Que sera syrah…*

* whatever will be will be

La dégustation du mois avait pour thème la syrah. Le syrah, disent certains. Le ou la, qu’importe en fait son genre: c’est un cépage assez passionnant, parce qu’il offre beaucoup de variantes selon où il est planté, selon le terroir, le vinificateur, … La planter sur shistes permet de faire monter son acidité, par exemple, et donc d’obtenir des rouges avec de la fraicheur. Critère non négligeable de buvabilité.

Mais d’où vient la syrah (oui, je dis « la » parce que la syrah est un cépage un peu caractériel, parfois: il ne saurait être que féminin, hinhin).

La syrah ne vient pas de la ville de Chiraz, en Iran, même si on pourrait le penser.

Elle ne vient pas non plus de Syracuse, rapportée dans nos contrées par les romains.

Non plus de Syros, une île grecque des cyclades.

Et encore moins de Syrie.

Pour la simple et bonne raison, que malgré la piste évidente de l’homonymie on n’aie retrouvé aucune trace de syrah dans ces régions.

Nous voilà bien.

D’où sort-elle alors?

On va devoir faire un peu d’archéologie ampélographique**: remontons jusqu’aux Allobroges. Les Allobroges étaient une peuplade de guerriers gaulois, longues moustaches et gros dadas. Le guerrier allobroge, sur son canasson toute la sainte journée a besoin de trouver du réconfort au foyer. Et sans doute de picoler un peu parce qu’après tout, on n’a pas encore inventé les retransmissions de foot sur grand écran, le fauteuil automassant, twitter, facebook et les émissions fascinantes sur la reproduction des arthropodes. En un mot comme en cent: on s’emmerde.

Les Allobroges connaissent la vigne: avec des méthodes rudimentaires, ils arrivent à en faire un pinard pas trop dégueulasse. Celle qu’ils cultivent se nomme vitis allobrogica (pas beaucoup d’imagination, ces gaulois).

Et la vitis allobrogica, cramponnez-vous à vos slips, serait en fait la véritable ancêtre de la syrah.

Hé ouais.

La vitis allobrogica, par le jeu des croisements et de l’évolution a donné naissance à une forme de proto-mondeuse (vraisemblablement la mondeuse blanche) qui elle-même aurait enfanté la mondeuse noire, le viognier, le bia, le chouchillon, le servanin et la syrah. Somme toute, c’est assez logique quand on pense que la mondeuse actuelle s’épanouit en Savoie et que la syrah a trouvé son terrain de prédilection dans le rhône nord. Suffit de jeter un œil à une carte (et de le reprendre après) pour s’apercevoir que c’est exactement le territoire des Allobroges.

L’arbre généalogique complet le plus plausible pour la syrah: fille de la mondeuse blanche et de la dureza, demi-soeur du viognier, nièce du teroldego et  arrière-petite-fille du pinot. Partouze de cépages, moi je dis.

La syrah fait partie de la famille des sérines (avec la roussane, la marsanne, et bien sûr le viognier et les mondeuses). La serine, ou serine noire est aussi une syrah mais d’une variété clonale plus ancienne. Et tant qu’on est dans les homonymes et les faux amis, attention: la petite syrah est le plus souvent du durif (un cépage issu de la syrah, mais pas une syrah).

Oufti.

On ne trouve de nos jours plus uniquement la syrah en Rhône nord, mais aussi dans le Languedoc-Roussillon, en Provence, en Sud-ouest. Évidemment en Australie, mais dans une foultitude d’autres pays: la syrah est un des cépages les plus populaires et les plus plantés au monde.

syrah

On commence avec un blanc: paf!

vin-de-pays-d’oc, Blanc de syrah, Denois

Ça c’est l’amusette, pour se mettre en soif: on peut tout à fait faire un vin blanc avec un cépage « rouge » à condition de ne pas laisser le jus au contact des peaux trop longtemps (puisque les matières colorantes s’y trouvent). Au nez, on a un joli fruit exotique qui se pointe, la bouche est fraiche, fruit, un peu courte sans doute, mais on lui pardonne. En apéro, ça passerait tout seul. Ce qui est rigolo, c’est de pointer une certaine assonance avec un viognier: bien entendu, pas aussi parfumé, mais y a un air de famille.

vin-de-pays-des-côtes-catalanes, Three trees syrah 2009 domaine Majas:

Direction Roussillon pour le premier rouge: nerveux, épicé, dense, la robe est noire encre. En bouche, c’est Stallone qui roule des mécaniques, y a du jus et du goût.

fronton, syrah 2010, domaine Bouissel:

Cap sud-ouest pour une syrah sur fronton. Plus dominée par les épices, et surtout, par un étonnant brou de noix, une pointe de café, un peu de pneu brûlé. La bouche déroule mastoc, avec des tanins encore bien présents; re-goûté deux heures après ouverture, le vin s’était discipliné, tannins assouplis. Et le fruit ressortait bien mieux.

vin de France, les Marnes Bleues, Puur

Une curiosité sans soufre, qui revient presque sur ses terres d’origines, pour celle-ci. Au nez, c’est une explosion de cerise noire avec un peu de tabac. Tempo lent au départ, les arômes strip-teasent un par un, puis ça s’accélère et on se retrouve pantois. Du fruit, de la bombe de fruit. L’épice ici est presque une virgule, une respiration avant de se vautrer à nouveau dans la cerise, la mûre, etc.

vin de pays du mont Baudile, syrah de la Pey Chères 2008, domaine Supply-Royer:

Retour au Languedoc, en vin de pays du mont Baudile: j’aime beaucoup ce domaine qui fait du typé sans jamais tomber dans l’excès. Bien faite, classique, juteuse, le nez est beau (derek) complexe juste ce qu’il faut. En bouche, c’est suave, long, dense, c’est simple: on a pas envie que ça s’arrête. Jamais.

crozes-hermitages, la Rouvre 2009, Domaine Yann Chave

Ultra-classique, crozes-hermitage: la déception. Peut-être due à sa position dans la dégust’. J’aurais peut-être mieux fait de le placer avant le Pey Chères. Élégant, minéral, avec du fruit, il paraissait pourtant un peu anémié après.

valais, syrah 2010, Domaine Germanier:

Pour s’évader un peu de la France, une syrah suisse. Première déconvenue, la bouteille s’avère bouchonnée. Très peu, mais suffisamment pour justifier qu’on ouvre une seconde. De l’animal, du fond fin de forêt, du poivre, du macis, et derrière du fruit bien mûr. La bouche dans la même lignée, avec de la fumée, du grillé,et cette épice nerveuse qui se fait retourner par une belle acidité en finale.

E finito pour les sept syrah dégustées. Qui ont démontré que ce cépage est assez polymorphe, et en tous cas, très séduisant. Pas pour rien que c’est un de mes préférés.

Pour l’anecdote, et l’excuse médicale: la syrah est un des cépages les plus riches en resvératrol, une molécule aux vertus cardio-protectrices.

Voilà, maintenant on peut prendre l’apéro, c’est médical.

**l’ampélographie est l’étude des cépages, de leurs diverses interactions entre eux et de leur généalogie.

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