Les sensations pures, la dégust’ *

des vins nu(e)s

*ha ben oui, fallait.

Sans faire du tout exprès, puisque je fixe les thèmes des dégustations en général en août, la dégustation de ce mois collait parfaitement à l’actu. Et oui, c’est ça être à la pointe, mes enfants.

Vins natures, vins purs, vins sans soufre (ajouté, ne chipotons pas) ou très peu, vin tarés… Voilà une bonne façon de ponctuer le débat qui déchaine la blogosphère vineuse depuis maintenant une bonne semaine. La meilleure peut-être. On aura beau ergoter sans cesse sur la qualité ou non, et la pertinence ou non d’utiliser du soufre ou de s’en passer, la vérité est dans le verre.

Sept vins programmés, sept vins pour essayer de se faire un avis. Deux blancs, plus un et quatre rouges, parce que tel est mon bon plaisir (faut bien des avantages à mon métier si compliqué, hein).

nature

les déviants alignés

Pour ceux qui l’auraient loupé petit point sur le soufre, ici. Et gros point sur les vins natures là avec de la vigneronne enthousiaste dedans.

Premier vin jeté en pâture à mes douze dégustateurs (c’était beau, on aurait dit la Cène): un hautes-côtes-de-beaune blanc 2009, domaine Naudin-Ferrand.

Le nez explosif en poire très mûre fait déjà sourire certains. Ben OUF! Ca sent pas mauvais, ça sent même très très bon. La poire est bien vite enveloppée d’un côté beurré toasté très gourmand, voile de fumée par-dessus et hop là. En bouche, la poire est toujours là, mais elle est beaucoup moins opulente: plus fraiche que le nez ne laissait présager, il y a encore un peu de traces de bois mais on sait que tout ça sera bien vite fondu. Pour une entrée en matière, c’est réussi. Gourmand, et classe à la fois, pas vulgaire pour un sou.

Deuxième vin: comment passer à côté de Ganevat? Le plus difficile étant de choisir une cuvée, finalement j’ai opté pour les Chamois du Paradis 2010. Des chamois un peu timides au départ, craintifs, qui se sont ouverts petit à petit. Ah, ça gambadait après, avec du fruit qui claque, de la fraicheur. Moins démonstratif que le hautes-côtes, plus discret mais pas moins gourmand. A revoir dans quelques temps, parce qu’on sent un très joli potentiel…IMAG6794

Carafé à cause du gaz présent et d’un peu de réduction, le poulsard des gruyères du domaine Cavarodes 2010 a une couleur qui fait pousser des oh interloqués aux dégustateurs. Bah, oui, c’est du poulsard… C’est jamais rubis, le poulsard. Au nez, la cerise acidulée est confirmée, y a un poil d’épices qui vont bien, ça titille et ça rend nerveux: même si la couleur est pas engageante, on y ficherait bien les lèvres. Go…

Cerise, toujours, le poivre en catimini, juste histoire de rehausser la douceur du fruit. Ce qui prime c’est l’élégance et la suavité: ça coule tout seul. Bien sûr, ce n’est pas très long, mais c’est le genre de bouteilles sur lesquelles on ne se pose pas montagne de questions: on la boit, c’est tout. Parce que c’est joli, bon, et que ça donne soif. Encore.

Discussion faisant, on parle des étiquettes. Celles des natures sont souvent un peu hors norme, provoc, marrantes, bousculantes. On n’y a pas eu droit jusque là, et puis arrive le Chateau Gonflable Grand Q glacé de Cyril et Florian Alonso.

IMAG6793

Pour ne pas qu’ils se marrent en goûtant (ce qui est périlleux, une gorgée de vin avalée de travers et bardaf c’est l’embardée) je ne leur dis pas ce que je sers.

Oh, ça sent la fraise.

Et la framboise.

Ouais, la fraise.

Ça sent rudement bon, dis donc.

En voilà un tout gonflé de plaisir, c’est clair. La bouche est toute pleine de bonnes intentions, c’est fluide, poli, funky, la fraise et la framboise jouent de concert, ça fait des impros, et ça grimpe. Tout le monde a la banane (clin d’œil) : voilà un vin qui soude et qui fait parler. Unanimité enthousiaste sous vos applaudissements.

Le suivant est beaucoup moins plaisant au nez. Un peu fermé, quelques nuances viandeuses qui disparaissent à l’aération pour faire naitre de la réglisse. Voilà aussi ce qui fait le mystère (et la beauté) des « sans soufre », ça vit, ça bouge et d’une dégust’ à l’autre le profil peut-être un peu différent. Je l’avais goûté pour Eva, et là le nez était incroyable. Comme quoi…

Il n’empêche qu’en bouche, je le retrouve mon cowboy de carignan. De la matière, c’est pas un jus de fillette, de la richesse mais compensée par un bel acide final, de l’équilibre pur. Du miam pour ceux qui ont un bel appétit. Ce vin-là, c’est du genre à appeler la côte de bœuf sans crier gare. Electron libre, Pourboire nature, domaine Sainte Croix.

On s’évade vers le sud-ouest, pour un vin que je carafe illico. Parce qu’avec un poil d’oxygène, le nez s’ouvre: viande crue, glisse une demoiselle. Myrtille, souffle un autre. Un mélange entre un côté un peu animal (mais de celui qui frappe à la porte avant d’entrer) et du fruit noir concentré. La bouche est très dense, comme la couleur presque noire laissait présager. L’animal a disparu pour ne laisser que du fruit serré, en rang, avec de l’épice, du zan, et un beau paquet de tanins. Mais fins. Jolis. Civilisés.

Sans savoir de quoi il s’agissait, j’entends qu’on chuchote: madiran?

Presque.

On est sur le bon cépage, tannat, et c’est la cuvée Sang Chaud du domaine du Bouscat. Décidément, j’aime beaucoup ce que fait Floréal, aussi bien en blanc qu’en rouge, c’est toujours sensuel, c’est gourmand et jamais simpliste.

On termine (on le croit) sur un petit sucre. Enfin, petit… Y a plus de nonante (90 pour les français) grammes de sucres résiduels dans cette cuvée là, autant dire que ce n’est pas spécialement pour les diabétiques. Le nez est typique: rôti, abricot, miel. Certains reconnaissent la patte botrytis, et ils ont raison. La bouche est très belle, en équilibre autour du sucre avec une acidité franche qui empêche de s’avachir sur les chaises, l’abricot est confit, tendre, on y ajoute un peu de cire pour le poil oxydatif, de l’amande et le compte est bon.

J’aime le ch’nin, de plus en plus quand je goûte ce genre de cuvées: Domaine la Grange aux belles; coteaux-de-l’aubance 2006.

IMAG6797

On vient donc de déguster sept vins tarés. Et aucun ne sentait la mort, le faisan qui pète. Pire, aucun n’était oxydé, ou ne présentait de défaut.

Quoi? On nous aurait menti?

Plus que les guerres de clochers, au-delà du clivage, face à douze dégustateurs (et moi) pas forcément pro-natures ou pro-sanssoufre force est de constater que TOUS les vins ont bien goûté.

Peut-être parce qu’on était dans un jour feuille (selon le calendrier lunaire, jour assez propice pour goûter ces vins dits « fragiles »). Peut-être tout simplement parce qu’ils sont bons.

Juste ça.

Pour en remettre une couche, je sors de mon chapeau une huitième bouteille.

Rouge, sombre. Un nez très champignon, avec même des évasions (fiscales) vers la truffe. Complexe, le pif. En bouche une trame un peu serrée d’abord, qui s’ouvre sur du fruit noir en plein, c’est Mickael Hutchence en plein déhanché sur need u tonight**, sombre, animal un peu juste ce qu’il faut, tentant. Renversant.Bingo pour l’Inverso 2010 du château des Estanilles.

C’est marrant finalement, cette dégust’ c’est celle qui me faisait le plus flipper. Et si les vins boudaient, s’ils faisaient leurs caractériels, si…

Sauf que non.

Probablement c’est une des plus jolies qu’on ait faite dans ce cycle.

On disait qu’on n’ écoutait pas les critiques, et juste son plaisir?

Voilà, on va faire ça.

**si tu n’as pas connu ça, tu es peut-être même trop jeune pour lire ce blog, jeune intrigant! (continue, c’est très bien)

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s