Idealakon #3: ça m’en bouche un coin

Par un truchement que je ne m’explique pas, alors que j’étais tranquillement en train de réfléchir au nombre effarant de fois où la pub sur le cancer colorectal** passe l’après-midi à la télévision, (l’occurrence harcelante de la dite pub sans doute liée à l’âge moyen du téléspectateur de l’après midi, même si je fais mentir la moyenne. A ma décharge, je ne suis jamais devant l’écran à cette heure là en temps normal)  je me suis mise à penser au bouchon.

Pourquoi? Je n’en sais trop rien: mon cerveau a parfois un petit côté gymtonique tout seul et impose ses propres chemins réflexifs sans que je comprenne bien pourquoi au juste.

Le bouchon, donc, essentiel et quasi incontournable en matière de pinard. Bah oui.

Sans bouchon, pas de bouteille bouchée.

Dit comme ça, ça parait très simple mais ce tout petit bout de truc fait couler un maximum d’encre, soulève les passions, et fait aussi naître pas mal d’idées reçues.

Idéalakon n°1: le bouchon, c’est que du liège.

Paf! NON. Du tout. Les premiers bouchons de bouteilles (vers le 15ème siècle avec l’essor de la fabrication des bouteilles en verres à moindre coût, même si c’est fin 18ème qu’il va connaitre un vrai succès)  sont effectivement en liège. Et deuxio: en fait,, déjà au 5ème siècle avant JC, on retrouve traces de bouchons (à amphores). Matériau poreux, élastique, facile à travailler, il se prête idéalement au bouchage. Beaucoup plus que les bondons de bois, entourés de feuilles de chanvres huilées (la drogue) qu’on utilisait de prime abord. C’est vers le 18ème que le bouchon en liège se généralise vraiment. Ha ça, les français, trois cent ans pour comprendre un truc hein.

Pour avoir un bon bouchon de liège, il faut du bon liège. Idéalement, il faudrait le laisser pousser sur les arbres à liège au moins 15 ans, mais la demande et la compétitivité sont le cancer colorectal de la qualité: les délais entre deux récoltes raccourcissent, des champignons parasites apparaissent. L’endroit sur l’arbre où l’on prélève le liège est important aussi: trop bas, le liège est moins élastique, et donc de moins bonne qualité.

Bref, le liège oui, mais récolté dans de bonnes conditions. Cela implique donc qu’il coûte un peu plus cher. A bas le bouchon low cost!

Pour pallier ces défauts, l’homme a inventé le bouchon synthétique (qui divise sur les gardes à long terme, les vins ne vieilliraient pas de façon optimale, mais n’influerait pas ou quasi sur les vins de garde courte. En gros, pour des vins de consommation courante et pas trop chers, c’est pas une mauvaise solution). Il se sert aussi du bouchon en verre, joli mais peut-être un poil moins pratique, du bouchon aggloméré (qui n’est rien d’autre qu’un copier-coller de chutes de liège, donc pas exempt de risques de goût de bouchon) et de la capsule à vis.

Idéalakon n°2: la capsule à vis c’est le mal.

NON. En fait, c’est même plutôt intéressant. Tout dépend un peu de comment les vins sont élevés en amont, mais une capsule à vis ne rend pas un vin mauvais, métallique, etc.

Le gros défaut de la capsule à vis est d’ordre psychologique.

Ça fait pas « pop! ».

C’est vrai, imagine ta dégaine quand tu débouches avec un sommelier (le tire-bouchon) une belle bouteille devant une donzelle énamourée, ou un damoiseau pâmé, la gestuelle sensuelle de l’ouverture du couteau, et j’te tourne autour, et j’te tranche, et j’te déshabille, et je plonge dans la chair et j’extrais lentement…

A côté, la torsion du poignet de trois secondes du « à vis » ça fait moins rêver.

Déboucheur précoce (dieu sait que dans les mentalités européennes les préliminaires sont importants).

Très franchement, je préfère d’ailleurs boire un vin en capsule à vis plutôt que bouché avec un mauvais bouchon, avec tous les risques que cela comporte. Risques? Les minimes, genre le bouchon qui casse quand on veut l’ouvrir, et s’atomise en poussière dans la quille. Pas grave en soi, mais embêtant. Plus rédhibitoire, le goût de bouchon.

Celui-là même pour lequel on vous fait goûter le vin au resto avant de vous le servir, parce que c’est un peu le risque numéro un de défaut de pinard, et qu’on ne sait ni le prévoir, ni l’éviter.

A moins de recourir à une capsule à vis. Donc.

Idéalakon n°3: le goût de bouchon ça vient du vin.

NON.  Le goût de bouchon vient soit de parasites du chêne-liège soit d’une contamination par les TCA (molécule portant le doux nom de trichloroanisole). Dans de très rares cas, le TCA peut aussi se trouver dans les barriques, et donc contaminer le vin par là, ce qui expliquerait de trouver un vin « bouchonné » pourtant bouché à la capsule à vis.

Idéalakon n°4: il faut toujours sentir le bouchon pour détecter le « goût de bouchon ».

NON peut être. Ça fait partie du rituel du sommelier (le gens, pas le tire-bouchon). Il présente la bouteille, attend l’approbation, découpe et ôte la capsule, pique le bouchon, l’enlève, puis le dévissant le respire avec un air pénétré.

BULLSHIT.

En fait, dans la plupart des cas, un bouchon ne sent pas grand chose.  Exclu! Le goût de bouchon, celui qui gâche les bouteilles, on le décrit souvent comme une forte odeur de liège, avec du moisi, de la pourriture. Sentir le bouchon n’est pas suffisant, ce n’est vraiment qu’en mettant le nez dans le verre qu’on saura. Pire, même: quelquefois, un bouchon léger peut « passer » au nez, et ce n’est qu’en bouche qu’on le détecte à coup sûr. Du coup, pas la peine de perdre du temps avec le bouchon, sauf à se donner un genre.

Enfin bref, le bouchon, quand on te l’explique, ça fait tout de même moins peur que le cancer colorectal. D’ailleurs, ce dépistage, hum?

**hommage subliminal au « blog qui pousse » dont m’a gratifié Nicolas la semaine dernière. Il pousse parce qu’il est constipé, donc oulalah l’enchainement.

Complément d’info: les bouteilles bouchonnées représentent de 3 à 5 % des bouteilles mises sur le marché, plus selon certains chiffres. J’en croise assez peu, et pourtant, ça débouche à mort par ici.

Quand on se trouve devant une bouteille bouchonnée:

  • Elle vient de chez le caviste: on lui rend visite gentiment, avec la bouteille, et en général il la remplace.
  • Vous êtes au resto: si c’est à la dégustation, demandez à ce qu’on change la bouteille, et votre verre. Et laissez goûter à une autre personne la bouteille suivante, histoire de pas encore être pollué par le bouchon. Si le vin est déjà servi, demandez à ce qu’on change la bouteille et TOUS les verres. Même s’ils n’ont contenu que très peu de vin.
  • Achetée en direct chez un vigneron: vous pouvez éventuellement écrire ou vous déplacer, mais estimez le coût.
  • Achetée en supermarché: bien fait pour vous!
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3 réflexions sur “Idealakon #3: ça m’en bouche un coin

  1. Du subliminable, oui.
    « la demande et la compétitivité sont le cancer colorectal de la qualité »
    La personne qui a écrit cette phrase dégoûtante sera virée de Facebook. Normalement.

  2. Moi je trouve que le vin est un accompagnement pas désagréable de ma grande passion : enfoncer un hélicoïde dans du liège et faire plop.

    Sinon il y a aussi les capsule pas à vis, de mémoire sur le rose-à-lie de Jousset et… le UB10 de la Sorga (je suis vraiment désolé, mais c’est la stricte vérité). Un bon coup de décaps’ sur du vin, ça fait tellement beauf au milieu d’une séance de dégustation. Un plaisirs rare.

    Et sur l’idéalakon #2, si les capsules rendaient les vins mauvais, ça foutrait vaguement le bordel pour tout ce qui est vinifié en champenoise, non ?

  3. Bien vu, le coup des champ’. J’y avais même pas pensé, dis donc 🙂 J’ai pas parlé des capsules, j’aurais pu, mais j’en connais assez peu d’exemples, sauf en effervescent.

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