, et le fluo à l’honneur, j’ai comme un doute sur son bon goût). Mais ce qui compte, c’est ce que ça donne maintenant : un plat simple, goûteux et peu coûteux d’hiver, déclinable aussi avec d’autres fromages que le reblochon (tente le morbier, tu verras).

En fait, ce n’est ni plus ni moins que des patates améliorées et du fromage fondu. Ça n’empêche qu’on adore. Que j’adore.

Et que, c’est l’occasion de sortir un beau blanc de Savoie avec. Même si c’est dommage de ne les réserver qu’à ça, mais je me dis : c’est peut-être l’occasion de mettre un pied dans la Savoie avant de ne plus jamais vouloir en partir en découvrant les autres pinards du coin ! C’est totalement perfide, je sais.

Avec la tartiflette, qui est le plat GRAS par excellence (n’en déplaise au confit), moi j’adore accoler du chasselas (ripaille, marin, marignan)  surtout quand on a bien préservé son potentiel acide. En apparté deux secondes, le fendant, tu sais le Suisse qu’on te sert 95% du temps avec la fondue suisse, c’est du chasselas. Hé ouais. Oublie tout ce que tu as pu boire comme saloperies en supermarché par contre. Un vrai beau chasselas savoyard (ou suisse) c’est tendu, frais, minéral parfois, en tous cas ça offre de superbes moments de plaisir tout simple.Bien évidemment, ça n’a pas la complexité d’un chignin-bergeron mais tut tut, celui-là garde-le pour autre chose que du fromage.

Pour l’apéro, tu prends un joli jaquère où il subsiste un peu de perlant, ça se picole tout seul, et ça permet d’attendre que le fromage fonde lentement.

Tu n’aimes pas le fromage chaud ? Fais toi une belle assiette, y a de quoi : abondance, emmental de savoie, gruyère, fromage aux noix, tomme des Bauges, crayeuse ou simplement de Savoie, beaufort, beaumont … Je continue? C’est l’occasion de s’encanailler en rouge et blanc : les gamay, les pinot noir tous frais, les roussettes n’attendent que ça.

Salut, vous !

Avec un beau poisson grillé,  s’éclater avec le chignin-bergeron. La roussane, son cépage n’est pas LE cépage emblématique des côtes-du-rhône nord par hasard. Complexité, longueur, bonheur.

Carnivore ? La mondeuse ! Parente de la syrah, si tu as la chance de tomber sur une mondeuse pas trop dégénérée, elle te bluffera d’un fruit noir dense et sensuel, et d’épices en-veux-tu-en-voilà-n’en-jettez-plus-la-cour-est-pleine.

Un coup de rouge avec les potes ? De chouettes assemblages de pinot-gamay-mondeuse sont dispos, suffisamment rigolos et faciles que pour glouglouter sans remords et sans forcément un repas gargantuesque.

Puis, pour se finir en beauté, et buller léger pour digérer, tu me sors un super seyssel effervescent, et hop !

Tu veux de chouettes adresses ? domaine Giachino, Jacques Maillet (chautagne), Vullien (Freterive), Grisard (Freterive), Quenard (chignin), … pour commencer. Après, tu vas tomber amoureux et c’est toi qui viendras me filer tes bons plans.

Si si. Je te jure.

Alors, Savoie bien ou quoi ?

** cadeau pour toi.

 

 

 

Publicités

20 réflexions sur “Les savoie du seigneur sont impénétrables *

  1. Ma belle famille à quelques vignes gérées par les frères Angelier du Domaine Des Anges. Ils font un petit gamay tout doux et léger qui glisse tout seul. Leur Abymes est très bon aussi bien que cela soit trop sec à mon gout.

  2. J’ai mes longtemps à les aimer, ces vins de mes alpes familiales. Mais depuis que j’ai découvert la Mondeuse de Gilles Berlioz, un monument minéral autant qu’aérien, j’en suis devenu curieux. L’été dernier, la rencontre avec une Chautagne de Jacques Maillet, profonde et d’une belle acidité, était un délice.

  3. Très joli article mais attention… La mondeuse on en trouve partout en Savoie et même dans le bugey… Et pas seulement à Arbin, même si c’est le terroir ou elle s’exprime le mieux

    Et puis pour la tartiflette je préfère une bonne mondeuse ou un persan… Mais bon là tout est affaire de gout

    Et « In Roussette We Trust »

    Franck

  4. Excusez-moi mon française – je suis anglaise. Juste pour dire attention parmi vos bonnes addresses – il y a a peu près 10 (oui, dix!) qui font du vin avec le nom et etiquette Quenard (ou Quénard, quelques uns) au village de Chignin – A & M Quenard, JP & JF Quenard et P & A Quenard peut-être les 3 le plus connus…. Et il y a 3 Grisards maintenant – trois frères qui travaillent séparément – Michel Grisard à Domaine de Prieuré St-Christophe, Fréterive – pour très bons et chers Mondeuses et Altesses; J-P Grisard – Domaine Grisard pour une grosse gamme, egalement à Fréterive, et depuis 2 ans aussi Phillippe Grisard qui est au village du Cruet.

    • Alors oui, voilà ceux que j’avais en tête : JP et JF Quenard et Michel Grisard, emportée par l’enthousiasme j’en ai oublié qu’il étaient si nombreux à porter les mêmes patronymes. Mea culpa.

  5. Perso, mon préféré est la mondeuse du côté de Chautagne. Probablement l’exposition.
    Quant à la tartiflette, c’est une déclinaison moderne d’un plat rustique ancien, la pela (la poêle), à bas de patates rissolées, de lardons et de reblochons renversés. Enjoy.

  6. « En fait, ce n’est ni plus ni moins que des patates améliorées et du fromage fondu. »

    Non, la tartifette, c’est beaucoup plus que ça… Ce sont les oignons qui fondent trèèès doucement, c’est le lard, jetés dans la poêle chaude et qui frémissent, c’est la double-crème qui vient noyer le tout, et qui de blanche devient beige, ce sont aussi les épices, la muscade, le poivre. La tartiflette, c’est le choix du fromage (pastille verte) et le choix des patates. La tartifette, enfin, ce sont les discussions sans fin sur la meilleure recette, la plus belle foirade, les soirées d’avant, la vie…

    Tout ça?
    Tout ça.

    • non, mais faut arrêter deux secondes avec la tartiflette hein. Même si ça vient de la pela (oui, Manu, c’est largement inspiré) mais bon, la tartiflette comme on la connait ça vient surtout du syndicat des producteurs de reblochon qui ont vu là une façon d’écouler leur frometon. Ca n’enlève rien au plaisir qu’on peut prendre en en mangeant, mais il est utile de préciser que c’est un coup marketing. (on trouve bien les justifications historiques qu’on veut pour faire terroir quand on en a envie) 🙂

      • dis-donc toi-même Floriana, miss-je-retourne-jusqu’aux-etrusques pour prouver que dans la lasagne y a pas de béchamel … Le reblochon est une adaptation moderne, c’est tout ce que je dis. Ca n’empêche que c’est bon, comme la béchamel dans les lasagnes 🙂

      • Que la tartiflette soit une recette moderne, je ne le discute pas. Mais une recette moderne qui a mon age, et qui comme moi, a une âme…

      • Mais la philo du burger, oui madame, sans problème, je peux te parler de la viande hachée de broutard de mon copain paysou qui a bouffé mes fleurs cet été, ce con (le bestiau, pas le copain…), je peux te parler des petits pains faits au village par le boulanger (celui du bas, pas l’autre), je peux te parler de mes tomates, oignons, salades qui viennent de la serre que j’ai construite à la sueur de mes mains, et qui vont dedans. Je peux te parler du plaisir de mes gosses et de leur sourire…
        Simple, goûtu, avec de l’amour dedans, mes hamburgers… 😉

  7. Bel article qui décrit bien le dédale des Vins de Savoie! Mais quel plaisir que cette foultitude de cépages et pour la plupart uniques… Pour un conseiller viticole (car tel est mon job), c’est l’éclate totale (que l’on a pas dans de grand vignobles de renom)

  8. J’ai gouté un merveilleux Seyssel en apéro ce week end, je me demandé si mon blog préféré en parlait! Un AOC tout petit tout seul mais qui vaut le détour 😉

  9. Un peu en retard, mais je découvre ce blog !
    Que voilà un bel article… mais aussi un crime de lèse majesté. ahahahah.
    Si les baujus passent par là et voient leur tomme avec deux « m », ils vont en faire une crise.
    Ben oui, celle des Bauges s’écrit Tome des Bauges et non Tomme des Bauges ! La Tome des Bauges porte ses origines historiques dans son nom, « toma » signifiant « fromage fabriqué en alpages ». Elle a donc conservé cette orthographe, avec un seul « m ».

    Moi je dis ça, je dis rien. Je suis de Chartreuse, un poil plus au Sud. Mais comme j’ai quelques « attaches » dans ce massif également…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s