Da- Douro-ron ron *

*quand l’amour s’en va, adieu, tout est fini. J’voulais pas t’quitter pourtant, Douro, tu sais?

Le Portugal, et plus précisément la vallée du Douro, c’est avant tout une série de clichés (j’entends par là les photographies, si les portugaises ont des poils aux pattes, j’ai pas vérifié) : des paysages fantastiques, des croupes d’altitudes variées qui s’entrelacent, s’emmêlent, où les couleurs automnales explosent.

Les vignes sont conduites en sinueuses ruelles, suivant la montagne, parfois plongeant vers le fleuve, souvent le toisant en parallèle. Les murets de pierres sèches, quelquefois cimentées, soutiennent les étroites bandes où les ceps s’épanouissent. Suivant les cépages, les couleurs de feuillages vont d’un vert encore tendre, à violine, en passant par le jaune, toutes les nuances d’orange et de rouge. Les jours sont sont encore tièdes, mais vers 17h, le vent se lève, le soleil tombe, et c’est l’heure de se couvrir.

Pour découvrir le Douro, il ne faut pas souffrir du vertige : mal m’en a pris, j’y suis sujette. Et plutôt deux fois qu’une. Faire trente kilomètres ici peut prendre deux heures : aucune route n’est droite (elle suit la montagne), et toutes montent ou descendent.

Première règle que tu apprends très vite dans le Douro : le plat n’existe pas. Ou tu grimpes, ou tu dévales. Point de salut hors l’escalade. Tu n’as pas le cœur bien accroché ? Oublie. Ou alors découvre la vallée par l’eau, c’est sans aucun doute plus calme. Mais tu manquerais ce genre de perspectives.

Hé ouais.

Pour corser le truc, les routes sont parfois de véritables chemin de pierres (voire de cailloux), ou de terre (mais ceux là, si t’es pas complètement con ou en 4×4 tu les prends pas. Jamais). Dit comme ça, c’est peu impressionnant. Mais quand tu te trouves tout en haut de la « montagne » dans un petit village paumé, et qu’il faut bien redescendre, tu te signes et t’y vas. Parce que c’est beau, c’est vrai, l‘igreja pastel qui se détache sur un fond de ciel bleu, avec la vallée couverte de vignes, et le Douro qui brille tout en bas. C’est beau, mais c’est loin (mes amitiés à Jacques).

Redescendre donc.

Cette photo est TRUQUÉE, c’est pour ne pas TROP vous impressionner, une des rares vraies routes du coin. Avec des bandes, truc de ouf.

Le seul chemin qu’on (le GPS, cette pute) te propose, c’est un chemin de calvaire en pierres inégales, de 2m20 de large, avec une pente de 35 % sur 5/6 kilomètres, sinueux, tu la ramènes moins. Ces chiffres sont complètement au jugé, en vrai j’en sais rien, et non, à ce moment là, bizarrement je ne faisais plus de photo, je tenais la ceinture de sécurité à deux mains.

Autant le dire direct, j’ai fini cette descente en larmes et tant pis pour ma dignité. J’ai cru voir la mort dix fois. Pour rajouter au malaise, on a croisé trois vieilles femmes qui elles remontaient, A PIED, et faisaient des signes de dénégation, et je crois même avoir aperçu des signes de croix (mais j’étais aussi dans un état de stress intense, si ça se trouve, j’ai exagéré hein). Toujours est-il que les gars du pays, je suis sûre qu’ils le descendent pas en bagnole, le chemin. Encore moins en Fiat punto.

Petit aparté : rien de plus drôle que découvrir que les portugais n’échappent pas non plus à Carglass, et à son fameux slogan. J’imagine assez mal ceci dit Rui du Carglass local venir te réparer un minuscule éclat en plein milieu de nulle part après s’être tapé trente bornes de chemins de cailloux. De toute façon, je suis sûre qu’avec des routes pareilles, si t’as un accident, tu MEURS c’est tout (dans le ravin, etc etc, j’ai l’imagination galopante).

BREF.

Un peu partout et quel que soit le côté où on se place, on se retrouve les yeux écarquillés, et on oublie un peu l’altitude quand on est (vraiment) très haut. Parce que c’est juste magnifique.

Qu’on se représente le travail de malade que ça a été de créer ces vignobles (en passant, une des trois plus anciennes aires délimitées de production de vin au monde -1761-, avec Chianti -1716-, et Tokaj -1737-, la faute au marquis de Pombal, accessoirement premier ministre de l’époque, qui eut le nez fin et flaira bien avant l’heure l’avantage économique qu’on pourrait tirer d’un tel vignoble), et que ça doit toujours être pour entretenir les parcelles, les murets, les vignes.

Ici, être un vigneron, demande équilibre et bons mollets, quand on voit la déclivité de certaines parcelles. Les rendements ne sont pas énormes, autour des 35 hl/ha en moyenne pour les vignes classées en A. Sur un sol de schiste, c’est surtout l’exposition et l’altitude qui les différencient des vignes classées en B, C, D, E et F ( les parcelles plus « faciles à conduire» moins bien classées, parfois granitiques des plateaux du haut, à plus haut rendement sont réservées plutôt aux blancs ou aux coop).

Au delà du fait que la région soit merveilleusement belle, avec le Douro et ses affluents, ses croupes dessinées, les divers degré de lumière selon l’endroit où tu te places, la brume du petit matin qui couronne les sommets, c’est beaucoup une région vinicole.

Ouais.

Et si je te dis Douro, à 99% du temps tu vas me répondre la bouche en coeur, porto.

Je te le concède, c’est ce qui est le plus connu. Enfin, qu’on croit connaitre.

Déjà, sais tu que c’est surtout à cause des anglais qui tiraient la bourre aux français que le porto est né?

Haha, ça t’en bouche un coin? Je t’en dirai plus long bientôt. Parce que le porto est plein de préjugés et de choses ignorées.

Première idée reçue : le porto est essentiellement un vin d’apéro. Détrompe toi, jeune fou. Ici, seuls les porto blanc (de préférence extra dry, ou dry) sont servis FRAIS, à l’apéro. Pour tous les autres, c’est à dire les rouges, tawnies, rubies, vintage, LBV, et colheita, un seul mot d’ordre : après le repas. Et surtout pas froid. Un peu rafraichis, à la rigueur. Vers 14/15°. Un portugais te verrait servir un porto rouge glacé à l’apéro, il te vouerait aux gémonies, et sans doute  en invoquant un des nombreux saints protégeant le vignoble.

Crois moi, si tu n’as pas entendu deux portugais s’engueuler, tu n’as aucune idée de ce que c’est de se faire passer un savon.

La vallée du Douro c’est aussi un climat relativement protégé, où les fruits poussent et se gorgent de soleil, où un peu partout tu as des chiens qui courent librement dans les vignes et les rues.

Sans laisse et sans maître au bout, je sais oui, c’est choquant.

HAHA.

ceci est une espèce de chien très rare, qu’on ne rencontre que dans le nord du Portugal, le chien-zen.

Grave qu’ils ont la belle vie.

C’est l’occasion de goûter une cuisine très simple ou plus gastronomique mais toujours de goût.

C’est des rencontres carrément improbables dans des boucheries.

(ça, c’est pour le teasing).

C’est des vins, pas des fortifiés, pas des mutés, de vrais vins couillus, des portos de toutes sortes et âges, et du bonheur dans les verres. Des déconvenues parfois. Des moments presque mystiques aussi.

C’est une région de reliefs, dans tous les sens du terme.

Tu salives ?

C’est fait pour, premier billet d’une série qui va te le présenter sous toutes les coutures.

Du moins je vais essayer: qui sait, j’aurais peut-être envie d’en garder un bout, secret, pour moi ? En égoïste.

L’amour, c’est aussi être un peu jaloux de l’objet de son affection, non?

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