Les porcs tous gais du sud*

Ben quoi, c’est du portugais pur jus, ça non? Ahem.

*Dans la série les vignerons ont de l’humour, ce jeu de mot a déjà été utilisé par Cyril Alonso.

Je crois avoir déjà confessé que mes premières confrontations au monde du vin avait consisté en lampées de Mateus, et d’autres expériences désastreuses. On ne buvait pas de vin chez moi, sauf aux « occasions ». Parce que ça se fait, parce qu’à Noël on fourre la dinde (le gallinacé) et on trinque au muscat-de-patras qu’on dégotte sur un linéaire de supermarché, sous l’œil torve d’un renne clignotant et avant de sacrifier au foie gras sous-vide.  On a ainsi la satisfaction d ‘être dans la norme, la case est cochée jusqu’à la fête suivante, ouf, une chose de faite. Que le vin ne soit qu’un infâme picrate, ce n’est en soi pas grave. Il n’a pas ruiné grand chose, à part l’estomac des convives – ce qui pourrait tout aussi bien être imputable à l’excès de nourriture donc dans le doute …

Je suppose que je me suis mise aux vins, aux vrais, aux bons par pur esprit de contradiction, loué soit mon caractère de cochon. De porc (tout gai, donc).

Mateus : portugais. Je disais quoi à propos des vins du beaujolais, déjà ? Qu’il fallait pas grand chose pour t’en dégoûter si tu poussais la mauvaise porte. Ben voilà, le Portugal et ses vins, c’est pareil. Si tu te contentes de l’approcher en tapinois, en engloutissant ce machin qui représente tout de même quarante pour cent des vins exportés portugais, y a de quoi être dépité (et se préparer à une mort lente et douloureuse à base d’écoute en boucle de bouquins audio de marc Levy).

Halte.

Les vins portugais méritent tellement, tellement mieux que ça.

Je vais même pas te parler de porto. Plus tard tiens, pourquoi pas, mais pas là. Ni de vinho verde. Ni des vins du douro (pourtant, si tu savais…. Je taquine tu vas savoir bientôt puisque j’y pars dans une paire de semaines, teasing). C’est tellement évident que je préfère te prendre à revers. Aller là où a priori tu n’irais pas.

Direction sud-est. Alentejo.

Ses vins sont gratifiés d’une DOC (l’équivalent de l’AOC française) ou d’une appellation  vinho regional alentejano. Le blabla touristique de rigueur te dira que ses raisins sont baignés de soleil et de la chaleur généreuse du sud, caressés par le vent léger des influences maritimes, etc.

Ce qu’il faut surtout retenir, c’est que cette région offre de réelles opportunités aux cépages locaux. Et ça, c’est top. Parce que -j’ouvre une parenthèse ici, au milieu du Portugal, mais elle vaut au fond pour tous les vignobles- quel est l’intérêt de produire partout des cabernet sauvignon, des merlot et des chardonnay (en fûts américains, tankés et vanillés à mort, des merlot-putes et des cabernet-suceurs) ? A part gommer l’identité des vins, proposer des easy-wines à des consommateurs décérébrés déconnectés, et faire de l’argent avant de faire du vin ? A que dalle.

Aussi fou que ça paraisse, proposer des vins avec des cépages locaux, une histoire, un goût typique ça me parait au final bien plus viable et plus intéressant que le clone du même vin partout. Si on le trouve là, on le trouvera ailleurs. Tandis que faire un jus qui ne ressemble pas aux autres, qui a une âme, voilà qui fera que les gens y reviendront. Seront curieux. Goûteront, s’évaderont sans doute ailleurs, mais reviendront à ce séduisant portugais qui ne ressemble à personne à part lui. Un peu de finesse dans un mondovino de brutes.  Parenthèse fermée.

L’Alentejo n’est pas une région de reliefs, à proprement parler. Mais il existe quand même des différences sensibles entre les terroirs. Les plus connus ? Redondo et  Reguengos. A prononcer impérativement avec une patate chaude dans la bouche, pour un accent parfait. Surtout, l’alentejo est une terre aride. Le plus dur, c’est d’y trouver de l’eau. Bien obligés de recourir au système de goutte-à-goutte souvent, les vignerons se dépatouillent quand même pour faire des jus avec de l’identité, et de la gourmandise (l’irrigation pose question, c’est vrai : à partir du moment où on est obligé de pallier à un manque d’eau régulier artificiellement, est-ce qu’on doit choisir d’y implanter malgré tout un vignoble ? In vino veritas).

Borba, Evora, Granja Amareleja,  Moura, Portalegre, et Vidigueira sont les autres sous-régions.  Tu voyages hein déjà ? Parce que moi oui. Et j’ai pas encore parlé des cépages. Faut un peu s’accrocher pour les retenir, surtout quand on ne parle pas un mot de portugais (la patate chaude) mais ça vaut le coup :

Voilà quelques uns de ceux que tu peux trouver en blanc :  antão vaz, arinto ,(les deux qu’on croise le plus souvent)  fernão pires , malvasia rei, perrum, rabo de ovelha, roupeiro et  trincadeira das pratas (à ne pas confondre avec la trincadeira tout court qui est rouge).

En rouge tu as de l’alfrocheiro, du  castelão, du grand Noir (hybride entre aramon et petit boushet, et cépage teinturier **), le grossa,  le moreto, la tinta caiada, le trincadeira et surtout, l’aragonez.

L’aragonez, c’est un cépage que les espagnols et les portugais se disputent. Les espagnols l’appellent tempranillo, les portugais aragonez ou plus haut dans le portugal tinta roriz, et personne n’est d’accord pour déterminer s’il est plus aux uns ou aux autres. L’important, ce n’est pas vraiment où il est né, l’important c’est la rose ce qu’on en fait.

Maintenant qu’on a posé les fondations, on peut maçonner gaiement (je me retenais depuis tout à l’heure de tomber dans les clichés faciles portugais, pardon).

La figure emblématique du  coin, c’est Luis Duarte, oenologue-star, locomotive de la région qui est encore essentiellement composée de vignerons coopérateurs. Mais tout doucement, les choses bougent. (Malhadinha Nova par exemple, est un domaine qui émerge, plutôt pas mal). Les vins de Duarte sont relativement accessibles, et abordables.

Franchement quand je goûte ce genre de pinard, je me dis que ça mérite qu’on découvre un peu le sud du Portugal.

C’est long, original, suave, le bois est super bien maîtrisé, et surtout, SURTOUT ça ne ressemble à rien d’autre qu’à lui-même. Du touriga nacional, de l’aragonez, qui flirtent avec un poil de syrah, petit verdot et alicante boushet. Clairement, c’est une belle entrée en matière avant de pousser plus avant vers les vignerons moins connus.

La curiosité n’est jamais -en matière de pinards- un vilain défaut.

** le cépage teinturier, dénommé ainsi parce qu’il gonfle tes notes de pressing. Sérieusement, il s’agit d’un cépage rouge à peau ET jus rouge, qui a tendance à colorer les jus, les dents, les chemisiers et les nappes. Le plus connu est l’alicante boushet.

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3 réflexions sur “Les porcs tous gais du sud*

  1.  » Bonjour; grâce à …..Marc Levy ,( votre site apparaît en lien avec son nom ), j’ ai eu la curiosité ( pas mal placée) , de lire votre sujet titré  » le …. GAI » et je ne le regrette pas car c’ est bien instructif . Je suis amatrice de vins de par mon vécu familial ou les repas ne pouvaient se concevoir sans « le » rouge et « le » blanc qui accompagnent « la » bonne cuisine ! ( tout en vivant dans une campagne très profonde !). votre témoignage permet de mieux connaitre le Portugal et d’ avoir envie de le visiter … Très bien pour votre production à vous et le titre accrocheur valait le détour ! merci .Salutations. »

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