Gamay l’dire à tout le monde

*encore eut-il fallu que je le susse. Pardon aux familles.
Le beaujolais. Ha, oui, le beaujolais. C’est toujours douloureux d’en parler du beaujolais. Non qu’il m’aie fait quoi que ce soit, que du contraire. Mais plutôt que sitôt prononcé le mot « beaujolais » je sens l’ avalanche de trolls débouler telle la misère sur le monde.

Le beaujolpif, c’est dégueulasse, et c’est même pas du vin d’abord. Ça a pas de race, pas de structure, ça troue l’estomac, faut pas y toucher quand on aime VRAIMENT le vin. Faut laisser ça aux chinois, qu’ils se baignent dedans tiens, ça leur fera les pieds.

Là moi et tous les vignerons du Beaujolais on éclate en sanglots convulsifs.

Les bons vignerons, veuillé-je dire. Georges lui il fait juste what else en écoulant plusieurs millions (tu as bien lu, oui) de bouteilles par an.

Et c’est en partie à cause de Georges que tu hausses les épaules d’un air condescendant quand on te parle de beaujolais (NDLR: pas Clooney, l’autre).

Parce qu’effectivement si toute ta connaissance du beaujolais se limite à ses cuvées, et éventuellement au beaujolais nouveau (mais celui-là, on l’évoquera plus tard) forcément y a de quoi désespérer. Tout a le même goût, interchangeable d’une cuvée à l’autre.  L’ultra-moderne solitude  pour moi : de l’industrialisation et de l’homogénéisation du goût. Ceci dit, c’est un peu un choix à faire : soit tu décides de boire du machin machiné et sans âme fait pour la grande distribution et les cavistes ayant vendu la leur au diable, soit tu préfères de vrais jus, avec de l’humain dedans.

Un autre monde est possible : on fait vraiment du vrai vin dans le beaujolais, avec du goût, de la personnalité, des histoires à raconter et du cœur, des poils, de la générosité.

Je te jure.

Tout est à refaire, pour le beaujolais. Surtout sa réputation. Non, ce n’est pas un ersatz de bourgogne, moins noble puisque issu de gamay. Comme si le gamay était un peu le cousin-honteux-qui-pue. Le plus rigolo de l’histoire, c’est qu’au départ le gamay, né à Beaune , c’est bourguignon au moins autant que le pinot noir. Au moyen âge même il lui damait le pion : meilleures récoltes, qualité plus constante, le gamay avait tout bon. Jusqu’à ce que Philippe le hardi, duc de Bourgogne décide que le gamay avait une sale petite gueule qui ne lui revenait pas bien, et le repousse jusqu’à Mâcon. Imagine, Philippe eut été moins hardi (plus Stéphanie de Monaco) peut-être bien que ce serait le pinot noir le cousin-qui-pue.

Avec des si, on mettrait Paris en bouteilles et l’histoire ne s’est pas déroulée comme ça. Bouté hors de Bourgogne (ou presque) le gamay a tranquillement colonisé les vignobles entre Mâcon et Lyon, et beaujolais-isé. C’est un cépage précoce -ce qui contrairement à  la gent masculine, n’est pas un défaut rédhibitoire. Et surtout, quand on le traite bien, c’est un raisin qui donne des jus gourmands, fruités, jouissifs, soiffeux, mais pas dénués de caractère.

Évidemment que le nouveau a fait du tort au gamay, en faisant croire à l’illusion d’un vin fleurant la banane ou la chique (comme on dit chez moi, la confiserie, le bonbon pour les français). Ça, ce n’est pas du VRAI gamay. C’est du fantasme d’apprenti-sorcier, qui joue avec des poudres de perlimpimpim à fabriquer du easy-drink formaté et qui n’a pas grand chose à voir avec celui qui se fait en respectant le terroir, le raisin, et les levures présentes sur sa peau. Celles-là même qui vont aussi, entre autres, donner une identité aux crus.

Parce que qui l’eut-cru, le beaujolais recense pas moins de 10 crus **, en sus des appellations beaujolais et beaujolais villages. Des crus qui présentent tous des sols (donc des terroirs, pour faire vite) différents, septante-trois, et des caractéristiques marquantes. Entre un morgon et un régnié, un brouilly et un saint amour, de vrais vignerons mouillant la chemise il n’y a pas photo. Un air de famille, oui, mais ce ne sont pas les mêmes vins.

Le truc qui lie quand même les vins du beaujolais tient en un mot : sensualité. Comme quand tu caresses les grains velus tous doux du gamay, souples sous tes doigts, t’as envie de croquer, le jus blanc des baies pressées coule : t’as soif.

Carrément, oui. Parce que finalement ici encore plus qu’ailleurs, le raisin est vraiment mis en vedette. C’est lui le croquant, le charnu, le tout nu qui se laisse cueillir, qui ne triche pas, qui s’allonge à l’ombre, main au cul de la bouteille qui coule décidément trop vite.

Du vin qui se boit.

Quel bonheur.

Le drame du beaujolais, et sa chance, le cadeau de sa naissance (hem), c’est la carbo.

C’est la minute technique, on va parler vinif, mais pas de tracas c’est très simple.

La carbo. Non, pas la carbonara, la macération carbonique. C’est une méthode propre au beaujolais (et sale ailleurs, haha), qui consiste à encuver les raisins en grappe entière, sous saturation de co2, cuves fermées, ce qui a pour effet de faire démarrer une fermentation à l’intérieur des baies, et de privilégier l’expression du fruit. On n’extrait quasi pas de tannins. La sensualité du beau fruit nature tu la sens bien là ? L’avantage de cette méthode et aussi son principal inconvénient : peu de tannins, difficile de faire du vin qui tiendra dans le temps. On peut aussi faire une semi-carbo, dans une cuve qui ne sera pas close, et qui se saturera toute seule en gaz carbonique.

La carbo, c’est THE method pour faire du nouveau. Mais pas que. On en fait aussi des vins très bien, quand on la maitrise. Parce qu’à bosser avec des levures exogènes (donc sélectionnées) on gomme vite le terroir. Tristesse.

Là plus qu’ailleurs encore, c’est vraiment le doigté du vigneron qui va s’exprimer. En sensualité. Un vigneron qui peut aussi choisir de faire une vinification tout à fait classique, et de zapper la carbo. Personne ne  l’oblige à rien. Mis à part user du gamay, il est libre un max.

Quand tu es vigneron en Beaujolais, t’as  le choix :  carbo, ou pas carbo.

Tu fais une carbo, ou une semi-carbo tu as du fruit mais qui fanera assez rapidement. Tu fais une vinification classique, tu obtiens des vins avec plus de tenue, de longueur, moins immédiats mais plus structurés. Ajoutes-ça à la pléthore de sols différents, et au savoir-faire de chaque vigneron, c’est simple de comprendre que tu peux avoir, même au départ du même cépage, des vins TRÈS dissemblables.

J’ai pas envie de me prononcer sur ce qui est mieux, ou pas. J’aime presque tous les profils de vin du Beaujolais, tant qu’ils sont AUTHENTIQUES. Qui plus est, vu qu’ils sont tous différents tu vas me faire le plaisir de leur réserver autre chose que du sauciflard et de l’andouillette (en plus, l’andouillette c’est dégueulasse). Tu vas aussi les sortir sur de belles pièces de viandes grillées, toutes persillées poétiques, tu vas les faire s’acoquiner à de la cuisine gaillarde, des plats en sauce … de la cuisine sensuelle. Tu sais, celle qui te donne envie de manger avec les doigts, ou au minimum de les lécher, d’envoyer valdinguer le monde et de PRO-FI-TER. Juste ça.

Julie Balagny, Marcel Joubert, Jean Paul Brun, Nicolas Testard, Jean Foillard, Christophe Pacalet, Michel Gignier, Karim Vionnet, Richard Rottiers, Cyril Alonso, Guy Breton… autant d’approches différentes, mecs, nanas, jeune ou moins, nature ou pas qui font que le beaujolais est un vignoble passionnant à sillonner.

La photo est du Bicéphale Buveur

Puis, faudrait pas l’oublier bien que ce soit pas très courant, le chouette beaujolais blanc. Hé ouais, du chardonnay qui pète pas plus haut que son cul, et qui réserve de belles surprises souvent.

Ma grande histoire d’amour avec le beaujolais a débuté en découvrant les vins de Marcel Lapierre. Marcel a laissé place à Mathieu, depuis.  Du pur, du terriblement tendre, du pudique, de l’incroyable fruit ciselé. Bien loin du m’as-tu-vu. Le beaujolais selon Lapierre, il t’en met plein la langue et le cœur, comme ça. Simplement.

Pour terminer, et pour la fine bouche, je signale aussi qu’il existe en beaujolais un vin de pays des gaules. Bandant, non ?

** Brouilly, chénas, chiroubles, côtes-de-brouilly, fleurie, juliénas, morgon, moulin-à-vent, régnié, saint-amour

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7 réflexions sur “Gamay l’dire à tout le monde

  1. Ah… Morgon, Juliénas, Moulin à Vent. J’adore ! Peut être grâce à mon grand père éleveur à Beaune qui m’en a servi coupé à l’eau dès 7/8 ans !

  2. dites donc, mais c’est ma photo sur le P-U-R… tiree du bicephale buveur… ce serait cool de citer les sources ou de demander l’aimable autorisation, meme si ce n’est pas la photo la plus belle du monde…

  3. Pingback: #Suivezles : La Pinardothek | Oenos

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