Da-Douro-ron 5*

*voilàààààààààààààà, c’est fini

Il fallait bien que ça arrive un jour: ceci signe la fin de la série Douro. Ceci dit, comme il n’est pas improbable que j’y retourne un jour…

Trêve de billevesées, attaquons. Si quand tu veux goûter un max de vins de Douro arpenter la région me semble obligatoire (pour la beauté des paysages, pour comprendre la vigne, voir les chais et écouter les gens),  Porto – en réalité vila nova de gaia juste en face de la vieille ville- est le must absolu.  C’est ce qui se dit.

Bof.

Faut vraiment arrêter les clichés de voyage : prends tes cliques et tes claques, va direct dans les quintas. Pas besoin d’ intro au porto en commençant par Gaia, c’est de la foutaise touristique. Porto- la vieille ville- en soi est très carte postale, mais ne crois pas un seul instant que visiter Gaia sera hautement instructif. Fan de vieilles pierres, d’ églises (encore oui), de dédales de ruelles avec des maisons colorées, où te tordre la cheville sur des moellons mal ajustés, très bien: fonce!

Juste, c’est pas à mon sens là que tu vas comprendre l’essence du vignoble. Mais tu fais bien comme tu veux.

Gaia, donc, c’est ce qui regroupe le long du Douro,les grosses machines comme Sandeman, Ferreira, Burmester, Taylors, …

Pourquoi sont-ils là, déjà ?

Parce qu’on ne mettait pas en bouteilles dans les quintas, situées dans le vignoble.  On faisait voyager les fûts, sur des bateaux, jusque Porto pour ensuite conditionner là-bas.

Au départ, c’est la vieille ville de Porto qui est investie, mais pour faire des chais de vieillissement, c’est pas un bon plan. Gaia, en face, sur l’autre berge du Douro, versant  moins ensoleillé est préféré. Avec les soucis liés à une implantation fluviale : les crues. Et donc, les inondations régulières avant la construction des différents barrages.

-Qu’est ce tu fais?

-Ben j’ékopke. (jeu de mot offert par l’amicale des joyeux écluseurs de portos)

Les plus vieilles maisons ne sont pas sises juste au bord du fleuve, mais il y a un peu de grimpette avant d’arriver. Dans les années 80, cette obligation d’embouteiller à Gaia est tombée en désuétude, chaque quinta peut maintenant embouteiller sur place.

Si tu vois donc des bateaux chargés de fûts, c’est joli, mais c’est (beaucoup) pour le folklore.

A Gaia, j’ai visité trois maisons. La moins intéressante a été Ferreira. Évidemment, comme ça appartient maintenant à une grosse compagnie (qui possède aussi Sandeman, et Mateus) tu t’en prends plein la tronche: cave creusée dans la roche, murs suintants, et là dedans d’énormes foudres. Difficile de trouver le bon superlatif, suffit peut-être de donner des chiffres.

Un de ces foudres contient 35000l, soit 46.666 bouteilles, soit presque 78 palettes. Ils sont au moins une grosse dizaine.

Et c’est pas tout: un peu plus loin, un autre contient environ 70.000L. Soit le double, presque 100.000 bouteilles et quasi 180 palettes. Il n’est pas tout seul. Une armée de gigantesques foudres.

La démesure totale du truc.

C’est rodé, on te vend une histoire familiale sur jolis panneaux didactiques, de veuve énergique et philanthrope socialiste à ses heures, mais on est loin de l’artisanat. Une (très) grosse machine, où mis à part le gigantisme dans les chais rien de surnaturel dans les verres. Les portos qu’on nous a servi en fin de visite cassaient pas trois pattes à un canard: l’un trop doux, et écœurant, l’autre trop court et déséquilibre.

Soit.

Ça vaut pas le coup de raquer les quatre euros cinquante par personne demandés. Oui, je précise: la plupart des quintas ou maisons de portos font des visites-dégustations payantes, parfois elles laissent tomber si tu achètes, ça dépend un peu. Mais il faut aussi prévoir un budget pour ça, si jamais.

Next.

Autre ambiance chez Taylor’s, qui bien qu’appartenant aussi à un groupe, et produisant pas mal de quilles, est un peu moins dans le show-off. Si tu as peur des paons, passe ton chemin : ils se baladent en liberté dans le domaine. C’est l’emblème de la maison.

Le blanc sec m’a beaucoup plu, la finesse du 10 ans était belle, le LBV sans doute encore un peu massif, mais foutu comme une gonze en fleurs.

Quelques ruelles plus loin, chez Krohn, on va enfin voir des colheita. Ha, bonheur.

Parce que oui, on te sert le vintage à toutes les sauces , tu croises des LBV à tous les coins de rue(lles de vignes), mais le colheita c’est un peu le voldemort des porto. Personne n’en parle, personne n’en a.

Krohn est depuis toujours un gros spécialiste du colheita. Les blancs sont franchement plus qu’honnêtes, le dix ans un peu court mais le 20 ans très beau. Avant que déboule le colheita 1968. Un truc à savoir, sur un colheita il y a deux infos CAPITALES :

  • la date du millésime, puisque c’est un vin d’une seule année.
  • la date de mise en bouteilles : le colheita n’évolue, ne vieillit qu’en fûts. Une fois qu’il est en quilles, c’est fini. On ne met en bouteilles que sur demande du marché, pour préserver un max le vin.

Et donc ce 68? Ha.

C’est inracontable, mais je vais quand même essayer: suave, tendre, frêle avant d’exploser en caramel, en miellat, en abricots confits, avec une bouche vibrante comme un violon. C’est vraiment ça, c’est un vin à cordes. Aigu, mais mélodique. Bref, un grand moment.

Maintenant, il faut qu’on fasse une parenthèse importante.

Imagine, tu es à Porto. Le soleil écrase tes épaules, tu as des crampes au mollet, il est 11h49, tu as goûté des portos toute la matinée, tu es épuisé, et tu as faim.

JAMAIS, sous aucun prétexte, JAMAIS ne commande ceci:

musique de film d’horreur

C’est une insulte à ton estomac, à la gastronomie, au cochon qui a fourni la saucisse dont a farci cette … chose (?!). A la vache qui a fourni le lait dont on ensuite fait un fromage en plastoc. Aux belles tomates réduites en coulis infâme. C’est une provocation à la nature toute entière ce plat, à la Vie.

Ça s’appelle francesihna, et crois moi, c’est de loin le truc le plus immonde qu’il m’ait jamais été donné de bouffer. N’essaie pas ça chez toi. Ni à Porto. Je te liste les ingrédients, pour que tu ne sois pas tenté: pain de mie fourré au jambon, à la saucisse, à la mortadelle et au steak (WTF?) recouvert de fromage fondu, le tout baignant dans une sauce tomate piquante.

T’es prévenu.

Par contre, tu peux si tu cherches un peu, tomber sur des adresses où tu manges des trucs comme ça:

Les serveurs sont affables, les assiettes sont justes, les cuissons parfaites.

Tant que tu es du bon côté de l’eau (côté vieille ville de Porto, donc) il y a UNE adresse que tu ne dois pas louper.

Pas d’excuses, pas de «mais ça n’ouvre qu’à 16 h».

D’abord, ça ferme tard, et ensuite, si tu vas à Porto sans aller là-bas c’est comme si tu disais:

Manger une carbonara chez Jean-françois Piège? Bof, pas le temps.

C’est INTERDIT de passer à côté d’une occas’ pareille.

Vinologia, c’est tout petit.

Mais, c’est tapissé (j’ai pas de mot plus juste) de quilles de portos du sol au plafond. Rubies, tawnies, vintages, LBV, colheita, des blancs, des rouges, des doux, des secs, des jeunes et des vieux.

Du porto avec un grand P. Partout.

Rien que pour ça, c’est déjà merveilleux. Ensuite, tu peux y goûter à tous ces vins. Soit tu choisis sur la carte au verre ou dans une formule dégustation, soit tu te laisses guider par le patron, qui est un véritable fou taré (immense compliment de ma part). L’histoire c’est: il bosse pour une société de VPC, il débarque à Porto, coup de foudre total, il n’en part plus jamais. Sans parler un mot de portugais. Il monte son truc, le bouche-à-oreille fonctionne, facebook tourne à plein régime, et hop, voilà un homme heureux.

Une dégust de vieux blancs me tend les bras: c’est plutôt rare de croiser des blancs un peu âgés, et là, en cinq verres on risque de voyager.

Dix ans, 20 ans, 30 ans de la quinta san Eufemia (une toute petite quinta, hautement qualitative) 40 ans et plus de la quinta de Lamelas et attention, oiseau rare: un colheita 1964 de Krohn.

Tout juste, Auguste. Un colheita blanc. Je renvoie au laïus plus haut, sur les colheitas. C’est déjà rare.  Alors, quand tu as une quille de colheita blanc, autant te dire que c’est quasi comme rencontrer Nessie. Un mythe. Parce qu’on en a produit seulement quatre, en cent ans. QUATRE millésimes ont été autorisés à produire du colheita blanc. Dont 1952, épuisé, liquidé, morflé.

C’est dire à quel point quand tu es un peu amateur de pinard, tu sais que tu es en face de quelque chose qui pourrais (peut-être) te chambouler la glotte.

Pourquoi ne trouve-t-on jamais de portos blancs âgés, ou si peu? Parce que les portugais en voient peu l’intérêt, déjà, vu qu’ils le voient comme un vin d’apéro dont on doit préserver la fraicheur.

Si on trouve des vieux portos blancs, ce n’est pas pour les commercialiser, en général. En tous cas, pas tels quels: ils servent à éclaircir un tawny trop rouge, mais pour garder une cohérence dans l’âge des assemblages, faut qu’ils soient séniles aussi. Oui, tu as toujours pensé que les mélanges rouges-blancs étaient seulement autorisés chez ces punks de champenois, que nenni ! On peut ajouter jusqu’à 15% de porto blanc, dans un rouge.

Du coup, ils sont planqués en fond de cave, quasi jamais mis en bouteilles. C’est infiniment triste, parce que c’est bon. D’une complexité folle, plus on avance en âge. Avec un fruit confit, lustré, brillant, une douceur mâtinée de sel, parfois de l’oxy (soit qui mal y pense). Bref, ce sont de très beaux vins. Des vins qui te parlent plus qu’ils ne démontrent. Des vins qu’il faut prendre le temps d’écouter.

J’aurais pu rester là encore longtemps, d’autant que les verres s’enchainaient, au fur et à mesure de la discussion avec le boss.

Vous avez aimé le 10 ans chez Taylors? Goûtez moi ce San Leonardo, un des plus beaux dix ans qui existe ! Et ça, c’est pas un grand vintage? (ndlr: quinta da revolta).

J’aurais pu, mais toutes les bonnes choses ont une fin, comme cette série de billets d’ailleurs.

Parce qu’il faut bien. En écrivant ces dernières phrases, je me rends compte que j’ai oublié de parler de la quinta da Foz, de la quinta de pachecas, des vins superbes de la quinta do Infantado et d’autres encore… J’en ai encore tellement sous le clavier à raconter, des goûts, des couleurs, des odeurs et des gens.

Mais finalement, c’est peut-être pas plus mal: ça t’obligera à aller goûter par toi-même.

Allez zou, tous dans le Douro !

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5 réflexions sur “Da-Douro-ron 5*

  1. vinologia et son boss n’ont que ce qu’ils mérite » » »la reconnaissance »et texte est la preuve?ce n’est pas pour rien que depuis 4ans cet endroit m’interesse , bravo Mr J.Philippe Duhard…ALVARO

  2. Mon épouse et moi étions tombés amoureux de Porto après l’avoir découverte sous les frimas du mois de mars en 2011, la vieille ville désertée de ses touristes nous avait accueillis avec toute la chaleur des tristes sourires des Portuenses habités de la nostalgie du Fado, le pâle soleil accentuait gaiement les couleurs ternies des vieilles masures de la Ribeira… Nous avons également longé le Douro sur une centaine de kilomètres interminables sur des routes secondaires sinueuses à souhait. Ces vignobles escarpés à perte de vue…, un ravissement pour les yeux !!!

    J’en ai gardé le souvenir d’une ville authentique et la gentillesse incomparable des Portugais francophiles restera longtemps gravé dans ma mémoire.

  3. Mon épouse et moi étions tombés amoureux de Porto après l’avoir découverte sous les frimas du mois de mars en 2011, la vieille ville désertée de ses touristes nous avait accueillis avec toute la chaleur des tristes sourires des Portuenses habités de la nostalgie du Fado, le pâle soleil accentuait gaiement les couleurs ternies des vieilles masures de la Ribeira… Nous avons également longé le Douro sur une centaine de kilomètres interminables sur des routes secondaires sinueuses à souhait. Ces vignobles escarpés à perte de vue…, un ravissement pour les yeux !!!

    J’en ai gardé le souvenir d’une ville authentique et la gentillesse incomparable des Portugais francophiles restera longtemps gravé dans ma mémoire.

    Nous y sommes retournés en juin de cette année: une semaine de flotte, une ville tout de suite plus envahie par les touristes et des autochtones moins sympathisues et un sentiment de déjà vu – c’était pas un bon plan !!!

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