Mozza me, mozza me mucho*

*je chante en Julio si je veux.

Mon amour du fromage me perdra sans doute un jour. Tout comme celui de l’Italie, des vespas et de l’accent chantant d’un beau rital à bouclettes.

L’Italie est la perversion même, l’antre du diable: sinon, comment expliquer que quasiment l’intégralité de qui se trouve sur son sol, bouffe, vins et gens soit un perpétuel appel à la débauche la plus totale? Et puis, Dante. Rien que ça, déjà.

Encore des preuves?

Des tomates juteuses dans lesquelles croquer et au jus qui coule sur le menton.

Le parmigiano salé et puissant qui sarabande sur la langue, les olives charnues et un peu amères qui vous fouettent les papilles.

La pasta fumante, ferme sous la dent, dissidente qui finit par se rendre et le culatello, péché de chair fondante.

Le lardo di colonnata, sa texture, son parfum unique, un pain juste grillé, frotté d’huile d’olive, un peu de sel et c’est le grand luxe.

L’amarone, les nebbiolo, sangiovese, primitivo, velours qui incitent aux caresses. La falanguina, le pinot grigio, le trebbiano, le vermentino qui picotent le palais et enflamment les esprits: ceux-là font naitre de grandes soifs. Celles de longues et chaudes soirées, bourrées de ragazzi à guitares et de demoiselles aux formes appétissantes: on chante, on rit, on séduit et la nuit ne fait que commencer.

Carte postale? Sans doute un peu, oui.

Mais même en n’exagérant pas, l’Italie abrite tellement de merveilles gastronomiques… Parmi elles, la mozzarella. Je ne vais pas en refaire l’historique: Floriana l’a portraitisée bien mieux que moi je ne pourrais le faire.

La mozzarella est déjà un bonheur, à déguster seule, toute douce, blanche, incroyablement tendre. Est-ce que c’est la peine d’en rajouter et de lui coller du pinard?

Non, hein.

Voilà, fin du billet, merci de votre attention.

Je plaisante: même si c’est compliqué, on va tenter de lui trouver un compagnon digne de ce nom, histoire de doubler encore le plaisir. Et là, ce ne sera plus juste grandiose, mais un feu d’artifice orgasmique.

La mozzarella c’est délicat. Ses arômes ne sont jamais d’une puissance furieuse, c’est plutôt la tête qu’on pose sur une poitrine chaude et dont on entend le coeur battre. Calme. Douceur. Volupté. A savourer en silence, ou si l’on parle, tout bas. Si bas.

C’est le lait, aussi. Comme une peau inconnue sous la langue. Fraiche, très légèrement salée, soyeuse.

Il ne faut pas brusquer ce moment là: mieux il faut lui répondre sur le même ton.

Piano.

Pianissimo.

La mozzarella est un prélude: avant la parade des ragù, de la pasta, bien avant les orgies carnées, elle donne le ton.

Piacere.

Lui accoler une bulle? Risqué, peut-être.

Sauf à trouver un vin qui serait comme elle. Pur, intègre. Tendre sans oublier d’avoir du caractère. Racé sans être m’as-tu-vu.

J’en connais un comme ça: et comble d’élégance, quand on saisit la bouteille on a sous les doigts le velours qu’on aura bientôt en bouche. J’ai parlé déjà de l’étiquette, ici, qui parle du vin avant la dégustation. Ici, c’est aussi le cas.

blotCaresser l’étiquette du Triple Zéro de Jacky Blot est le préliminaire parfait. On sait qu’on aura un beau jus: sobre, classe, pas tape-à-l’oeil. Juste du velours. Pur parce qu’on a ici du vrai jus de raisin, sans rien d’autre: pas d’artifice, pas de sucre, ni pour tirer ni pour doser.

La bulle est suffisamment fine et précise pour ne pas brutaliser la principessa, et la bouche suffisamment longue pour l’enrober et lui répondre en même temps.

Moi je l’aime comme ça, la princesse. Sans rien. Toute à moi, à mes papilles, et aux bulles qui la chatouillent.

Pour les pudiques, on peut la prendre in carrozza.

Ça renforce l’intimité, la moiteur, la lumière est tamisée: l’ambiance n’est plus la même. Moins crue, elle s’acoquinerait bien avec la Marfée. Frétillante, rendue, avec ces frissons (d’Ombelle) qui la parcourent tout du long. Roussanne et chardonnay, voilà deux coquins pour dans le vice verser. Recta.

marfée

La photo n’est pas floue: c’est la buée dans le carosse. Hem

C’est curieux: mon premier mouvement n’a pas été de choisir du rital. J’aurais pu, il y a de magnifiques bulles en franciacorta et de tout aussi intéressants blancs. Mais il ne faudrait pas laisser à ces infernaux italiens l’impression qu’il n’y a qu’eux qui soient orgasmiques. Na!

**D’autres choix? En bulles, rester si possible sur de la finesse: champagne, non dosé s’il-vous-plait, et pas trop massif (chardonnay, c’est super), crémants tant qu’ils répondent aux mêmes critères. 

Un rouge est quasi exclu, parce que le lait est trop présent: qui a envie de se retrouver avec une bouche yaourt? Pas moi.

Un blanc, à condition qu’il soit aromatique mais pas trop. Verdicchio dei castelli di jesi, trebbiano (Abruzzo), en italie. Grenache gris, maccabeu en sud de la France.

Toujours le même conseil, on va chez un(e) gentil(le) caviste, on lui explique son cas et on le laisse opérer.

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7 réflexions sur “Mozza me, mozza me mucho*

  1. En fait, ça fait 2h que je lis votre blog. Je comprends pas tout (parce que je n’y connais genre, vraiment RIEN), mais je ris beaucoup. Et ça m’a donné envie de boire (mais ça je n’ai pas attendu de vous connaitre), je veux dire, de BIEN boire.

    Promis je ne rachèterais plus de verres aquariums (mais ça je m’en suis rendue compte quand j’ai galéré à le prendre avec aisance à une seule main), et au prochain « petit verre » à débattre sur Bourdieu *rayures* le Bachelor de NT1 avec mes acolytes étudiant.e.s, j’irais voir un caviste et non plus le Franprix. Dans cette petite bourgade qu’est Paris, je trouverais sûrement un.e caviste sympa qui me trouvera de l’amour en bouteille pour quelques piécettes d’étudiante fauchée. Et au pire, j’arrêterais d’acheter mes bouquins de Bourdieu.
    Alors juste, merci 🙂

      • Avec plaisir, je suis preneuse! S’il y avait des bons plans dans le 13e, vers place d’italie, les Gobelins, ou même jusqu’au 5eme, luxembourg, sorbonne… Tendance Sud-Est quoi 😉
        Bonne continuation!

      • alors tu as en cavistes: Paco Cave d’Ivry métro Mairie d’Ivry, 5 stations de Place d’Italie, et La Treille d’Or à 10 min a pied de place d’Italie en direction de denfert-rochereau. À 2 ou 3 stations de métro (métro saint Jacques ligne 6).

        En bar à vins dans le 5eme rue des fossés St. Jacques il y a le café de la nouvelle mairie belle sélection de vins natures.

        Voilà

  2. Pingback: Quand lire met vraiment l'eau à la bouche. | Boojumism

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