On ira, où tu voudras quand tu Jura (oh, Savoie!)*

Un sein se cache dans cette image. Le retrouveras-tu?

*et l’on s’aimera encore, lorsque l’amour sera mort. Moi, tant qu’il y a du vin, je suis pas compliquée hein Joe ?

A priori, il n’y a pas de raisons vraiment évidentes de mettre dans la même dégustation des vins de Jura, et de Savoie. Hormis le fait que ce sont deux petits vignobles, plutôt montagnards, leurs vins n’ont pas grand chose en commun. Pourtant on les accole souvent. J’en ai déjà parlé là : on se dit, boh, la Savoie c’est tout petit, c’est facile. Et ho, en Jura y a le vin jaune. That’s all.

Les goûter côte à côte permet de voir à quel point on se fourvoie.

Go !

Dégustation de huit vins, plus un vin bonus mystère (c’est un peu le morceau caché sur l’album, sauf qu’on doit pas se coltiner 18 minutes de silence pour le trouver, astuce).

Conditions de la dégustation: groupe de 14 personnes, tous niveaux, tous âges,  tous sexes.

Comme on va goûter des oxydatifs, je décide de commencer par les rouges, puis les blancs secs, puis les vins de voile.

On entre direct dans le vif du sujet avec un vin de Savoie, une mondeuse.

J’en ai touché un mot déjà. La mondeuse a des accointances certaines avec la syrah, puisqu’elles partagent un ancètre commun, la vitis allobrogica. Une parentalité qu’on retrouve au nez, avec de l’épice : du poivre noir, une pointe de tabac, le fruit est plutôt timide, il ne se montre qu’après avoir été salement secoué. En bouche, l’épice est bien présente, le fruit montre le bout de sa trogne plus facilement : de la cerise juteuse, on n’est pas face à un vin d’une grande complexité aromatique, mais c’est propre, c’est gentil, et ça guindaillera volontiers avec une viande grillée.

Après la mondeuse, place au Jura, avec un trousseau.

Le vin est très pâle, presque brun. Peu engageant pour nombre d’entre nous. L’ensemble des dégustateurs brame de concert : y a de l’animal là-dessous. Un animal propre, qui vient de prendre sa douche, mais quand même. Ça sent. Le cassis se devine sous un couvert moussu, pointe de lichen qui picote les narines. En bouche, l’animal est très poli, il cède la place aux fruits rouges croquants, et laisse place à une belle acidité. Qui va déconcerter pas mal de monde : les rouges avec autant d’acidité, ça ne court pas les caves. Ça se rebiffe : déroutante la fraicheur en laisse certains pantois… Avec quoi l’accorder, comment le boire ?

Dans un verre déjà ! (oui, c’était facile, j’admets). Mais faut imaginer des poissons, avec un poil de lard. Bardé, et hop, grillé. Des amandes justes dorées parsemées dessus. Et peut-être des champignons, suggère-je.

Deuxième vin, j’ai faim.

On enchaine avec le poulsard.

Robe très pâle, encore. Le nez est assez peu expressif, un peu de canelle, un chouia de macis, et des fruits à l’eau-de-vie, type abricots. La bouche est très élégante, autour du fruit, avec de l’épice toute douce pour chatouiller le palais, là encore beaucoup d’acidité mais un peu « gommée » par un bois dont on sent l’attaque en fin de bouche. Lègère, mais présente. Justement dosée, sans aucun doute. Le vin est plus gourmand que le trousseau, plus fin aussi. En cuisine, j’imagine déjà des préparations de veau, de volailles, des choses pas trop prégnantes au niveau gustatif mais tendres et élégantes. Comme le vin.

Troisième vin, j’ai très faim.

On bascule sur les blancs : pour s’y coller, hop, je glisse une « amusette ».

Le nez est exotique en diable, ananas affirme-t-on à gauche, mangue renchérit-on à droite. Ça swingue joliment en tous cas, pas hyper complexe mais séducteur. La bouche joue dans la même cour exotique, ample, fraiche, sexy juste ce qu’il faut.
Pour la première fois, un vin fait l’unanimité. Bon point pour la Savoie, puisque c’est une bien modeste Jacquère qui a conquis tout le monde.

Un bien agréable vin de picole, de soif, de potes, à siroter à l’apéro. Quoique je lui verrais bien des scampis juste grillés, poivre et sel, en brochettes avec des dés d’ananas. Voire un poisson blanc en carpaccio, avec de l’ananas, soumis au même traitement.

Quatrième vin, on fait des métiers pas facile : j’ai faim.

Roulé-boulé enchainé, hop, je sors un autre blanc sec. Chignin-bergeron, la roussane pour émissaire.

 Le nez est franc, frais, beaucoup moins exubérant que le précédent : pomme jona, un peu de citron. La bouche est dans la même trame. Classique, sans surprise, la pomme déroule avant de laisser place au citron et au pamplemousse : la finale se nimbe d’amertume. Pas la plus marquée, mais suffisante pour en faire tiquer quelques uns. Le vin est propre, net. Il fait le job.
En cuisine, le poisson juste grillé serait un peu court. Par contre, colle-lui une sauce crémée, et là encore des champignons (je fais pas une fixette, c’est la saison, c’est tout. Hum) et tu devrais avoir un perfect match. J’irai bien aussi sur un vitello tonato (je rappelle d’ailleurs à toutes fins utiles à Flo que j’attends toujours la VRAIE recette du susdit, ceci est une bouteille de Savoie à la mer).

Cinquième vin, mon estomac peut entrer en révolte armée à tout moment.

Retour au Jura, avec un chardonnay.

Cépage pas proprement jurassien, en tous cas moins emblématique que le savagnin, mais puisqu’il règne au moins sur l’encépagement en terme de superficie, on ne peut pas y couper.

Contre toute attente, c’est moi qui suis surprise. Je m’attendais à du chardo à la bourguignonne, ouillé, classique. Parce que c’est ce que j’avais demandé à mon dealer. J’avais bien stipulé : tu me ramènes du chardonnay, ou du savagnin. Mais surtout, tu fais bien comme tu veux, mais je veux de l’ouillé. Tant qu’on est là dessus, petit message à toi, producteur de vin jurassien, vigneron dont je respecte le boulot mais qui parfois est nébuleux : tu pourrais pas indiquer les mentions « ouillé » ou « non ouillé » sur tes boutanches ? Parce que c’est pas faute de vouloir goûter un maximum, et de me renseigner tant que je peux, mais parfois, ce n’est pas simple de déterminer si c’en est ou pas. Je sais bien qu’il y a les fiches techniques (qui ne le précisent pas souvent d’ailleurs) et qu’on peut demander au vigneron, mais ce n’est pas toujours évident. Tandis que là, c’est clair, c’est net. Et en bonus : le mec/ la nana qui va chez son caviste préféré et qui lit cette mention il pose des questions. Le caviste qui aime bien parlotter (sinon il serait pas caviste) il a matière à expliquer des choses, simplement.Notamment qu’il n’y a pas que des vins de voile dans le Jura. Bref, c’est tout bête, mais c’est tout bénéf pour tout le monde.

Je disais donc que mon chardonnay il avait pas une gueule à s’être fait ouiller. Nez très noisette, un peu amandine, si c’est ça, je te fiche en carafe mon coco. Jaune d’or dans l’engin, un peu d’aération : toujours la noisette, du fruit péchu par en dessous, en bouche une présence dorée, qui tapisse de fruits secs, une pomme très mûre, à la limite de la compote. Oufti !

Très bon, sans soufre, juteux, long. Mais surprenant quand on s’attend à tomber sur un chardo à la bourguignonne minéral et tendu. Il ferait merveille sur des ris de veau, le bougre. Avec des champignons (la saison, la saison).

Sixième vin, j’ai l’estomac dans les talons.

Dans le Jura toujours, premier oxy officiel.

En assemblage de chardonnay et savagnin, un nez éther disent certains. Un peu encaustique. Avant l’aération du moins. Parce qu’après, ouf. La poire nous fait un festival, mûre, virevoltante, ça jute et ça vibre. Au plus tu mets ton tarin dans le verre, au plus tu as des sensations. Et du fruit. Vient alors cette sublime métaphore, dont je tiens à te faire profiter.

Le vin de voile du Jura, c’est un peu comme une nonne. Au premier abord, c’est austère et pas engageant. Et peu à peu, tu ôtes les couches (si la nonne veut bien se laisser faire). Bien t’en prends, parce que plus tu passes de temps à la déshabiller, plus ton bonheur va être intense quand enfin tu tombes sur le fruit.

Celui-là est une sacrée réussite. Incisif, net, classe. On remarque aussi une jolie salinité. Avec quoi est-ce qu’on le boit ?

Avec un verre ! (oui, c’est une blague qui court).

Pour moi c’est complètement un vin de méditation. A boire seul. Accompagné, ou pas. Perso, je m’accompagnerais bien de Léonard Cohen en ambiance sonore, et basta.

S’il faut grignoter, un excellent comté 24, ou mieux 36 mois…

Bon, septième vin, j’ai la dalle plus que jamais.

On se finit tranquille : vin jaune. Ha, enfin !

Le vin jaune, c’est Nessie. On en tous entendu parler au moins une fois, certains ont pu apercevoir son fantôme, mais rares sont ceux qui l’ont rencontré physiquement.

Carafé, parce que c’est encore un bébé, le nez est joli, tout noisette, noix, pâte de coing, pointe de miel, et la bouche longue longue longue se déroule impériale. De l’amande qui roule, de la poire qui drague tranquille des noisettes torréfiées, une pointe de grillé, un soupçon de coing, encore. Beau, beau vin.

Silence dans la salle, religieux. Si tout le monde n’apprécie pas, même les plus rétifs aux oxys s’appliquent à le déguster. Lui aussi est un vin solitaire. A boire en petit comité, en silence, sans rien faire. Parce que c’est tellement complexe (remember les couches de la nonne) que ça doit se déguster en prenant son temps. Tout doucement.

Après le huitième, à la fin de l’envoi, je touche au but : manger ! Non, parce que c’est bien joli, mais imaginer des accords mets-vins toute la sainte journée c’est un fameux supplice.

Pour accompagner l’assiette fromages et charcutailles locales, je sors le lapin de mon chapeau aka le bonus wine : un pinot noir.

Une couleur intense, un fruit extrêmement présent, presque flagorneur, la bouche est ronde, provocante, soiffarde. Un vin d’une très jolie intensité, peut-être moins original que trousseau ou poulsard, mais super bien foutu.

L’ensemble des vins:

mondeuse saint jean de la porte, vin de savoie, domaine Vullien 2009

trousseau, côtes-du-jura, domaine Pignier 2008

poulsard vieilles vignes, arbois, B et S Tissot 2010

jacquère, vin de savoie, domaine Vullien 2011

chignin-bergeron, vin de savoie, domaine Vullien, 2011

chardonnay les graviers, arbois, B et S Tissot 2008

chardonnay savagnin sous voile Pollux, côtes-du-jura, domaine Chant divin 2008

savagnin vin jaune, côtes-du-jura, domaine Pignier 2003

pinot noir,côtes-du-jura, domaine Chant divin 2008

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4 réflexions sur “On ira, où tu voudras quand tu Jura (oh, Savoie!)*

  1. Bon, va falloir bosser encore un peu le Jura, Sand. Les Graviers de Stéphane Tissot, on ne peut pas plus ouillé. À la bourguignonne, ça ne veut pas dire que le chardonnay (cépage par ailleurs typiquement jurassien depuis de nombreux siècles, même s’il a probablement été importé de Bourgogne voisine, et dont on trouve encore de nombreux clones purement locaux, comme le Melon à queue rouge, par exemple) va perdre son âme, c’est à dire son terroir. La minéralité argileuse jurassienne, associée à un élevage sur lies fines tel que le pratique Stéphane, donne des notes souvent grillées, fumées, parfois un peu fruits secs, qui n’ont absolument rien à voir avec de l’oxydation.

    • ha mais je veux bien, moi hein. C’est la première fois que je déguste ce vin là. Je connais assez mal, d’ailleurs ceux de chez Tissot. Je dis que ça en a dérouté plus d’un, parce que les notes de fruits secs étaient vraiment très marquées, et faisaient largement plus penser à un oxy qu’à une empreinte terroir. Du coup, me fiant à ce qu’on m’a dit (c’est ouillé) et à ce que je goûtais (c’est ouillé ou pas?), j’avoue que j’ai été perdue un instant. J’ai goûté des chardo moins marqués que ça (tu me diras qu’ils étaient moins marqués terroir, sans doute). Quant à bosser, je crois que c’est le truc que je répète le plus souvent : je ne sais encore rien, j’apprends tout le temps, je partage, je doute, puis j’écoute.

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