Idéalakon #2: Le vin nature, des sensations pures*

Born to be wild

*par avance mes excuses, ce billet est un peu long, je sais que ça va vous bouffer au moins 7 minutes de temps de lecture.

Ne reculant devant aucun sacrifice, je me replonge dans le réservoir des idées reçues et toutes faites sur le monde du pinard. Aujourd’hui, au menu: les vins natures.

A ma droite les aficionados défenseurs du vin nature, libre, nu. A ma gauche, les pourfendeurs de ces vins déviants, tarés,  n’en jetez plus la cour est pleine et les odeurs de bouses de vaches seront bien gardées. La guerre des Anciens et des Modernes à côté?  De la petite bière. Les Horaces contre les Curiaces? Des peccadilles.

Et au milieu nonobstant la rivière qui y coule: moi.

Voilà.

J’arbore mon sourire de bonze tibétain et je regarde passer la caravane.

Pour une fois que j’ai une réaction pondérée face à quelque chose, je mérite bien quelques auto-applaudissements, non?

Clap Clap.

Reprise des hostilités.

Petite définition: d’abord vin nature ne veut pas dire forcément SANS soufre. Les doses autorisées y sont bien moindres qu’en vinif conventionnelle, mais il peut y en avoir. Ou pas. Logiquement, les raisins sont cultivés en bio, la vendange est manuelle, et l’ajout de produit chimique interdit. Ça, c’est la philosophie générale: après chaque vigneron adapte selon ses convictions et sa façon de bosser. Dans l’absolu, ça parait franchement idéal, puisque ce qu’on cherche avant tout à préserver et à mettre en avant c’est le raisin. Ce que d’aucuns oublient parfois en « non nature » en faisant mariner le jus à peine fermenté dans la planche, extrayant comme des malades pour avoir du vin « qui se tienne » (comme la cuiller qui tient elle aussi toute seule dedans tellement le machin est épais). Bref, c’est le retour à un vin qui se boit. Qui se célèbre, qui se respecte et se bouscule pourquoi pas.

drink

Merci Antonin

Ce sont des vins plus fragiles, plus délicats (pour un tas de raison: transports et conservation à température stable et fraiche obligatoire, plus grande pédagogie quand il s’agit d’expliquer ce qu’ils sont au juste).

Idée reçue n°1: les vins natures c’est pas bon.

Si vous avez droit à un seul mot pour décrire vin nature, lequel choisissez vous ? ai-je lancé, un peu au hasard sur facebook. Et j’ai eu droit à tout: nu, sensuel, libre, caractériel, déviant, bousculant, improbable, ludique, entier, buvable, amour, aphrodisiaque, bandaison, concept, à poil, propre, vivant, normal. Cougar aussi (mais erreur de lecture, la demoiselle avait lu « mature »).

Au milieu de la foule déchainée, ces deux commentaires:

Un vin nature est aussi déviant qu’un vin conventionnel est formaté. Vive la déviance et à bas le formatage. C’est juste bon pour les supports informatiques!

Olif

Cocasse (c’est bon ou pas, y en a de tout poil, mais qu’il sente, par exemple, le bouc mal lavé ou le soyeux tout propre, on assiste à un concert de gloussements extasiés parce que personne n’a jamais le droit de critiquer, et qu’un goût dégueu n’est qu’un « arôme déviant que seuls les initiés savent apprécier comme il se doit »). Cocasse, donc.

Isabelle C.

Voilà. Et donc, on n’est pas beaucoup plus avancés. Entre les pro-pour-partisans-à-donf et les mouif-bof-ça-pue, il semblerait bien qu’il existe une sorte de vide ouaté au milieu.

Dire que tout est bon serait malhonnête (et il en va ainsi de toutes les productions artisanales, y a des miraculeuses et des à jeter, et un bon paquet de moyennes choses). Dire que tout est dégueulasse, à part pour faire de la provoc’ serait injuste aussi.

Est-ce que c’est meilleur ou pas? Doit-on lapider ceux qui n’en font pas? Considérer les vignerons natures comme des modeux branchouilles qui surfent sur une vague modeste mais porteuse?

Tant de questions, et si peu de Raiponce (oh, ça va, hein).

Idée reçue 2: le vin nature, ça pue.

Si seulement c’était si simple (soupir). La plupart du temps, ils ne sentent pas mauvais (ouf) et même bon (re-ouf). Je sais, c’est foufou. N’en déplaise à certains, les natures peuvent avoir des nez qui donnent envie de plonger dedans et de se rouler nue dans l’herbe avec des fleurs dans les cheveux en écoutant Sigur Ros, et… mais je digresse.

Parfois, aïe les naseaux…

Ça schlingue, ça pue, c’est pas agréable.

Comme peuvent puer aussi certains vins tout à fait conventionnels, faudrait pas oublier de le dire, la plupart du temps quand ils présentent un défaut. Et des vins à défaut, on en trouve de tous les bords. Oxydation (qui n’est pas l’oxydatif), madérisation, bouchon, piqure acétique.

MAIS attention, parfois certains arômes  « désagréables » ne sont pourtant pas des défauts: quand il s’agit de réduction, c’est un processus naturel. C’est même bon signe: le vin vit ! Par ailleurs, les brettanomyces (des vilaines levures qui font sentir le vestiaire d’après-match musclé) divisent. Certains les apprécient à petites doses et sous certaines conditions. D’autres les vouent aux gémonies. Question d’appréciation personnelle, peut-être? Je déteste le cassis, qui est pourtant un arôme traditionnel des vins dits « classiques ». Il est utile de rappeler que le goût de l’un n’est pas celui de l’autre, lire à ce sujet cet excellent billet. 

Idée reçue 3: La réduction c’est parce que c’est un vin nature:

Ben non. La réduction on la trouve aussi dans des vins pas natures, c’est juste une phase du vin qui « proteste » parce qu’enfermé dans la bouteille. En général, les arômes de réduction (le chien mouillé, le faisan qui pète, la fougère mal lavée, le sperme de lièvre, l’haleine de bouc) disparaissent après une vigoureuse oxygénation.Si ça ne part pas, c’est que c’est sûrement pas de la réduc’.

Sperme de lièvre sur google images. Voilà.

Idée reçue 4: Écurie = goût de terroir:

Ça rejoint un peu ce que je disais sur la réduction, plus haut: les arômes de ferme, d’étable, d’écurie, ou de chambre de Sofitel après passage de DSK ne sont en général vraisemblablement que des arômes de réduction, qui disparaitront après carafage. Qu’on trouve des arômes inattendus, plus intenses, et auxquels on prend plaisir, okay. A partir du moment où ça devient désagréable pour soi, faut dire stop. Sauf si l’on est masochiste patenté. On sort souvent des cadres bien propres des arômes « classiques » avec les vins natures, après chacun voit midi à sa porte.

Ceci posé, laissons s’exprimer les gens qui en font, qui en vivent ou en boivent. J’ai dans l’idée que quelqu’un qui a l’expérience des choses en parle mieux. Un amateur éclairé (à la bougie)  et une vigneronne à qui j’ai posé des questions et qui ont gentiment joué le jeu, go !

Yann (@shalf ) n’en vit pas, son milieu pro en est assez éloigné. C’est un « touito beaucoup trop (bon) vivant » d’après ce qu’il dit lui-même. En tous cas, il cause pas mal de vins sur son fil twitter (donc il m’est forcément sympathique).

shalf

C’est quoi selon toi le vin nature, en quoi est-ce différent d’un autre vin?

Vinification naturelle, donc sans ajout ou le minimum pour faire du vin et pas de l’eau de vaisselle.
Si en plus on peut faire ça avec du raisin moins chargé que les porcs bretons de ma petite enfance, je ne dis pas non (trad. : raisin bio de fait, ranafout des labels et autres signes de la connerie des temps, qui font passer du temps derrière un bureau à un vigneron à remplir des paperasses de daube. Je le préfère à flanc de coteau avec un sécateur et des ceps sous les doigts).
Normalement c’est le moment où il faut placer « non filtré, non collé » pour faire le mariole, mais on n’est pas là pour rigoler : je n’ai jamais su ce que ça veut vraiment dire (pardon Jérôme, j’écoutais, et puis paf, la 5e quille d’affilée).

La différence, c’est le goût du putain de fruit. L’odeur de champignon planqué. Le côté canaille mais avec un panache tout gascon ou béarnais (pardon amis languedociens et sud-américains, je m’égare. Mais le cadurcien c’est la vie, bordel). J’aime le vin fuxéen dans l’âme et bourguignon de cœur. C’est tout sauf francilien, le vin qui fait du bien, ça raconte autre chose qu’une dynastie. On peut faire une exception pour les Angevins, mais n’en faisons pas une habitude.
Pour moi, le bon vin est une conséquence logique et raisonnée de l’histoire d’un territoire et de l’honneur de ses habitants.
Mais je sens qu’on perd du monde, au fond. A boire, tudieu ! C’est un vin social, une expérience de zincs et d’endroits particuliers, d’odeurs et de lumières avant même le verre ou la boutanche. Plus que d’autres produits, ça demande un écrin de dégustation. Et pour les outils, un verre sans prétention mais efficace, qui tombe bien dans la main et le nez. Et un Erlennmeyer, c’est important

Est ce que tu en consommes? De préférence à d’autres?

Devine.

Si tu devais élire UN nature parmi ceux que tu as goûté, tu retiendrais quoi?
« Le vin des Amis ». (NDLR: qu’on peut retrouver ici, croqué de magistrale et musicale façon par l’excellent Bicéphale. Lui aussi grand buveur de natures, d’ailleurs, en passant)

photo du Bicéphale him-self Quel talent, quel sens de l’objectif (j’en fais trop? Okay)

Puisque tu es en Suisse, c’est comment là bas à ce sujet? On est open ou pas?
Beaucoup trop confidentiel. Faudrait parler du cas particulier des vignobles suisses (leurs taille et situation géographique surtout) et de la qualité induite, qui rend moins primordiale la recherche de vins spécifiquement nature pour se faire quand même plaisir dans le verre. Une recherche web sur « Lavaux » devrait suffire.

Est-ce que c’est plus important pour toi de te faire conseiller en vin nature plus encore qu’en vin « traditionnel »?

Oui. Surtout parce que je suis un dingue d’histoires. Un grand enfant avec du pinard dans mon biberon. J’aime qu’on me raconte le vin.

Sans transition, Isabelle est donc une vigneronne « nature ».

548862_4212101874375_68272388_n Une drôle de cocotte. Enfin, je vous dis ça, j’en sais pas grand chose puisque je n’ai pas encore rencontré physiquement l’oiseau. Mais ses coups de cœur, ses imprécations, son enthousiasme sur Facebook ou sur son blog puent une seule chose: la sincérité. En outre j’ai goûté dans mon coin (coin) l’une ou l’autre de ses cuvées et c’est plutôt pas mal du tout (très joli Poquelin, au passage).  Du coup, hop, on la laisse causer:

D’abord, est-ce que tu peux définir le vin nature, en quoi est-ce différent d’un autre vin?  Est-ce que vin nature veut forcément dire « vin sans soufre »?

Le vin nature c’est un vin tel qu’il est, sans maquillage. Il est élaboré à partir de raisins uniquement, rien d’autre. on n’essaye pas de camoufler les faiblesses d’un millésime et c’est ce qui fait que tous les millésimes sont différents.

Pour moi un vin nature c’est un vin sans soufre mais pas que. Ça concerne aussi tous les d’additifs œnologiques que l’on peut utiliser en vinification et à la mise en bouteilles et c’est surtout un vin qui n’est pas filtré. Evidemment, c’est ma définition à moi.

Bois tu d’autres vins que les natures, et si non, pourquoi?

Je ne bois pas d’autres vins que des vins natures. Parce que c’est mon goût! Je n’aimais pas le vins avant de connaître les vins natures que j’ai d’ailleurs découvert chez nous!

Au chai, ton travail est différent en nature, mais à la vigne?

La culture est forcément bio. C’est une évidence! C’est contradictoire de dire qu’un vin est nature juste parce qu’il n’a pas de soufre alors qu’il a été élaboré avec des raisins élevés à la chimie.

Est-ce que le vin nature est un vin de bobo ou s’adresse-t’-il à tous?

Quand on fait du vin nature, on voudrait qu’il soit à la portée de tout le monde. Mais il faut être réaliste, ça ne l’est pas… Peut être parce qu’on demande trop de remise en question. et qu’il faut avoir un esprit assez ouvert pour le faire. Par exemple c’est assez facile d’expliquer et de faire aimer des vins natures à des jeunes qui n’ont pas de culture du vin. Ils sont ouverts et prêts à le recevoir. Du coup ils apprécient sans a priori. Pourtant, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit: on ne fait pas abstraction des appellations. Ce sont plutôt les appellations qui font abstraction du vin nature!

Je reconnais que j’ai du mal à comprendre ceux qui s’acharnent sur les vins natures. Quelquefois quand je fais goûter un vin, on me dit « ah oui, ça c’est pas pour tout le monde, faudra l’expliquer ». Je me demande ce qu’il y a à expliquer, ça se boit tout seul, y a rien à comprendre!

C’est pour ça que je dis toujours que c’est tellement subjectif. Ce qui me semble évident à moi ne l’est pas pour d’autres. Pour moi la majorité des vins conventionnels sont vides et sans âme. Et là faut qu’on m’explique pourquoi?

Le vin, c’est culturel et chacun est persuadé de s’y connaître mieux que l’autre. Moi je n’y connais rien. J’aime ou je n’aime pas.

Je veux être à la portée de tous quand je fais goûter mes vins.

e89ab31cda8011e1ab4c22000a1e8b83_7 On n’a pas de complexe à avoir devant un professionnel du vin. Je connais nos vins par cœur parce que je les ai vu grandir à la vigne et à la cave. Mais je ne connais rien aux vins des autres vignerons. On n’a pas de conseils à donner et surtout pas à recevoir.

Il faut savoir rester humble. Quand on travaille sans filet, c’est difficile. Il faut avoir confiance en soi. Faire abstraction de tout ce qu’on peut entendre des fois. et ça peut marcher!

Et ces vins natures réputés « puer » alors?

Je sais que certaines cuvées peuvent sentir mauvais à certains moment. Mais si on attend un peu on aura des vins magnifiques. Alors ça me fait doucement rire quand je les entends dire que les vins natures sentent le cul! D’abord, tous les culs ne sentent pas mauvais et ensuite il faut aussi savoir y revenir. Savoir admettre que l’on s’est peut être trompé et qu’on a ouvert la bouteille beaucoup trop tôt… Mes Saint Véran 2009 étaient super difficiles après la mise. un an après c’était top et 2 ans après c’était de la bombe!

Mais si on est intransigeant, c’est certain qu’on ne sera jamais déçu d’un vin pas nature (je ne sais pas comment les appeler!). Pas surpris, mais pas déçu… Pas émerveillé… mais pas déçu. Je veux prendre le risque d’être déçue pour avoir le bonheur d’être émerveillée quelquefois.

(on peut compléter avec  l’interview de Bruno)

Et moi dans tout ça, qu’est-ce que j’en pense vraiment dans de dedans de mon moi-même oenophile?

(oui, c’est MON blog, j’ai le droit de vous asséner mon avis totalitairement).

Pour en avoir goûté un paquet, déjà, peut-être pas autant que certains, il est vrai que j’y ai trouvé souvent beaucoup de plaisir. Parfois des déceptions, sur le même pinard, à une semaine d’intervalle. Voilà, c’est peut-être parfois le problème des natures, ils sont un poil schizophrènes. Ils sont vivants, donc plus encore que pour d’autres on doit tenir compte de leurs humeurs. Autant on peut se retrouver devant des bombes sensuelles, monstres orgasmiques, vivants et autant quand ça ne marche pas, ça ne marche pas du tout.

Nature, avec du poil et prometteur (ben quoi?)

Caractériels, a dit un facebookien. Dieu sait que j’aime les gens/les vins qui ont de la gueule, quitte à ce qu’elle soit un peu cassée.  Je suis bien consciente qu’ils ne sont pas parfaits, c’est ce qui en fait toute la dimension.

Ce que j’en retiens, surtout, c’est que l’année dernière (2012, hé oui, tu es déjà si loin ma grande), j’ai eu deux coup de cœur absolus en blanc. Seulement deux, sur un an de dégustation, au rythme où ça défile, c’est assez peu. Mais attention, je parle ici de grosses baffes dans la tronche, de ceux que tu siffles l’air béat et qui te restent encore en bouche deux heures après.

Un nature, dont j’ai parlé ici qui m’avait complètement retourné. L’autre qui ne m’avait pas moins chamboulé n’est pas un nature. C’est un suisse. J’en parle là.

C’est la preuve que le nature n’est pas qu’un machin à glouglou, et peut aussi être un énorme vecteur émotionnel, je crois à ça plus encore qu’au reste; un grand vin, c’est un vin qui te parle, qui te touche et dont tu gardes bien longtemps après un souvenir nostalgique.

Tous les goûts sont dans le nature donc. Du grandiose à l’exécrable, en passant par le nettement oubliable et le moyen. Faut les explorer, sans cesse. Sans oublier les autres. Pour ne pas être enfermée dans un seul point de vue et parce que plus que tout, ce qui compte c’est d’être bouleversé par un vin, au delà de son genre et de son étiquette.

Même si d’entrée ça paie pas de mine, qu’il a une tronche pas possible, qu’il est court sur pattes et bizarrement réparti pileusement, hein Prince?

Publicités

8 réflexions sur “Idéalakon #2: Le vin nature, des sensations pures*

  1. Tu l’as dit, c’est vraiment une question de culture (vinique) et d’années de dégustations derrière soi …. Moins on en a, plus on est arrivé dans le vin sans aucune expérience, plus on peut prendre des défauts de vinification pour des qualités, voire des audaces. Question de génération sans doute, plus que de posture top-machin, ou idéologie con-machin (depuis que les idéologies sont mortes, on s’accroche où on peut) … Quand c’est bon, c-à-d, bien vinifié (je ne parle ni de soufre ni de machin-truc), quand c’est dans le prolongement de la tradition-culture vinique (je veux dire quand on ne cherche pas à faire passer les défauts, les erreurs de vinif, ou les chais crades, pour des nouveautés ou des audaces), le plus souvent j’aime. Idem pour les vins « dénaturés » ( j’entends traditionnels) qui pour respecter les règles de vinif, sont souvent pas bons, passe que ci, passe que ça (j’vais pas y passer dix plombes, instruisez vous) …
    En clair comme en clair-obscur comme disait un peintre on ne peut plus vieux, fils puis père de la tradition picturale, apprends à tenir un pinceau, étudie l’histoire de l’art. Et seulement après cause. Et rien ne m’horripile plus que les gommeux qui donnent des leçons aux vignerons … Bon , j’cause plus, ça me gave.

  2. Pingback: Vins naturels, je vous aime. Des fois. | Oenos

  3. Petit recul historique : au départ (ça a commencé il y a 5-6000 ans) était le vin nature, vin aigre, vinaigre. Non, non, ce n’est pas juste une méchanterie, c’est même relaté dans un best seller d’époque :  » Après cela, Jésus, qui savait que tout était déjà consommé, dit, afin que l’Écriture fût accomplie: J’ai soif. Il y avait là un vase plein de vinaigre. Les soldats en remplirent une éponge, et, l’ayant fixée à une branche d’hysope, ils l’approchèrent de sa bouche. Quand Jésus eut pris le vinaigre, il dit: Tout est accompli. Et, baissant la tête, il rendit l’esprit.  » (évangile selon St Jean). Dans d’autres récits (évangiles apocryphes), le vinaigre provient de la gourde d’un centurion. Ce que relatent ces différents textes, c’est qu’il était courant, et même normal, que le vin se transforme en vinaigre et qu’on continuait à le boire, dilué avec de l’eau. On a mis longtemps avant de parvenir à conserver le vin, on a essayé pas mal de procédés (de la résine autour des amphores, puis dans les amphores, …). Puis, au moyen âge, est arrivé … le grand mêchant souffre. En mêchant les fûts, miracle, le vin restait vin.
    Je n’ai nulle intention de faire l’apologie du SO2, dont il est clair qu’il a des effets toxiques et qu’il faut le limiter au maximum, mais j’ai du mal avec la notion même de vin naturel. Depuis le moyen âge, on a certes progressé, et on est maintenant capable de conserver du vin en l’état sans souffre. Quelque temps. Car ce qu’on ne dit pas lorsqu’on fait leur éloge, c’est que les vins sans aucun ajout de souffre ne sont pas des vins de garde. Et qu’ils ont demandé un suivi particulièrement poussé. Ils ne sont pas le simple fruit de la nature mais celui de l’homme (ou de la femme, bien entendu). Que ça déplaise ou non, le vin, ce divin nectar qui fut et reste tant chanté, est soit un produit éphémère soit le résultat d’une intervention humaine ayant pour effet d’interrompre la transformation naturelle du jus de raisin en vinaigre.
    Alors buvons, selon nos goûts, des vins comme ci ou comme ça, mais pitié, arrêtons avec cette notion de vins natures, c’est un contresens, en plus d’une insulte contre pas mal de vins capable d’émouvoir une bonne partie de l’humanité malgré l’usage de SO2 et autres turpitudes.

  4. Bon, c cool, maintenant que le tour de la question est largement fait sur la bobosphère, c’est à dire que vu que le cas du gros 1% de la production hexagonale de vins dits Natures ou Naturels et de ses – allez – 20% de vins qui puent (vous laisse faire le calcul hein) a été suffisamment exploité on va maintenant pouvoir s’occuper des 80% de vins de qualité déficiente produits par les autres (restons sobre). On se réjouit, non??

  5. (Préambule : ceci est plus une réponse à certains commentaires qu’à l’article avec lequel je suis quand même fort d’accord)

    C’est admirable quand même le nombre de remarques qu’on peut trouver un peu partout qui, sous couvert respectable de « chacun boit ce qu’il veut l’important c’est de bien aimer », s’enrichissent d’une litanie de « vin de bobos », « ça pue », « c’est du boulot d’amateurs », « C’est juste du mauvais vin », « c’est vert », « ça refermente en bouteille donc c’est pas du vin », « les gens qui boivent ça n’y connaissent rien, et j’en passe.
    Et tout à coup, parce que certains papes du vins frââânçais, ont découvert que des gens buvaient autre chose que ce qu’on leur disait de boire, que ces cuistres osaient aller chercher des vins qui ne rentraient pas dans une AOC et que ces ignares ont eu le malheur de trouver ça bon alors c’est la guerre. On tape sur le vin nature (ou naturel) ou le voue aux pires tourments de l’enfer, on l’affuble de tous les sobriquets possibles et inimaginables.

    Je viens d’une famille belge (ça c’est pour qu’on puisse me dire tout de suite que je n’y connais rien, par définition), mais j’ai la chance d’avoir un oncle vigneron dans le beaujolais (deuxième occasion de me dire que je n’y connais rien en vin, le beaujolais c’est mauvais tout le monde sait ça). Et pour avoir passé tous mes étés dans un domaine de Côte de Brouilly, récompensé un certain nombre de fois à Paris et à Macon (oui oui ça veut rien dire, j’y connais rien) j’ai quand même une certaine culture du vin. Entendons-nous, je ne suis qu’un amateur, éclairé peut-être mais amateur, mais qui a vu pendant des années ce qu’on pouvait foutre comme produit sur une vigne qui terminaient bleues après sulphatage, et j’ai quand même une vague idée de ce qu’on met dans une cuve. Qu’on vienne me dire au nom de « oui mais on a fait comme ça pendant longtemps » que c’est super et que faire du vin c’est ça, tiens autant debout que de me dire que faire du vin naturel c’est le faire comme avant l’industrialisation. Les 2 sont aussi faux l’un que l’autre.

    La première fois que j’ai goûté du vin naturel, mon palais peu habitué à eu du mal sur les premières gorgées (les premiers verres), et oui mon commentaire était un vaillant et audacieux : « c’est spécial ». Est-ce que j’ai eu le coup de foudre ? Non pas du tout. Est-ce que j’y suis revenu, oui et mille fois oui. Parce que j’ai eu la chance d’avoir de bons « profs » : un amoureux au palais bien dessiné, un caviste aux idées aussi larges que son sourire épaulé par un cuistot aussi fin dans sa cuisine qu’il est large d’épaule, bref un ensemble de bonnes conditions pour découvrir et apprendre.

    Le voilà le mot important : apprendre. Le vin naturel c’est comme quand t’as conduit toute ta vie à droite et que tu t’installes en Australie : tu sais comment ça marche, tu vois le principe, c’est pareil … mais en fait non.
    Alors je comprends qua ça fasse mal à certains et que remettre en cause ses notions de base sur un sujet ou il faut bien l’avouer, on aime bien se la raconter, c’est pas toujours facile. Mais oui il faut un peu remettre ses préjugés dans sa poche et repartir un peu de zéro, et non ce n’est pas sale.
    Je revois ces gens à qui j’ai fait goûter du vin d’une appellation qu’ils connaissent comme leur poche et que me disent à la première gorgée « Et mais c’est pas du [insérer votre nom de vin ici] ! », et qui à la deuxième, une fois la surprise passée me gratifient d’un « Hé mais c’est super bon ce truc là ». La première fois que j’ai goûté un Brouilly nature j’ai rien compris non plus et pourtant j’ai été élevé à ça, est-ce que ça en fait un mauvais vin ? Fichtre non !

    A choisir maintenant, je pars plus facilement sur un vin nature que sur un vin classique parce que j’ai envie de découverte, de surprise, parce que moi (j’ai dit moi) une AOC bien proprette ou la différence entre 2 vins est repérable par 10 personnes en France ça ne m’intéresse pas, parce que la plupart des vignerons dont j’ai pu boire du vin ou que j’ai pu rencontrer sont des passionnés, des mordus, de grands malades qui ont décidé de casser des codes pour faire le vin qu’ils avaient envie de faire (Punk vigneron is not dead), et surtout parce que les vins que j’ai bu et qui ont mis la plus grosse claque à mes papilles sont des vins naturels. Merci au passage à Jean-François Coutelou que je n’ai jamais vu autre part que dans mon (mes) verre(s). J’entends arriver le « ha mais tu n’as jamais bu un [tel château], [tel cépage], [telle cuvée très vieille] … en fait si, pas 4000 mais j’en ai bu et bien sur ce sont des vins formidables mais de un on va pas en boire tous les jours, de deux je ne suis pas sur que les mêmes domaines soient capables de refaire la même chose à l’heure actuelle, de trois on ne peut pas d’un côté dire que le vin naturel est trop petit pour être pris en compte et de l’autre justifier toute la production traditionnelle par quelques immenses grands crus de luxe.

    Ne me faites ceci dit pas dire ce que je n’ai pas dit : non je ne dis pas qu’hors vin naturel il n’est rien de bon, non je ne dis pas que je ne bois plus jamais rien d’autre. Par contre je dis que résumer le vin naturel à un effet de mode bobo sur du vin qui pue, identique à cette tendance des bobos parisiens à fréquenter des PMU pourris, c’est au mieux du snobisme mal placé, au pire de l’ignorance et le plus souvent simplement être un poil réfractaire au changement.

    Je n’ai au final qu’un conseil aux septiques : trouvez-vous un ami qui sait vous indiquer quelques vins à goûter et laissez faire vos yeux, votre nez, vos papilles. En règle générale ils sont plus doués que nos préjugés pour savoir si quelque chose est bon ou pas.

  6. Super article 🙂
    Je dirai aussi que lorsqu on tombe dedans Vigneron ou client on veut plus en sortiron decouvre tellement de belle surprise 🙂
    Et d ailleurs trop contente que notre cuvee Nature a gagné au concours international Lyon 🙂 J en dirai pas plus les autres concours ou nos vins ne sont pas arrivés à la tablende dégust 🙂 …..
    Au plaisir de …..
    Cécile

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s