Pourquoi le road wine trip ne me fait pas tripper*

*j’aurai bien titré « trippeur, arrête de tripper » mais ça allait beaucoup trop loin.

J’ai un facebook très actif où j’aime dire un paquet de conneries où je fais beaucoup de veille vini-viti-oenophile.

Grâce à lui, je suis tombée sur cette annonce oh combien alléchante et oserais-je dire sympatoche? Soyons fous: sympatoche.

« A chacun son style et ses vins de France. Le concept : un « road trip » de 6 chroniqueurs web du vin à travers les vignobles de France, du 25 mai au 6 juin 2013 pour témoigner de l’actualité des productions.

Chroniques à plusieurs autour du vin, les pieds dans les vignes, sur le papier (ou le support ordi) ça a de quoi me titiller. Il se trouve que j’aime chroniquer, que j’adore le vin. Et que j’ai un blog.

Je poursuis donc ma lecture: ils cherchent un candidat belge!

Je suis belge, ça tombe carrément bien.

Les conditions à remplir  semblent largement à ma portée:

  • leur passion du vin: yes, sir!
  • une plume stylée: j’ai la prétention de croire que oui, je sais un poil écrire (enfin, c’est surtout parce que vous me lisez, merci mes lecteurs chéris)(notez bien, je me plante peut-être complet, il suffit de voir le nombre de bouquins que vend Marc Lévy).
  • un nombre minimum de deux mille lecteurs, likers et autres suiveurs: petit décompte sur twitter, vous êtes plus de trois mille cent les petits potes, et sur facebook près de cinq cents. Instagram? Trois cent soixante… Paf, problème de l’audience pulvérisée.
  • une aisance naturelle face caméra: mais bien évidemment, enfin!
  • leur possibilité d’opérer à une collaboration éditoriale avec un ou plusieurs médias belges « grand public » (off- et/ou online) dans le cadre du road-trip: SCALPEL! CHIMIE-NFS-IONO… (quoi, j’ai bon non?)
  • une motivation sans bornes: j’ai plus d’appétit qu’un barracuda.

Alors, c’est où qu’on signe?

Minute papillon.

Malgré une certaine propension à foncer tête baissée, parfois je réfléchis.

Et je lis, tous les mots. D’ailleurs, prenez-en de la graine, c’est souvent salutaire plutôt que de s’attacher à deux phrases et de  critiquer le contenu entier d’un billet sur cette base (message personnel: oui, tout à fait).

Je passe sur la façon  un peu … folklorique de présenter les thèmes:

Loire (style « authentique naturel »), Bordelais (style « glamour chic »), Languedoc (style « décontracté simple ») et Beaujolais (style « décalé fun »).

Après tout, les blogueurs sauront sans doute insuffler de la folie, du dynamisme et de l’humour là dedans. Je nous vois déjà, fine équipe, déguster à Bordeaux en talons de douze(hommes compris, bien sûr) et robette de satin dans les vignes pour rester dans l’esprit glamour chic.

Mais je digresse.

Revenons-en donc à ce road-wine trip de folie de la mort qui tue sa reum.

Si je récapitule: il suffit d’être libre, belge (ou de l’une des autres nationalités citées), de savoir écrire, d’avoir de l’audience, et d’aimer le vin.

Pour faire quoi?

Oh, c’est là que ça se corse.

Pour faire des dégustations, voyager dans le vignoble, mais surtout, surtout offrir du contenu.

Oui, j’insiste: offrir.

  • animer le site http://www.roadtripinfrance.com avec du contenu adéquat dans la ou les langues de son pays,

  • publier sur son propre blog, compte Twitter, Facebook, Instagram, Pinterest,Viméo, Youtube, Foursquare, Google+…,

  •  fournir du contenu au(x) média(s) au(x)quel(s) il collabore,

  • participer à la vidéo générale du Road Trip en tant que correspondant-témoin de son pays (4 épisodes, chacun dominé par un style de vins de France).

Du contenu… Sous plusieurs formes donc. Sans plus de précision. Et le devoir de céder également le contenu que tu produis à des médias. Sans préciser lesquels, sous quelle forme. Un nombre de signes ? Une date de parution? Une éventuelle cession de droits (à l’image, sur les écrits)?
Rien. Nada.

Fournir du contenu à un média, qui va par la suite en tirer profit, ça ne porte pas un nom ? Ha mais si. C’est du travail. Je me suis même laissé dire qu’on appelait ça des piges.

Des piges gratuites en l’occurrence ici. Malgré mon goût pour l’oxymore je ne souris pas exactement là.

Les chanceux blogueurs vont donc devoir pendant un temps indéterminé fournir un nombre indéterminé de piges et de billets à visibilité (comprendre: faire de la pub sur les blogs, Twitter, fb, instagram). Sans toucher un kopek. Plus fort: qui dit que ces contenus pondus gratuitement ne seront pas ensuite revendus? Et donc généreront encore plus de fric?

C’est ici qu’on comprend mieux la clause « audience de 2000 followers minimum ». Ce contenu produit, et gratuit, il faut aussi qu’il soit lu. Donc, si l’audience est déjà présente, ça mâche le boulot. Qui que tu sois sur le net, sache que tu as une valeur pub, c’est ainsi. Ta tronche de cake vaut autant que tes followers (et la capacité à les impacter). Tu deviens une cible privilégiée pour l’agence de comm’. Elle n’a pas à faire le boulot, à chercher des lecteurs: tu lui amènes toi-même sur un plateau. Tu comprends un peu mieux ta valeur marchande?
Parce que oui, un individu communicant sera toujours plus populaire, plus sympa, plus accessible que n’importe quelle marque-société-entreprise.

Toi, t’es identifiable. Ton identité, mieux ton individualité fait ta valeur marchande.

Les blogs s’achètent. Les blogueurs s’achètent. Pour pas un rond.

Parce que ça va leur donner de la « visibilité » ? Peanuts. Lire au sujet de la visibilité ce billet, qui en parle mieux que moi.
Du trafic ? On sait bien que le vrai trafic important c’est celui des lecteurs qui viennent régulièrement parce qu’ils aiment un style, un ton, des prises de position et pas des communiqués de presse lénifiants. Peu importe d’avoir un pic bref de visiteurs qui sans doute ne resteront pas plus de 30 secondes pour lire un billet dans lequel tu as mis du cœur, et des tripes, faut les garder, les subjuguer, les charmer avec sa plume détonante et son humour irrésistible (hem). Et ça, c’est un boulot de longue haleine, ça ne se gagne pas en trois coups de clics.
La gloire la drogue et les putes? Bof, c’est très surfait tout ça. Surtout la drogue.

Est-on vraiment obligé de tout monétiser ?
Oui et non.
Tout n’a pas valeur marchande. Tout ne doit pas être rémunéré.
Quand j’écris ce billet je n’ai personne derrière pour allonger les biftons (s’il existe un joyeux mécène, il peut se manifester hein – quoi, laissez moi l’ironie j’ai déjà pas de thunes).

J’écris gratuitement, ici. Et ça ne me pose aucun problème pour la bonne et simple raison que JE décide d’écrire, dans le format que je veux, sous les conditions que je décide. Si mon bon plaisir est de ne rien poster pendant une semaine, ou quinze jours, soit. Si j’ai envie d’écrire un billet chaque jour, libre à moi. Ce blog n’est pas lié à une régie pub, il ne génère pas de revenus, il n’est pas fait pour ça.

A partir du moment où je produis un article pour un média (qui lui génère de l’argent) dont la longueur, parfois le sujet, des contraintes temporelles, de rédaction etc sont fixées j’estime qu’on n’est plus dans une activité gratuite. C’est un travail -oui, écrire est un vrai travail, n’en déplaise à certains qui le considèrent comme un passe-temps- et j’estime que comme tout travail, il doit être rémunéré. Parce que prenons un exemple au hasard… moi.

J’ai déjà, à plusieurs reprises pigé. Pour de vrais journaux. Des articles qui m’ont demandé un travail de recherche, des interviews, des déplacements. Du temps, et pas seulement de rédaction. Qui m’ont été rémunérés, parce que c’est juste.

Et pas en visibilité, en gloriole ou autres promesses.
Non. En pèze, en flouze, en monnaie, en pognon… Je deviens vulgaire?

Non, je suis réaliste.

Bloguer, c’est offrir un contenu. Oui. Gratuitement. OUI. Parce que c’est une passion, parce qu’on a envie de partager, des choses à dire, qu’on veut juste écrire, ou se flatter l’égo. Ou tout ça.

A partir du moment où l’on est sollicité pour produire un contenu (qui est susceptible d’être revendu) et qui doit satisfaire à certaines conditions, ce n’est plus du blog. C’est un travail.

Il est donc normal de ne pas vouloir souscrire à ce système du tout gratuit- tu es payé de reconnaissance- de visibilité sur des poneys violets qui crachent des paillettes.

Même quand on te fait miroiter la fabuleuse aventure humaine, le partage du net, l’incroyable grande famille des blogueurs…

On peut aimer être baisée, mais mettez-y un peu les formes, tout de même.

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12 réflexions sur “Pourquoi le road wine trip ne me fait pas tripper*

  1. Carré, correct. Même poli. Belle réserve, je dirais même haute tenue, diplomate et tout ça.
    En tant que citoyen marseillais de France, je me déboutonne un peu plus le survête de l’O.M. et je dis : honte et aïoli sur l’équipe de commerciaux du Sopexa Groupe de congs (sifflez, sifflez !) serviles, avilis et décervelés branleurs, même pas avinés, mais grassement payés par Franceagrimer pour avoir pondu (euphémisme ! mais par le cloaque c’est pareil) le concept ( tu parles d’un « concept » de cong !) et le logo turluto-merdique de l’opération promotionnelle sus-mentionnée, rien que des zouaves abrutis qui tentent de caresser et lubrifier le blogueur à des fins d’engatses aussi inavouables que transparentes. Je pressens la venue prochaine d’un concept de roade trip fromages de nos belles régions et d’un autre concept, le roade tripes, charcuteries et chairs de contrastes.
    Ce que j’en dis, c’est parce que ça me retourne le fondement, mais attention, mes propos n’engagent que moi et pas la délicate tourterelle des vignes qui elle ne pioupioute qu’avec tact et délicatesse, faudrait voir à pas lui ébouriffer les plûmes. Tu m’as compris Sopexa à foutre ?

  2. Emballé, c’est pesé.
    Bien dit, la belle.
    Les mecs qui organisent ça font raquer les domaines visités, les inter-pros et les ODT, en plus. Et ils ne paient pas les blogueurs. Elle est pas belle la vie ? Foutage de gueule, quoi. J’ai presque envie de dire « nan, mais allo, quoi », mais je ne le dirai pas, c’est trop niais.

    • soyons clairs, et tout à fait transparents: il parait que sous certains navigateurs wp (mon hébergeur) diffuse de la pub. En rapport ou non avec mon contenu, je n’en sais rien, puisque mes navigateurs ne l’affichent pas. Je n’ai aucune rémunération pour ces pubs, et franchement si je pouvais je m’en passerai.

  3. Avec Firefox et Safari, ya pas de pub sur ton blog. Juste une boîte de conserve un peu rouge et une bouteille de vin avec une étiquette blanche. Ce qui, pour une pub, montre bien l’incompétence de ces publicitaires.

  4. Ouais, c’est très bien tout ça… mais inutile de s’en prendre aux poneys violets qui crachent des paillettes…

  5. Lecteur de ce blog depuis 3 mois, je l’apprécie encore plus après ce billet. En plus de l’aspect « je vous parle du vin » et j’y apporte ma touche (mon point de vue, des connaissances, des clés de compréhension), il y a aussi le côté « je réfléchis » (à ce qui m’entoure, à ce que je fais, comment je le fais).
    Quand en plus c’est bien écrit et drôle ! Bravo.

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