Les portes de la (g)Loire #3

La vie est belle, chic et pas cher.

Faut pas croire, en Loire, j’ai aussi goûté des loire. Je sais, ça parait dingue. J’aime beaucoup, beaucoup, les vins de Loire, même si je n’en parle pas très souvent. Mea culpa, il y a tellement de vins, et jamais assez de temps. Mais pourquoi aime-je la Loire?

D’abord, le chenin. Enfin, pour être in, on dit le ch’nin. On ravale le -e comme on avale (avec plaisir) le vin. Cépage métamorphe, capable du sec le plus cinglant jusqu’au tendre le plus cinglé, le ch’nin a lui seul mériterait déjà qu’on aime la Loire.

Mais les sauvignon, melon, gros plant… on ne doit pas passer à côté non plus. Ils offrent même d’énormes surprises (teasing pour la suite de ces billets).

Et les rouges… Loin de l’image de vins maigres, acides, pas mûrs on trouve de tout ou presque en Loire. Du rouge puissant qui te rétame les idées reçues, du jus qui flirte, du qui te fait rouler par terre en t’arrachant les poils du torse tellement c’est bon, du fruité-bombé-polyexpressif.

Last but not least: le prix.

Les vins de Loire offrent souvent de très chouettes cuvées à partir de pas très cher, ce qui n’est pas son moindre atout. Bien sûr, qu’il y aussi des crus qui coûtent un bras d’enfant mais franchement, y a moyen de se faire (très) plaisir en restant raisonnable.

Go, première plongée dans quelques domaines, connus ou moins qui m’ont beaucoup plu.

Domaine de Bellivière: jasnières et coteaux-du-Loir, des appellations dont on ne parle pas trop, est-ce à dire qu’il faut les réveiller? (le Loir, tout ça, hum). J’ai beaucoup aimé le pineau d’Aunis en coteaux-du-loir, poivré à souhait. Voilà un cépage qu’on ferait bien de croiser plus souvent, mais son peu de productivité et sa fragilité ne le rendent que peu sympathique aux yeux des vignerons. Dommage, bien travaillé, ça change des cabernets, grolleau, pinot…

026Pour un peu connaître les blancs, paradoxalement ils se révèlent au mieux sur millésime difficile, et avec quelques années de bouteille dans la tronche. Difficile de donner un avis sur eux, donc.

Domaine Vincent Carême: une valeur sûre de vouvray pour moi. Rien n’est à jeter, tout est bon, des bulles au sec en passant par les sucrettes. Du ch’nin en veux tu en voilà, qui s’égare pas sur les ch’nins de traverses.

Rocher des violettes: on m’avait (beaucoup) parlé (avec insistance) des blancs de ce domaine, et de son vigneron hyper gentil.

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Je confirme pour la gentillesse, par contre ce qui m’a le plus séduite c’est le rouge de côt, que j’ai trouvé d’une gourmandise à fondre. Une petite bombe inattendue, qui a réellement fait beaucoup de bien aux papilles, mises à rude épreuve dans ces dégustations en série.

Domaine Fouassier: alors c’est l’histoire d’un mec croisé dans une rue sombre, avec un groupe de cavistes alternapifs joyeux (j’ai dit « joyeux », j’ai pas dit éméchés, ho). Et le type a une vraie gueule. Le lendemain, tu retombes dessus, et pouf, il fait du sancerre. Donc, par curiosité, tu t’arrêtes et goûtes. Et c’est un vrai boulot sérieux; du sancerre parcellaire, efficace, qui permet à chacun de choisir son élu parmi les calcaires, gneiss, et autres. Crush pour une cuvée un peu rigolote, mais passée à l’agrément tout de même: ce sancerre rouge qui vous en conte de bien belles. 073D’autres sancerre rouges beaucoup plus classiques mais de bonne facture. Faut dire que depuis générations et sur 54 hectares, on sait bosser.

Maï Sato et Kenji Hodgson: deux petiots, jeunes à suivre. 017Tombés comme beaucoup dans le pinard grâce à Mark Angéli, qui décidément est souvent un moteur voire l’impulsion pour les nouveaux vignerons ligériens. Les cuvées manquent encore un poil de précision, mais c’est à revoir dans un ou deux millésimes, le tant que tout soit bien carré.

Domaine La source du ruault: dégustés en parallèle, les tirés sur cuve et les 2010 sur trois cuvées pour un domaine que je découvrais. Bonne nouvelle, c’est bon! Des vins plutôt denses, pour le Senseï encore un peu capricieux assurément une cuvée de garde. Paradoxalement, c’est la « grande cuvée » le clos de la côte qui paraissait le plus flatteur, et accessible à la fois sur les deux millésimes.023

Domaine la Briderie j’aime beaucoup le gamay 1877, qui est loin du profil du gamay juteux qu’on connait, s’aventure plus vers le sous-bois et le champignon, net et franc. Chouettes bulles, aussi, spécialement le rosé.

Vins contés: au rayon étiquettes marrantes, en v’là qui se posent là. Mention au gama sutra, boisson hautement buvable-digeste-gourmande. Et accessit au bois sans soif. On a beau dire ce qu’on veut sur les étiquettes chocs, marrantes, rentre-dedans, à mon avis il y a quelque chose qu’on ne doit pas oublier: si l’étiquette est fun, le jus doit l’être aussi.035 Faire du rigolo pour avoir dans le verre un vin hyper sérieux, austère, monastique, c’est rater son coup. Si ça ressemble au jus, pourquoi pas se lâcher un peu?

Domaine Mahé: ha, savennières… J’ai un problème, je crois bien que j’aime (désespérément) le savennières. Les, plutôt, car on on peut trouver des styles très différents des très pointus savennières de Morgat aux opulents jus de Laureau. Ce que fait Mahé est franchement très très bien foutu, en conservant du fruit, de la longueur et une classe folle. Il n’a qu’un seul tort: partager son patronyme avec Christophe (et donc, corolaire, quand je goûte j’ai « belle demoiselle » dans la tronche. Bon).

Domaine des sablonettes: que dire? 072On ne goûte pas un vin à la tête de son vigneron, mais diantre qu’ils ont des gueules sympatoches, le père et le fils! Des cuvées glou, plutôt pures, friandes. Un beau maitrisé sur le travail du sucre, voilà un domaine qu’il fait bon de suivre. Beaucoup de cuvées, évidemment certaines se détachent je pense au quart d’heure angevin et au vin des copines.

Domaine le collier:  Créé en 1999 sur la commune de Brézé, sur 6 hectares Antoine et Caroline font de très très beaux saumurs. On ne raconte pas la filiation d’Antoine,038 finalement l’important c’est ce qu’il y a dans le verre. La cuvée coup de cœur absolu-claque dans la tronche de ces quatre jours: la charpentrie, leurs vieilles vignes blanc, qui aurait justifié à elle toute seule le déplacement dans les souterrains de Brézé. Bordel, que c’est beau des vins qui à la fois pulsent, vivent, t’en retournent une quand tu ne t’y attends pas, puis te cueillent avec un fruit suave mais pas tapageur. Franchement, une surprise géniale.

Elles sont pas belles ces tronches?

Si comme moi, vous aimez savoir qui se cache derrière un vin, et quelle gueula a son papa, ou sa maman, précipitez-vous sur « Tronches de vin ». Il se commande là. (ou alors on patiente pour aller taper la parlotte chez son bon libraire préféré).

(Quoi? de la pub sur la PinardotheK? Ha ben oui. Autant je détesterais faire de la pub obligée, ou de copinage, autant quand un projet me parait bien fichu, intéressant, tout ça, il est légitime que j’en parle).

Suite au prochain blabla (oui, y a encore des épisodes et je vous fais grâce des préquels).


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