Douro wine lex, sed lex *

* latinistes au taquet.

C’est pas tout ça d’avoir dit que c’était beau, le Douro, mais est-ce bon?

Hé ouais, faudrait voir à ne pas oublier que le vin (ou le porto), ça se boit, ça se déguste, bouscule, relèche, slurpe,  glougloute, siffle,  ce qu’on veut tant qu’on y trouve du plaisir.

Dit la meuf qui en parle dans toutes ses largeurs, longueurs, et circonférences dès qu’elle peut. Mais si j’en buvais plus que j’en parle, c’est plus la foi que j’aurai, mais plus de foie. Parce que je parle beaucoup.

Bacchus bénisse les crachoirs, même si c’est un crève-cœur parfois, de cracher quand c’est trop bon.

Bref.

Finalement, parce que je ne vais pas entretenir un suspense de ouf ce serait trop cruel, on peut dire que le bilan glou fut plutôt très positif.

Des découvertes totales, des confirmations de ce que je pensais, des coups de bluff, quelques déceptions, mais dans l’ensemble : j’ai kiffé pour différentes raisons.

Mais si on résumait un peu le bouzin, histoire d’y voir plus clair ? Je vais procéder dans l’ordre de dégustation, en mêlant vins et portos, mais rock’n’roll après tout, n’est-ce pas?

Première quinta visitée, celle da Portal. Après un tour in english des toutes nouvelles installations, on goûte deux portos.

Le tawny trente ans me plait beaucoup: couleur ambre caractéristique, beaucoup de finesse, un lit tendu de soie sur laquelle glisse une chair abricot, où l’on croque de l’amande, le tout dans un halo de fumée à la Garbo. Sensuel, mais distant. J’aime sa présence presque éthérée, j’aime sa diffusion lente, j’aime j’aime j’aime.

Le LBV 2007 est massif, jouisseur sans entrave, outre-buveur. Une manne de fruits noirs qui vous tombe sur le crâne, des mûres, des myrtilles, profusion de cerise. On a en a plein la bouche, peut-être trop… Je suis beaucoup moins fan de cette robustesse là.

En redescendant, on trouve la quinta de la Rosa, en travaux.

Ils sacrifient eux aussi à la mode de l’agri-tourisme (je ne leur jette pas la pierre, ça a beaucoup de charme quand ça n’y perd pas son âme), et rénovent une partie du bâtiment pour ça. J’y vais surtout avec le désir de goûter les pinards, qui, m’a-t-on dit, sont pas piqués des hannetons. Gros contraste avec Portal, qui abattait la carte ultra-moderne. Ici, c’est tradition. Vieux bois, vieux murs, vieux pressoir, vieille commerciale.

Bon, je plaisante, la visite se fait sous la houlette d’une jeune et sympathique demoiselle, là encore in english. L’occasion de tester mon peu de vocabulaire vineux shakespearien, ha qu’on est mal habitués avec cette satanée habitude qu’on a de penser que le français est LA langue du vin.

Peut mieux faire donc, pour mon oral d’anglais, mais je me débrouille.

Assez pour comprendre qu’effectivement ici on met plus les vins en avant, que les portos.  A raison, à part le soiffard blanc, censément extra-dry mais qui présente tout de même un sacré sucre, ruby tawny et LBV ne laissent pas d’impression tenace. Pas mauvais, mais pas excitants.

Les vins sont plus intéressants: si le Douro de base  est sympa, sans plus, le Passagem 2006 est joli, fondu, les tannins sont soyeux, et un bon pourcentage de Touriga lui file une carrure adoucie par ses  congénères. Le réserve est un poil trop boisé à mon goût, mais on apprendra bien vite qu’ici le bois, c’est comme mettre sa ceinture de sécurité dans les cols et vérifier ses freins  c’est passage quasi obligé.

Pas de grosse éclate, mais des vins pas mal foutus.

Pour la suite, faut que je fasse un petit aparté.

Si je suis partie dans le Douro, c’était surtout pour un truc que les gens normaux appellent « vacances ». Un concept qui inclut des choses comme se reposer, prendre l’air, ralentir le rythme. Et je jure bien que je n’avais pas l’intention au départ de faire un marathon de dégustations,  en prenant les jours à la coule, éminemment, et en me laissant porter.

Mais chassez le naturiste… Il revient au bungalow, oui.

Pour autant, je n’avais rien organisé. L’idée, c’était on prend la bagnole le matin, on roule, on tourne à gauche ou droite selon l’inspiration et advienne que pourra.

C’est comme ça, qu’un matin on se retrouve en haut d’une montagne.

Introducing mon comparse de dégust’, qui est aussi le chauffeur.

– Allez, à droite, je le sens bien.

– Sûre Sand ?

– Ouais, c’est moins pentu.

Note pour plus tard : j’ai autant d’intuition qu’un mérou qui se jetterait droit dans le filet du pécheur.

Dix minutes plus tard.

– Oulah, ça descend vachement quand même.

– Y a pas d’autres chemins, et puis je peux pas faire demi-tour.

– Je vais prendre sur moi, regarde, un panneau: y a une quinta.

Cinq minutes plus tard.

– J’ai un peu la nausée, ralentis s’il-te-plait.

– Arrête, je vais pas vite du tout, un chien vient de nous dépasser.

– Te fous pas de moi, si tu t’écartes de trente centimètres on tombe dans le vide. Et j’ai pas conclu d’assurances obséques.

– Chochotte (moi non plus).

Trois minutes, douze tournants, et une pente à 45° plus tard.

– Parait qu’ils sont bien les pinards à Nova

Se tournant vers moi, volant tenu d’une main

– Tu connais?

Sand, au bord de l’AVC, ongles enfoncés dans le siège.

– DIX HEURES DIX, PUTAIN. DIX HEURES DIX !

– Hein?

– Tes mains, les deux, sur le volant. Dix heures dix. On va mourir.

– Chochotte.

J’aime autant le dire direct : si un jour tu veux faire un test de confiance, oublie le truc de tomber dans les bras de quelqu’un et qu’il te rattrape. Juste, tu vas à la quinta Nova en Fiat. Là, tu sauras ce que c’est la confiance.

J’épargne la suite, stupeurs et tremblements, énorme soulagement de se retrouver sur le parking (plat, allelluia) de la quinta Nova pour direct passer aux pinards.

L’occasion de goûter, c’est rare, une version unoaked (sans bois) se présente? On la saisit. Avec gourmandise, plaisir, etc. Parce que oui, là, on tient un super jus : sans le masque de la planche, les cépages sont en pleine expression. Le nacional un peu animal, le roriz en structure, franca et cao en soutien acidulé. Comme quoi, le bois n’est pas une fatalité.

HAHA.

Je trolle un poil, mais c’est aussi l’occasion de pointer une des  différences qui existe avec la conception plus française des pinards. Un vin de qualité, ici, pour se vendre, est forcément passé par le bois. Français, le bois.  Le terroir, les cépages, on en parle mais moins que des planches, des douelles, des fûts, des barriques. D’ailleurs, dans toutes les quintas, la première chose qu’on te propose de voir c’est le chai. Le parc à barriques. Plutôt déstabilisant quand tu as l’habitude de commencer tes visites viticoles par les vignes. J’aime bien voir comment elles poussent les grappes, comment, pourquoi… Voir la terre, les cailloux, la sentir, la humer. Comme j’aime à toucher les bois des fûts, comme j’ai besoin de faire rouler le jus dans ma bouche. Full-package wanted quoi.

Ici, elles sont à l’arrière-plan. On est même étonné que tu les connaisses, les cépages, ce qui à moi semble incongru puisque le raisin, c’est la base non?

Je n’ai pas boudé mon plaisir sur la version oaked, puisqu’elle recelait une belle matière, de l’élégance, et des tanins fondus, mais ma préférence est allée à la moins commerciale (du point de vue portugais) sans bois.

Voilà pour une première volée de dégust’ portugaises.

Suite au prochain épisode, comme on dit.

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2 réflexions sur “Douro wine lex, sed lex *

  1. Bon et bien après ces trois merveilleux billets, il ne reste plus qu’à aller déguster quelques unes de ces merveilles. Une idée pour trouver tout cela en région ?

    Keep on blogging, Sand, Keep on …

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