On dirait le Sud*

*parce que c’en est, patate.

Sous vos yeux ébahis, c’est à une vitesse peu commune que je ponds le compte-rendu de la dégustation grand Sud. Difficile de résumer un aussi vaste sujet en 7 quilles. Quel angle choisir, quels pays, pourquoi? J’ai choisi de ne pas ratisser trop large et de rester en bassin méditerranéen. France, Espagne, Portugal, Italie. Des vins si possibles typés, un vieux rosé de provence pour bousculer, et des péripéties jeu de chaises musicales en zo voort**.

Zou, on attaque:

Telmo Rodriguez Basa 2010 rueda: on commence avec un assemblage sauvignon y verdejo plus viura, dont j’ai déjà parlé là. Et comme j’ai un peu la flemme- suis un peu à la bourre, je te rafraichis la mémoire

Voilà mon Rueda qui m’explose dans la bouche. L’impression de croquer une tige de citronnelle, un poil de poire dure, des agrumes en-veux-tu-en-voilà, de l’acacia, c’est bon ! Et surtout, ce qui fait toute la différence, son cachet, the cherry on the cake**: de l’amertume.

Ce que j’écrivais il y a quelques semaines est toujours valable: un nez ananas en veux-tu en voilà, une bouche ronde mais tonique. C’est de bonne facture, et en plus c’est pas très cher.

Luis Duarte Rubrica 2009 Alentejano: nez dedans, et boum! Bouchonnée. Comme ça n’arrive JAMAIS, enfin pas à moi, je n’avais évidemment pas prévu de doublon au frais. Donc, pas de dégustation de portugais pour cette fois. Next.

Chateau simone 2006 palette (rosé):

IMAG7050cinsault, grenache, mourvèdre. Impatiente, j’étais. Et pour plusieurs raisons:

  • J’aime beaucoup les blancs de Simone, en général.
  • Je connais mal le rosé. Enfin, même, je ne le connais pas du tout. J’en avais acheté quelques quilles à cause d’un master of wine hollandais (j’ai de sales fréquentations je suis au courant) qui m’avait bourré le mou insisté lourdement sur sa qualité et son côté incontournable. Et des fois, j’écoute ce qu’on me dit.
  • J’ai toujours beaucoup de plaisir à jeter un pavé dans la mare. « quoi? du rosé? mais c’est pas bon, du rosé? c’est pas du vin. Puis ça se garde pas ».

Merci Simone! Merci parce que là, moi j’ai un peu pris mon pied. Un nez un peu austère au début, qui a fini par révéler sa séduction, danse de sept voiles, temps de latence et tutti quanti. 2006. Hé oui, on est sur un « vieux rosé ». Crois-moi, taxe-la de vieille, tu te mangeras une tarte dans la tronche. Elle est pas vieille, elle est mûre. La Simone, c’est pas une femelle facile. Mais une fois qu’elle se donne: inextinguible, à point, chair satinée et goût de cerise qui dure sur la langue, vibrante, réactive, … Ha, en voiture, Simone!

Cascina Corte 2010 dolcetto di dogliani:

IMAG7051le piémont, l’italie, l’accent chantant, le soleil, et les vins. Des vins bios, en plus. Hippie chic: jusque l’étiquette qui respecte les normes bios, jusqu’au bouchon imprégné de cire d’abeille. J’aime bien les jusqu’au-boutistes. Le nez, c’est la Ritalie dans toute sa splendeur: dense, séducteur, fruit, épices, quasi sucre, presque too much. Et il le reste, rital, en bouche. La belle attaque un peu nerveuse du dolcetto, tout fruit tout flamme, les tanins encore bien là (c’est pas un vin de fillette ça madame) mais qui n’empiètent pas sur la buvabilité.

Miam d’argent.

Cascina Corte 2009 langhe nebbiolo:

IMAG7052 grand frère du précédent. Autre cépage mais parentèle évidente. Aussi bien foutu, plus ample, plus tannique et peut-être un peu plus sauvage au premier abord, une bonne heure de languissante paresse dans la bouteille ouverte lui a filé une pêche monstre:  déchainement rock and roll! La cerise jute, le zan tabasse, le tabac fume, le plaisir déboule. Avec une fin qui laisse présager encore quelques années de bouteilles avant d’être vraiment au sommet des charts. Pas d’austérité monacale, ou de rigueur papale, on sera vite au Top of the pop(e).

Miam d’or.

Celler Pahi gaubança 2009 priorat: le vin espagnol s’est beaucoup transformé, ces dernières années. Pas toujours dans le bon sens, mais faut reconnaitre l’effort là où il est. Ici, on est sur une cuvée assemblage de grenache, syrah, merlot et carignan, avec du bois. Et curieusement: c’est un vin espagnol, fait avec des cépages « français » et qu’on pourrait prendre pour un chilien. Beau fruit, belle bouche, belle longueur, bel équilibre. Belle technique, surtout. Indéniablement bien « usiné ». Ça, en note technique, ça pète les scores. En note artistique, sans doute moins. Tout le monde est d’accord pour trouver ça très bon, mais est-ce que ça secoue les balounes, ou est-ce que ça vous prend aux gosses**, peut-être pas…

Domaine Canet-Valette Yvresses 2005 saint-chinian: (bouteille « doublon » censée jouer les remplaçants si d’aventure le bandol avait été bouchonné. Elle aura doublé le portugais, finalement). Grenache à 90%, syrah mourvèdre pour le reste. C’est quand même fou l’effet, l’effet que ça fait, de le voir rouler ainsi dans le verre. Ah ben oui. Café, moka même le nez explose. La gorge café, et pour moi il danse. Ça se roule dans le grain, ça se patine de framboise cuite, ça se répand en volutes, on en a plein la bouche. Heureusement, on en a pas marre de café, parce que oui, il se prolonge ce goût expresso, tendre et pressant sur le bout de la langue. Temps de sacrifier les dernières quilles si on en a encore en cave, plus de philosopher.

Chateau de Pibarnon 1990 bandol:

IMAG7055 90% mourvèdre, 10 de grenache. Garder un vin longtemps en cave, c’est un risque. Qu’il faut courir, je crois. Parce que ça fait partie de l’aventure, de l’amour, de la vie: prendre des risques c’est ne pas vivre tiède, tomber et se faire mal parfois mais goûter à sa juste valeur le risque récompensé. Pour toutes ces bouteilles bues trop tard, mal embouchées, malaimées, mal comprises, il y a celles-là qui vous bluffent, vous petent à la tronche et vous disent « t’as eu raison ».

Voilà pourquoi je ne suis qu’à moitié triste que le bandol ait oeuvré en demi-teintes: j’ai joué, coup de poker et j’ai perdu. Nez d’éther, de vieilles cuisses pas lavées, d’hospice (un hospice bien tenu et qui ne sent pas trop la pisse, mais quand même). Bouche pas mieux, viandeuse avariée, champignonnante. Bref. On ne va pas lui faire un procès, surtout que Pibarnon est un domaine qui fait de très beaux vins, d’ordinaire. Péché d’orgueil qui me l’a fait garder trop longtemps en cave, présumer trop de ses forces. Je n’en sais rien; c’est dommage en tous cas.

Pour info, re-goûté ce matin, pas mieux. Je résume: Smells like white spirit.

Bon. Il m’en reste quelques bouteilles. J’en connais qui vont bouffer des poires au vin.

Hinhinhin

**dans un souci d’internationalisation du blog, certains passages sont traduits en anglais, flamand et québecois. Merci de votre compréhension.

Clin d’oeil-hommage, puisque ça n’a pas toujours été le nirvana. Kurt, si tu nous lis.

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Une réflexion sur “On dirait le Sud*

  1. Simone fait de tres beaux rouge également, certainement une des plus belles choses de la région
    Mais quitte à être dans le sud est, autant aller directement au Clos Saint Vincent, à Bellet (rien que d’y penser, j’ai envie de prendre un billet d’avion pour aller les voir)

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