Orange mécaniK, orange qui piK

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Orange, que j’ai dit. Et le monde est mal fait: je ne peux pas me plaindre d’un thème que j’ai moi-même imposé. En plus, ça ferait redite avec mon texte pour les vendredis du vin précédent. Et conforterait ma réputation d’emmerdeuse universelle qui ne fait que râler et objecter, alors qu’au fond j’ai un petit cœur qui bat tel un oisillon qui attend la béquée. Bref, trêve de billevesées, je ne peux pas objecter. Je dirais même plus: je me dois d’être enthousiaste. Voire heureuse (ne serait-ce que pour montrer l’exemple).

En vrai, je bougonne pour la forme: quand j’ai réfléchi à un thème à donner, j’avais déjà deux trois quilles en tête. Dont une dont je vais vous narrer l’histoire.

Celle-là je l’ai rencontrée à la dive, dans les souterrains du château de Brézé. On s’aventure dans des boyaux, on croit tomber dans des salles ouvertes avec une bonne dizaine de vignerons, et puis maladresse faisant loi, on tombe dans un passage étroit et quasi sur les genoux d’un alsacien au nom pour une fois pas trop difficile à retenir: Bannwarth (exagération épique, mais bon, j’ai bien failli me rétamer par terre, Pierre Richard c’est moi). Comme on ne connait que de très loin, on en profite pour goûter: des alsace classiques bien fichus, une cuvée un peu originale dont je reparlerai sûrement, et puis ça.

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Et là, les yeux ronds comme des billes, je lâche plus le vigneron.

Oh, qvevri? Mais comme en Géorgie? Blanc? Rouge? Pourquoi? Comment?

Un vin oraaaaaaaaaaaaaaaaaange.

C’est là que le monde est bien fait: je n’avais encore aucune idée du fait que j’allais présider les VDV ce mois ci et donc choisir un thème, que du vin orange me tombait déjà tout cuit dans le bec.

Le qvevri, j’en ai parlé ici. Vieille technique, qui fait des émules, de plus en plus dans les vignobles italiens, français, ailleurs. Stéphane fait deux blancs de qvevri: les amphores viennent direct de Géorgie, je raconte pas le brol (en brusseleer dans le texte) que ça a fichu de les amener, les soucis, les rides au front, la casse,  les petites rectifications à la cire d’abeille chauffée pour l’étanchéité des urnes… Comme là-bas, l’accent en moins et l’utilisation de cépages alsaciens en sus. Du rouge existe: las, il n’y en a pas en dégustation. Mais deux blancs, enfin, deux orange: pinot gris et gewurztraminer, le dernier pas très en place et un peu bulleux. Le pinot gris est intéressant: loin d’un classique, mais pas si différent, c’est étrange ce que peut faire l’amphore. Une finale curieusement en peau de zeste d’orange, un peu amère, un peu astringente.

A suivre donc, parce que un le gaillard est passionnant à écouter, deux les vins méritent le détour.

Deuxième halte: attention, cette cuvée est une cuvée fantôme. Elle n’existe pas. Du moins, c’est ce que j’ai pensé un instant en voulant chercher plus d’infos sur le net. Site officiel du domaine? Inconnue au bataillon. Forum de dégustateurs? Rien. Nulle part, aucune mention de ce vin. J’ai tout fouillé, les dessous du Soula et nada!  Je l’ai pas rêvé tout de même. Je l’ai même pris en photo, heureusement, elle est plus nette que les photos de Nessie.

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Vin blanc de macération. Paf, orange spotted! Sur des grenaches (grises ou blanches, les deux?) élaboré là-haut, à Fenouillèdes. Pas en amphores, y en a pas, mais macéré oui! Peaux et rafles, un temps certain qui donnent un vin atypique (pour une grenache du sud, pas pour un vin orange). Dense, long, avec une bouche qui tsunamise tout sur son passage puis s’arrête avec de nouveau cette curieuse empreinte taniquo-astringo-ta mère. Cuvée qui ne laissera pas indifférents ceux qui auront la chance de l’approcher, en tous cas, elle me soula pas.

Sans se fouler, en v’là déjà deux.

Un troisième?

Allez: jouons sur la couleur, cette fois. Puisqu’orange, il l’est franchement dans le verre. Sans pourtant avoir été le moins du monde macéré. Enfin, pas plus qu’il ne le faut pour un pinard classique. Mais il ne l’est pas, classique.

Vous voilà bien intrigués, n’est-ce pas?

J’intrigue tellement bien c’est vrai.

Je dis: grenache, pure. Des fûts. Du vin. Du temps, beaucoup de temps. Combien de temps, combien de temps (si on restait face à face, sans un mot sans une gomme qui efface)?
Dix ans. Wahou.

Sous voile. Carrément.

Dans le Jura? Diantre non.

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Dans le Roussillon. A Padern, plus exactement. Ne m’en demandez pas plus: là encore, il est très difficile d’obtenir des infos. Peu de traces sur les internets, à croire que lui non plus n’a jamais existé. Encore un vin dont il faudra obtenir l’histoire auprès de trop rares initiés, entre chien et loup et deux canons rares.

Mais physiquement, je peux raconter ce qu’il fait: sa robe corail déroute, un peu. L’âge, vénérable en cause, sans doute. Un nez incroyablement complexe et pour une fois, c’est pas juste un mot de sommelier: il y a du fruit, de l’épice, du miel, de la cire, du fumé, j’en rajoute encore? Le genre de nez dans lequel tu restes plongé jusqu’en 2043. Et celui qui me fait arborer le sourire du Cheshire Cat.

La bouche rappelle un peu les jurassiens, mais dans une autre tonalité. Un peu comme Arno qui reprendrait Brel: la gouaille et le vécu sont pas les mêmes, mais indéniablement y a de l’émotion.

C’est long, vibrant, tendu. Y a du fruit et tellement plus: de l’amande amère, du coing, de l’abricot sec. J’en ai encore une bouteille à qui je fais les yeux de l’amoureuse transie depuis des jours: j’ose pas l’ouvrir. Pourtant, je voudrais bien renouveler ça: la folle persistance du vin, qui au milieu de la nuit était toujours là, alors que son contenant était désespérément vide depuis quelques heures déjà.

J’aurais pu en rester là: c’est déjà pas mal non, trois oranges, douces amères, rondes, bousculantes. Et puis non !

Hier, pour des raisons ondo-libro-vinesques j’ai eu un peu les miquettes. Disons le clairement: je suis bien plus timide que je ne veux le laisser paraître, et pourtant j’ai le chic pour me mettre dans des situations d’exposition. Disons que c’est la partie orange de mon caractère: paradoxale, aussi bien capable du pire (les oranges synthétiques et criards) que du meilleur. Enfin, du moins pire.

Donc, je digresse, fallait que je me remette après ça. Quoi de mieux qu’une potion magique? Le sorcier du Jura est heureusement là pour ça: hop, on vire la cire, on extrait le bouchon, et v’là le travail.

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De l’orange dans mon verre. Oh, pas du flashant. Non, un coucher de soleil sur le point de finir, tout découpé sur les bords, avant de laisser place au nocturne.

Le nez dedans, le miel me chatouille les narines, les fruits bataillent à qui mieux mieux et puis y a ce truc là, indéfinissable… J’ai déjà sniffé ça quelque part. Si. Faut juste que je me rappelle où. Quand.

En attendant, glou. C’est évidemment doux, suave, pas de ces liquoreux pour midinettes qui en font trop, gloss et talons hauts, non. Y a de la classe et de la retenue dans ce sucre là. De la poésie. Un poil d’amer tendu. Magique, la potion.

Tout à trac, ça me revient: jasmin. Voilà, c’est ça cette odeur subtile et entétante, ce truc sexy mais pas vulgaire, ça sent le jasmin.

Et voilà-t’y pas que je me prends à rêver d’un parfum d’orange et jasmin-vin du jura? Du psssshitt de bonne humeur, à ficher derrière les oreilles et dans le cou pour se motiver à passer l’hiver…

Mais il est temps de clôre, et de laisser parler les autres, un peu. J’espère que vous avez aimé autant que moi vous balader en conté d’orange… Maintenant, il ne me restera plus qu’à condenser les textes que vous aurez pondus, les résumer et en faire un joli billet.

Je vous laisse, je vais me presser une orange ou deux, bien méritées.

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5 réflexions sur “Orange mécaniK, orange qui piK

  1. Le soula ça me fait penser au Domaine Casot de Mailloles de Ghislaine MAGNIER et Alain CASTEX, à l’époque (ou lala) … Il faisait un blanc oxydatif à base d’une multitude de cépages, récolté à l’alpinisme… et oui ! un terrain tellement en pente que certaines de ses parcelles sont récoltés pas seulement à la main mais bien arnacher ! Une bombe ! qui peut-être pourrait se qualifier d’orange….

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