Olne vit que deux fois*

aline

*et Néchin ne meurt jamais (pardon, James)

Un petit salon sympa, et près de chez moi, l’occasion était trop belle. Olne rassemble chaque année une très chouette sélection, plutôt orientée bio, ou nature. Des tronches bien connues, d’autres moins, et toujours une surprise ou l’autre.

Loin des grosses machineries des salons où l’on n’a ni temps ni loisir de tout goûter, où l’on perd forcément un bon paquet de découvertes, ici c’est à taille humaine. Bon, okay, cette fois ci j’ai fait l’impasse sur quelques uns, mais j’avais une excuse: visite express, pour cause de lardon accompagnant. Un lardon intéressé, qui voit que le vin ce n’est pas juste une bouteille qu’on ouvre, mais aussi des gens derrière, et une multitude de goûts et de caractères.

Au registre des connus déjà, mais qu’on re-goûte avec plaisir: Aline. Jeune vigneronne belge, pétillante, une belle tronche quoi. Une belle gamme de vins, qui pour moi est de plus en plus juste et en place. Y a du fruit, de la matière, oserais-je de la gourmandise? Carrément.  J’ai beaucoup aimé la top bath cuvée AlineA, petite bombe de fruits. Le carignan Saint Martin, dense et sincère, et une syrah qui ne s’en laisse pas conter. Le lardon, content comme tout d’étancher sa soif avec le jus de raisin d’Aline, n’était pas mécontent non plus de sniffer le joli muscat. Si vous ne connaissez pas encore le domaine des Mathouans, c’est une erreur. Et ce n’est pas Renaud, premier supporter et mari d’Aline qui nous contredira.

Je ne sais plus si c’est chez Eva que j’avais lu pas mal de bonnes choses sur le sieur Laurent Herlin, n’empêche si c’est elle, elle a raison. Voilà un grand type qu’on imagine tout de suite à la vigne: épaules carrées, mâchoire itou, comme s’il était taillé pour ça. Sauf que. Laurent Herlin avant d’être vigneron a eu une autre vie: informaticien. Comme quoi… Maintenant installé sur Bourgueuil, il proposait à la dégustation trois cuvées.

herlinLe tsoin tsoin est une cuvée-glou, facile. Le genre de cuvée que tu allonges fissa dans le foin et que tu prends sans cérémonie. Parce que c’est bon, c’est cru, c’est tendre et ça pose pas de questions. Terre d’adoption en Bourgueuil est plus structuré, sans pour autant être rustre. J’aime la finesse, et la pureté du fruit. Illumination est le beau gros bébé un peu plus tannique mais pas moins charmant. Vraiment, chouettes vins et chouette gars.

De la Sorga, je retiens les étiquettes comment dire? Particulières? Hum. Et aussi un très joli muscat- l’hérétique- qui fera dire au lardon (précision: s’il a le droit de goûter, il crache car il est bien élevé):

ça sent le raisin, et ça goûte le raisin.

Voilà, tout est dit, je ne sais pas si un futur dégustateur est né, mais en tous cas il a raison ce petit. Je dirais même qu’il est bien.Tip top pile ça, le muscat c’est un gros bonheur de raisin.

sorga

 Le chamillon dans un style blanc qui fait plaisir sans complications est parfait. Sereibroc pas mal du tout et assez charnu (indice: tu veux savoir où il est élaboré? Lis le nom de la cuvée à l’envers, hé ouais). La roumanie tout court (cinsault, grenache, alicante) est ciselé pour les soifs de fin d’après-midi, ou de toute fin de soirée. Quand on a envie de se faire taquiner par un bouquet de pivoines, de fraises, et chatouiller un peu le palais après des vins plus en force. Bref, la Sorga,  c’est du très bonnard.

De la bulle qui claque chez Bourgeois-Diaz: c’est simple, tout est bon. En voilà du champagne de vigneron, bien élaboré, équilibré, à un juste prix. Gourmandise et finesse au rendez-vous, pas besoin d’en faire des caisses, on se rue dessus, et c’est tout!

rouxUn bourgogne bluffant, bourgogne très libre d’Adrien Roux (Karamazoff, aucun lien, comme les frères).

Libre, Max, parce qu’il n’a pas connu le soufre. Ça donne un jus revigorant, qui lorgne limite vers le gamay, friand, tentateur. Et je parle pas du nez car on y serait encore des heures. Le petit-chablis m’a moins convaincue, par contre mention pour le bourgogne récolté un poil tardivement et « récolté à pieds » dixit l’étiquette.

Gros coup de cœur pour Champ d’Orphée, de Stéphane Lucas. orphéeJ’ai un faible, avoué depuis longtemps pour les vins du sud-ouest. Et un amour particulier pour les cépages du cru. Forcément, un braucol 100% ne peut que me parler, et quel braucol: suave, long, terrien. Un de ces pinards qui donnent envie de se poser avec rien autour, juste le bruit du vent et le crissement des feuilles puis de le savourer lentement. Parce qu’il mérite. Orphée, on connait: celui qui perd sa belle aux enfers car il ne peut s’empêcher de se retourner pour la contempler. Ça ne pouvait pas être plus adapté: on ne craindrait pas l’enfer ni la damnation solitaire pour reprendre encore une gorgée de ce champs tentateur.

Une histoire toute simple comme je les adore: un jour, sur facebook, je reçois un message succinct d’un apparemment catalan, qui souhaiterait me rencontrer et que je goûte ses vins. Pourquoi pas? Nous avons d’excellentes fréquentations en commun. On se verra à Olne. Paf. Ivo sourit, on se tutoie d’emblée. Il me fait goûter un très beau blanc, une sirène languide et voluptueuse, mais pas sans sel: j’acquiesce, bluffée par la fraicheur du vin.

ivo C’est qu’en Catalogne, ça cogne pardi! Suivent deux rouges, un pirate qui porte bien son nom: vrai appel à sortir du moule et du rang, passer à l’abordage. Y a du fruit, ça jute, c’est simple et bon. Simplement bon. Puis un rouge de structure, s’alqueria de profondeur qui montre -oh dieu merci- qu’on peut faire des vins rouges espagnols avec de la matière sans les faire étouffer dans le bois pour autant. C’est maitrisé, c’est gouteux, ça donne envie d’en boire. Bref un très bon moment -trop court, comme souvent sur ce genre de salons- et qu’on essaiera de reproduire.

On signale aussi le joli rosé du domaine des Mourres, pas show-off, taquin juste ce qu’il faut, fruit sans tapage inutile. Un grand oui pour les grandes soifs de terrasse.

Dernière astuce pro: le type qui place dans une seule phrase « atypique » (répété 4 fois) « original » « hors champs » … PARS EN COURANT.

(parce que c’est bien beau de vouloir faire du « pas comme les autres » mais quand les vins sont mauvais, c’est pas « atypique ». C’est juste mauvais).

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3 réflexions sur “Olne vit que deux fois*

  1. Ah…. Ivo…. je suis ravie que tu l’es rencontré ! j’aime beaucoup ses vins, il faut absolument que je les regoute ! tu m’as donné l’eau a la bouche…

  2. Selon la légende, Orphée était capable d’attendrir les bêtes les plus féroces, de charmer les arbres, d’émouvoir les pierres et rochers et de faire pleurer les hommes.
    Tout est dit, difficile d’ajouter quelques mots intelligents.
    Simplement implacable !

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