Epice, épice, épice et moi*

C'était le cochon-dinde

C’était le cochon-dinde

*on est heureux comme çaaaaaaaaaaaaaa (sur un air de Pierre Groscolas)

C’est bientôt les fêtes, Noël, les dindes tremblent et les pouffes ont froid. Et dans les villes de grande solitude, les cavistes se préparent au rush: c’est l’heure des dernières arrivées, des « elle est où ma palette? » des « t’es sûr qu’il manque pas un carton? » et autres « on aurait peut-être du prendre du Tarriquet, ça se vend tout seul » (là, je déconne mais sache-le: le caviste, en cette période a plein de chats à fouetter, et parfois un petit coup de mou). Songe, petit bonhomme, à ces heures d’assouplissement des doigts pour effectuer des emballages cadeaux corrects, au running dans le froid et sous la pluie pour avoir du souffle assez pour prodiguer des conseils, à ces parties de tetris endiablées avec les cartons à empiler sans qu’ils se cassent la tronche et à la méditation zen pour ne jamais perdre son calme. Même quand on te demande du Tarriquet.

Bref, c’est une période chargée, mais faut-il pour autant se laisser aller à la morosité?

Au taquet, camarade soiffeux !

Il est encore un poil tôt pour penser aux accords majeurs avec la dinde, le chapon, et toutes ces sortes de volatiles. On y reviendra (je pense déjà avec joie à combien de fois je vais pouvoir sortir ma blague préférée « et elle est comment votre dinde, à part morte bien sûr? »). Et bien qu’on me glisse de parler de « la solitude de la caviste avant l’arrivée du gars qui veut du miel de pays en bouteille pour son pâté, pardon son foie gras de Noël » je m’y refuse !

Oui, c’est mon côté engagé.

(ou c’est parce que vraiment, ça me fait trop mal au cœur tous ces gens qui croient encore qu’il faut noyer le pâté- pardon le foie gras- dans du sucre à donf. Alors que c’est parfaitement ridicule: il est déjà mort, le foie).

Mais avant d’arriver aux agapes du 24, 25, et des jours suivants on va quand même se sustenter. Je sais pas vous, mais moi, en hiver j’aime deux sortes de plats: ceux qui contiennent du fromage, et ceux qui sont épicés.

Quand je dis épicé, c’est pas juste sel-pimeng d’espelette, on n’est pas chez Cyril Lignac ici. Je te parle du plat qui te réchauffe le gosier, la trachée, et une bonne partie du système digestif avec. Ha, le chili con carne. Mmmh, les curries.

Sauf que c’est bien joli de faire vivre des expériences extrême à la Haroun Tazieff à son palais, mais faudrait voir à boire un coup avec.

Là, on se trouve devant un vrai cas de conscience. Le plat qui pique, celui qui t’incendie la bouche, il fait rarement ami-ami avec le pinard. Parce que tes papilles, ces petits machins sensibles sont déjà occupées à batailler ferme pour ne pas disparaitre totalement sous le feu. Accepte la cruelle vérité: si tu veux vraiment manger très épicé, il va falloir boire autre chose que du vin. Moi, j’ai tendance à la bière légère. Note-le bien, je n’en bois pour ainsi dire jamais. Mais c’est une des seules alternatives (à part évidemment l’H2O) qui vaille: ça rafraichit, ce n’est pas très complexe donc tu n’as pas l’impression culpabilisante de gâcher.

Faut bien se dire qu’on boit aussi du vin avec son cerveau: on projette déjà avant de le boire ce qu’on en attend, on se l’imagine. C’est pour ça-entre autres- que passer un vin au blender nous fait hérisser les poils, et que voir des bouchons à vis sur des pinards fait grincer les dents de quelques uns. Mais je digresse.

L’épice trop forte te bousille le palais, donc c’est un peu dommage de servir un joli vin, bien fait avec. Tu n’en goûteras pas la moitié, ton pauvre vin sera trucidé, annihilé, dispersé façon puzzle (ou bien, tu peux boire du Tarriquet, ça c’est presque un acte militant là,  hinhin. ).

MAIS, puisque bon, on n’est pas sur la PinardotheK pour rigoler, je vais quand même te proposer une solution miracle pour boire du vin, et l’apprécier.

Tinininininin.

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Mets.

Moins.

D’épices.

Hé oui, tout bête mais il fallait y penser. Comme dirait Francis, c’est une question d’équilibre.

A partir du moment où tu as en bouche des saveurs intenses, oui, mais pas omniprésentes et qui pratiqueraient la politique de la langue brûlée, c’est gagné yes we did it selon une autre philosophe du 21eme siècle.

Là, tu peux te permettre le pinard.

Évite s’il-te-plait les rouges marinés dans le bois et tanniques à mort. Tu risques de leur faire faire un combat de boxe dont ils ne sont pas sûrs de sortir vainqueurs.  Si tu aimes le rouge, ce que je peux comprendre, à fortiori quand tu manges un chili, prends le plutôt dans les légers sans trop de tanin. Ne veut pas dire sans caractère!  Le tanin c’est un peu les seins d’une femme: quand y en a, qu’ils sont fermes et bien faits ça fait plaisir, mais on prend autant son pied (différemment, okay) quand il y en a moins. Je te jure (on m’a raconté).

Parenthèse semi-culturelle: ce n’est pas complètement par hasard si le pinot noir alsacien est un must absolu des restos asiat’: léger, peu tannique, parfumé il sert d’accord ambivalent à presque toutes les cuisines dites exotiques, parce qu’il ne prend jamais le pas sur aucune saveur, et que servi un peu frais, il calme le palais.

Me fait pas dire ce que j’ai pas écrit: tu n’es pas condamné à boire que du pinot noir alsacien quand tu vas au resto chinois, hein. J’espère bien même que tu seras un peu plus curieux/ aventureux que ça (prends quand même un maalox en poche, on sait jamais).

Pour les rouges topissimement canailles, tu peux faire ton marché dans plein de régions: Loire et consorts,  les jolis vins d’Auvergne, les beaujolais… Un seul impératif: vin de plaisir décomplexé et pas trop complexe.

Et les blancs, le monde des blancs s’ouvre à toi.

Selon les épices, et la façon dont ton plat est construit tu peux les choisir franchement exotiques, carrément minéraux, plus classiquement fruité (erreur que j’entends trop souvent « fruité » ne veut pas dire sucré, juste que ça a un goût de fruit, hé oui).

Exemple: ton plat contient de l’ananas, et du lait de coco. Pourquoi tu n’irais pas vers un jurançon sec, ou un pacherenc-de-vic-bilh? (toujours sec, évidemment).

Autre exemple avec le curry vert qui a une saveur acidulée autant qu’épicée moi j’irai vers un sauvignon bien fait, comme un reuilly (ou avec un peu plus de budget, un sancerre).

En fait, le vrai secret de l’accord il est là: toujours chercher l’équilibre, pour que les saveurs se répondent, en sachant que même en diminuant les doses d’épices, on perdra de toutes façons quelques arômes du vin en route, les plus subtils.

Il sera toujours temps de sortir de grands vins à Noël, en attendant on peut boire des jus bons, honnêtes et simples.

Pour clore le billet, et puisque j’en parlais voilà un beau, très beau sancerre bu dernièrement. Pas un jeunot; puisqu’il a déjà 5 ans. Est-ce son âge de raison? J’en sais rien, mais ce qu’il a perdu en tonicité et en rentre-dedans des premières années, il l’a gagné en rondeur, en bouche suave entre le coing, la rhubarbe et un côté un poil cireux (pas celui de l’esthéticienne, hein).  Chouette match avec des sushis (makis au thon épicé, si tu veux tout savoir).chav

PS: Ce billet est truffé de liens, amuse-toi à les ouvrir tous (c’est un peu mon calendrier de l’avent à moi: CADEAU).

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3 réflexions sur “Epice, épice, épice et moi*

  1. La bière légère AUSSI ça se boit avec son cerveau 😉
    J’aime bien le Chénas avec l’asiat / le piment en général, effectivement. Mais on en trouve beaucoup trop rarement à la carte. S’il y a ça ou un bon Bourgueil (i.e. servi à la bonne température), ça me parle bien en général.

  2. Té, je mets doucement à jour de mes lectures, merci pour le lien !! Alors t’as craqué, tu nous as finalement fait la version « Noël version hot spicy » !!

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