Echec et dalmate*

plavac

Ce billet concerne le vin de droite, pour celui de gauche voir avec le Bicéphale.

*titre proposé par l’excellent Julien Bénéteau, et je dis pas ça parce qu’il est lorrain.

Séquence nostalgie sur la PinardotheK: ça m’arrive à peu près deux fois sur 7 ans et demi, donc on disait que j’ai parfaitement le droit (de même, trifouiller avec la concordance des temps, je suis un artiste contemporain, bref).

Ha, la Croatie, ses collines vertes noyées de soleil, ses eaux limpides, ses plages de cailloux… Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Inexorablement, j’avance vers la sénilité et la dégénérescence (rendez-vous compte, à la fin de l’été j’aurais trente-deux ans.TRENTE DEUX).

J’ai découvert la Croatie il y a quelques paires d’années, donc. Impression plutôt étrange, puisque séjournant dans un hôtel temporellement décalé (comprendre: plus rénové depuis l’époque disco, fauteuils ronds en plastic blanc et lampes oranges en témoignant) mais bonne tout de même.

Souvenirs de langouste pour trois francs six sous sur le petit port au coucher du soleil, de slijvoviça enquillées parce que c’est moins cher que l’eau – bonheur de l’étudiante – et du posip, un blanc frais, aromatique, léger. Pas un grand vin, mais un pinard de vacances, qui claque sur la langue et guérit les coups de soleil, enfin, c’est ce que j’aime bien croire.

Et puis, paf! Des années plus tard, moins de soleil, plus de langouste. Une après midi hivernale en Belgique, le ciel est bas et la neige colle aux semelles.

Une bouteille presque incognito, étiquette blanche. Il faut plisser des yeux pour arriver à lire: plavac mali.

Me rappelle un truc.

Plavac mali… c’est ça. Le rouge que je ne commandais pas en vacances: peur d’être plombée, des tannins rêches. J’étais jeune, et probablement stupide, ceci expliquant cela.

Je plonge le nez dans le verre: loin de la punition, un incroyable melting-pot, un feux d’artifices. Ça se joue entre un peu d’animalité, du cuir neuf, de la cerise qui kirsch, de la framboise qui twiste, ça rappelle la promenade en forêt tôt le matin à la maraude aux mûres, les vieilles pierres chauffées au soleil, un trou de terre où poussent des champignons. En bouche, souple, docile, l’animal ne rue pas. Il se laisse caresser, velours. Long, long, long, le plaisir. Un vrai beau vin, complexe sans être compliqué, intellectuel sans être chiant, sensuel plus que cru.

Tout ça c’est bien beau, mais qu’est-ce que c’est au juste que ce pinard qui parle même pas français?

C’est donc un vin croate, de la région de la Dalmatie donc. Plus précisément de l’île de Brač. Jako Vino – Stina Barrique 2009. Stina veut dire pierre en croate (je me suis pas soudainement mise à parler croate pendant la nuit, j’ai vérifié). Il a le bon goût, l’extrême bon goût d’utiliser un cépage croate (ce qui est tout de même plus intéressant, convenons-en que ces sempiternels cabernet, sauvignon, chardonnay et merlot que l’on croise partout).

Sur l’île de Brač, on cultive pas mal de blancs: pošip, vugava, bogdanuša, grk, malvasija, rukatac…

Mais aussi, et surtout, ce qui nous intéresse un cépage rouge appelé plavac mali.

(qu’on ne boit pas que le dimanche à Bamako)(Mali, vous l’avez?)

Et c’est là qu’on a droit à un petit moment de généalogie ampélographique car c’est mon dada. Le plavac a pour parents proches le krljenka de Kaštela et le dobričića.

Jusqu’ici, tout cela parait bien obscur.

Mais si je vous dis que l’autre nom de krljenka est ZINFANDEL.

Haha, vous voilà bien attrapé.

Le zinfandel, so typically american, serait donc un cépage croate? Hé ben oui. Ça vous en bouche un coin, je sais.

Plus fort encore, le primitivo (si cher aux Pouilles et à l’Italie) vient aussi du même cépage croate.

Dingue.

Raison de plus pour serrer un peu le plavac en particulier de près, et les vins croates en général non?

En plus…

Il y a trois niveaux de qualité pour les vins croates:

  •  vrhunsko vino: vin de grande qualité, logiquement les meilleurs crus
  • kvalitetno vino: vin de qualité
  • stolno vino: vin de table, en général souvent médiocres

On produit du vin quasi partout, les régions les plus connues  sont l’Istrie, la Dalmatie, Pokuplje, Moslavina, …

Tous types de vins (rouges, blancs, rosés, effervescents, doux) et aussi quelques curiosités comme du vin de glace, et le prosek, un vin de raisins passerillés.

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5 réflexions sur “Echec et dalmate*

  1. il est bon…soit! mais ici en France, oui juste ici!! il est cher!!! 18.50 euros la bouteille…snif…cher comme un souvenir de vacance!

  2. Moi qui adore le Zin’ et le primitivo je ne me doutais pas qu’ils avaient encore un autre cousin! J’espère en trouver pour découvrir! Merci pour cette belle analyse ampélographique!

  3. Comme Guiyome, je découvre un autre parent des zinfandel et primitivo que j’aime beaucoup. Ne me reste plus qu’à découvrir les vins croates !

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