Complètement tokay*

*la qualité de mes jeux de mots, toujours.

A l’heure où j’écris ces lignes, je suis en train de baver monstrueusement devant des os à moelle. En photo. Le truc le plus vicelard jamais expérimenté, notez bien. Le monde est mal fait: il est trop tôt du matin, j’en suis encore au café, et bien sûr, je n’ai pas d’os à me mettre sous la dent. Enfin, son contenu. Du pain de campagne, du sel, de l’os à moelle… Rhaaaa.

Je conçois bien que ce n’est pas une gourmandise qui fait l’unanimité: c’est un peu gluant, pas engageant, pas très ragoutant. Comme dirait le Lignac, c’est pas très « gourmangue ».

Oui, mais nom de dieu, une fois qu’on y a goûté, on sait! Un peu comme le furmint.

Le quoi? Repeat after me: F-u-r-m-i-n-t.

Kesako? Ce n’est pas un os à moelle, déjà.

Non plus une discipline sportive nordique.

Ni le nom de la météorite qui a fait s’éteindre les dinosaures.

Juste le nom d’un cépage, hongrois. Tadam. Je sais, en ce moment c’est plutôt la Roumanie qui est à la mode, mais ne vous cabrez pas: la Hongrie a tellement de (beaux) vins à offrir que c’en est indécent.

Des rouges merveilleux, doux, longs, intenses, avec des noms de cépages presque aussi improbables à prononcer que mon nom de famille (pour ceux qui savent, hinhin) mais je ne digresse pas sur eux, là, je reste focus sur mon furmint.

Un cépage blanc, donc. Une pièce rapportée, à ce qu’on dit, de Croatie. Puis il s’est tellement bien plu en Hongrie qu’il y est resté. La Hongrie, le lac Balaton, le goulash, le tokay…

Tout le monde a au moins une fois dans sa vie, entendu parler du tokay. Mais qu’est-ce que c’est au juste?

D’abord, on ne confond pas tokay et tokay-pinot-gris.  Le tokay-pinot-gris est l’ancienne dénomination du cépage pinot gris. Le tokay est un vin hongrois (ou slovaque, dans ce cas on écrit tokaj), qui n’est pas du tout à base de pinot gris.

HAHA.

Le monde du vin est plein de chausse-trappes, hé oui!

Il y a quelque chose de pourri au royaume du tokay: ses grains! Pour faire du tokay, un mot magique: botrytis. J’ai déjà parlé de son action ici. L’élaboration du tokay est encore plus particulière: on fait d’abord un vin blanc sec (avec des raisins non surmaturés, récoltés normalement). Ensuite, les grains restés sur pieds se laissent doucement atteindre par le botrytis. On les récolte, précautionneusement dans des petits paniers qu’on appelle puttonyos (ils auraient pu juste dire paniers, mais c’eut été trop simple).  Ces grains plein de sucre sont pressés en une pâte qu’on nomme aszù. Et cette pâte magique, on va l’ajouter à notre blanc sec, pour faire un vin très peu riche en alcool, mais blindé de sucre. Tout cela va gentiment fermenter, et donner un vin de doux à liquoreux selon la proportion de pâte aszù qu’on ajoute. D’où les hongrois, pas cons, ont eu l’idée d’utiliser aussi le puttonyos comme unité de mesure indicative sur la bouteille. Un tokay 3 puttonyos (3 mesures de pâte aszù) est donc moins sucré qu’un tokay 5 puttonyos. Génie.

Les tokay sont donc des vins extrêmement sucrés, aux arômes confits, qui tiennent des années, et qui éblouissent tous ceux qui vous diront « y a qu’en France qu’on fait du vrai grand vin (comprendre « à Bordeaux ») ». Goûtez voir une fois à un essenzia (le plus liquoreux des tokay, issu uniquement d’aszù et dont la fermentation peut durer des années) et touchez le paradis perdu.

Mais je digresse, et avec tout ça j’ai laissé mon pauvre furmint en carafe.

Que nenni!

Le furmint, avec son pote ewok le harslevelü et son autre pote le muscat est à la base du tokay.

Un rôle dévolu qui lui sied plutôt, mais auquel on ne doit pas le cantonner.

Parce que le furmint (ou kéknyelü) est un cépage intéressant aussi vinifié en sec.

Tout seul.

Comme un grand. Il donne de jolis vins blancs d’apéros, parfumés, pas snobs, à enquiller au coin d’un comptoir, avec le soleil qui se couche sur la ville, les odeurs de bitume mouillé qui remontent, sa nervosité empêchant de s’affaler tout à fait. Beau comme Bowie, ce mec androgyne mais furieusement sexy. Au départ on se dit, boarf, il est trop maigre, pas vraiment emballant.  Et puis sa voix… On se laisse envouter, enfumer, enrouler. Ça démarre slow down avant de sérieusement rock’n’roller. Le furmint, c’est tout ça. Un extraterrestre. Dont on monterait bien dans la soucoupe.

Il est pas l’heure de prendre l’apéro, là?

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