50 shades of wine*

Avertissement: ce billet risque de contenir du vocabulaire explicite, voire des propos qui pourraient choquer les moralisateurs rigoristes. Mineurs et autres âmes sensibles sont priés de fermer l’onglet, merci.

*huhu, pardon.

Les accords mets-vins, tout le monde en fait, c’est super mainstream. Les accords musique-vins, déjà dépassés, qu’on préfère la flûte ou la basse. Mais n’oublie-t-on pas un accord* essentiel, pour ne pas dire fondamental?

L’accord sexe-vins.

J’en vois certains pousser des cris d’orfraie: ça va trop loin, c’est honteux, c’est pervers, bouhhhhh!

Pas tant que ça, les cocos.

Le vin c’est avant tout du plaisir: de l’organique, de la chair, de l’émotion, des jambes qui tremblent, du cœur qui cogne, et des vibrations dans le ventre, une langue excitée et de la peau qui rougit. Comme?

Comme le sexe, bien entendu.

M’étonne d’ailleurs qu’on fasse si peu (ou si hypocritement sous le manteau) le lien avec le cul.

Surfant sur la vague ô combien porteuse des coachs en séduction, je pourrais affirmer qu’un très bon vin est un atout indéniable pour faucher la donzelle énamourée en plein vol, ou appâter le mâle en rut.

Mais fi!

Imaginons que cette étape là est déjà derrière vous. Imaginons qu’il ne reste plus qu’à conclure, l’affaire est emballée, pesée. C’est pour cette nuit, ce soir, cet après-midi. Ce serait trop facile d’aller chercher toutes les cuvées au nom évocateur et paf, débrouillez-vous. On mange pas de ce pain là. Soyons subtils.

On n’a pas toujours les mêmes envies, en fonction du/des partenaires et du moment. Pour boire comme on baise, voilà les cas de figure les plus courants:

Option 1: c’est un one-night-stand.

Ce qui a tout de même plus de gueule qu’un coup d’un soir, avouons le, sont fort ces angliches. Anybref, par définition, la personne avec qui on s’apprête à faire des galipettes n’est pas amenée à revoir notre couche. Inutile donc de sortir un grand jus (sic) qui lui donnerait envie de s’attarder. Ou de revenir. Sans aller jusqu’à de la Villageoise, parce que quand même on n’est pas masos, mais un machin bien fait sans trop de prétention et qui coule tout seul? Un chouettos gamay, qui vous choppe tel un lapin en plein vol, ne vous plombe pas les mollets, et étanche la soif. Sounds perfect, isn’t it?

Et sans vouloir être rat, ça évite des dépenses dispendieuses. Bah oui.

Mes chouchous? Les volcaniques, Verdier-Logel en côtes-de-forez, et Gama-sutra, O.Lemasson, vin de France.

Option 2: c’est le grand amour.

Vous vous habillez tous les matins en couleurs pastels, tout le monde vous trouve une mine magnifique, vous rêvez récurrement de plages nues avec des mouettes qui s’ébrouent, un labrador qui court devant vous, et la main de votre dulciné(e) dans la vôtre (avec elle/lui au bout sinon c’est gore), le tout sur du Michel Legrand.

Pas de doute, vous êtes défoncé.

Enfin, in love quoi.

Le chabadabada s’accommode mal de vins trop lourds, après tout, vous êtes légers comme des nuages (pas d’inquiétude, ça passe vite). J’aurais tendance à dire que le champagne est TOUJOURS un choix excellent. Appétit coupé, de toute façon vous grignoterez à peine, pas besoin d’être grand clerc pour le savoir.

Mais un rosé avec un poil de sucre peut le faire aussi: tant qu’à verser dans la guimauverie, allons y.

Mes protips: en champagne, la cuvée Bam! de chez Tarlant risque de vous laisser tous les deux pantois, et de vous rendre un peu moins mièvres.

En rosé sympa comme tout: Pink Fluid de la Grange aux belles, avec en bonus track l’accord musique qui va bien, tout trouvé. Quoi? Vous ne fantasmez pas faire l’amour sur « high hopes »? PFFFF.

Option 3: Le bon vieux samedi soir classique

Vous êtes un couple déjà un peu installé, assez pour vivre ensemble. Vous avez végété toute la soirée devant la télé, il est 23h, et moitié par habitude, moitié par envie, vous commencez à jouer avec son sein. Tout est confortable, moelleux, connu (note aux distraits: pensez à installer des rideaux si vous souhaitez baiser sur le canapé, c’est fou le nombre de voisins qui éprouvent un besoin irrépressible de sortir les poubelles un samedi soir). Parce que vous n’avez plus besoin de le/la guider plus que de raison, parce qu’elle/il sait ce qui vous fait vibrer, un pinard classique s’avère évident. Comme tout bon couple installé qui se respecte, vous avez au moins une bouteille au frais? C’est un bourgogne? Que vous êtes malins! Un chardonnay juste assez flatteur pour finir de vous titiller les sens, juste assez rond pour appeler à caresser d’autres formes, qui patientera bien le temps de vos ébats dans le sofa pour être fini au lit, tranquilles.

Idées? Le clou 34, Naudin-ferrand en hautes-côtes-de-beaune blanc, ou bellis perennis, même domaine, en hautes-côtes-de-nuits. Du plaisir sensuel et sans show-off en bouteilles. MIAM.

Option 4: Le quickie

C’est venu comme ça, une envie subite pendant que vous enfourniez des miches (la cuisine, ha), ou que vous fourriez le linge dans le lave-linge: l’objet du désir est pas loin, plutôt consentant, et tout se passe très vite. Trop vite pour déboucher une quille?

Oui, sans doute. Mais pour se remettre, quoi de mieux qu’un vin rouge avec de la personnalité, du corps, du poil, et qui donne faim aussi? Sud-ouest mon amour, nous voilà.

Le sublime braucol du champ d’Orphée (le petit champ) ou le You fuck my wine, du Mas del Périé, en jurançon noir seraient parfaits, avec une côte à l’os juste grillée.

Option 5: La liaison adultère

C’est mal! Oui, c’est très mal. Mais c’est bon, dites-vous? Sans doute, parfois. Loin de moi l’idée de vous encourager à forniquer et à répandre le stupre et le vice tels d’immondes amoraux, mais bon, soyons prosaïques. Tant qu’à tromper, autant ne pas se faire gauler: vin rouge proscrit pour cause de tâches suspectes. Un accident est si vite arrivé, et si un peu de rouge sur un col de chemise s’explique (rendez-vous d’affaires, chérie, ils adorent le saint-émilion, tu sais comment c’est), la même sur les sous-vêtements peut paraitre à tout le moins suspect (rendez-vous d’affaires décontracte, détendus du slip et tout. D’ailleurs nous étions quasi nus, c’est pour la confiance commerciale, méthode américaine nouvelle hum). Touchons le goût du blanc.

Blanc léger, parfumé, comme du rouge filé sur la peau après les baisers. Du vice dans l’air, des dents dans la chair.

Envie de pécher? Carpe diem (HINHIN), tursan blanc une belle cuvée toute en suggestion ou Pollux, savagnin non ouillé (pour effectuer la danse des sept voiles) du domaine Champs divin.

Option 6: Plus on est de fous

Moins y a de riz. Parce que jeunes, fous, pleins de foutre fougue, on se laisse aller à plusieurs, ça se mélange dans tous les sens et on ne sait plus très bien quoi est à qui. Utilement déconseillé de faire de même avec le vin: à moins de penchants émétophiles, il vaut mieux réserver le mélange aux corps, aux peaux, et aux sexes. Mais il est judicieux de prévoir assez de bouteilles (ou des magnums) pour satisfaire tout ce beau monde. Pourquoi pas un pinot noir jurassien? L’aide-mémoire de Bornard a l’avantage de se trouver en magnum, d’être hyper digeste en plus de coquin, et de peut-être fixer les souvenirs dans votre petite caboche. Pour quand vous serez vieux. Et impuissants. Vers quarante ans, quoi (Ho, ça va, je plaisante).

Option 7: Le sexe dans les champs

Ou dans la forêt, ou au bord de l’eau (pas sur la plage, parce que le sable, ça gratte, et les galets c’est dur, n’en déplaise tous les romantiques, d’ailleurs laissons leur. La plage). Bref, du sexe nature, retour à l’ivresse des sens peau nue au soleil, primitifs et sauvages. C’est le moment de sortir un pinard nature lui aussi.

Je boirai bien du Poquelin, des Perraud (toutes ces références littéraires, d’un coup d’un seul) ou du 7, rue de la Pompe du Mas Coutelou (ne voyez pas d’allusions graveleuses, ou si, tiens).

Option 8: Sexe intercrural

Le quoi? Naïfs et naïves, le sexe intercrural est l’insertion de son sexe, préalablement lubrifié, entre les cuisses de son/sa partenaire. Pratique bien pratique pour éviter de déflorer un(e) vierge, ou pour s’assurer de ne pas enfanter, elle offre l’avantage de garder sa pureté morale, tout en provoquant des sensations tangibles.

Quoi de mieux alors qu’un pet nat?

Raccourci facile! Mais admettons, c’est si bon! Mes favoris, le pétillant naturel du domaine des Escausses (gaillac) très peu alcoolisé (moins de 3°), et très mauzac, ou celui en gamay du domaine des Pothiers, (autour de 8°).

Option 9: La panne

C’est désolant, mais ça arrive. Vous vous croyiez invincibles, prêts à conquérir la moindre brèche un peu offerte, et PATATRAS. Drapeau en berne, sol aride, rien ne va. Pour couper court à toute discussion gênante, et éviter de fuir ce qui est la dernière des goujateries, on peut dédramatiser en ouvrant un bordeaux. Un quoi? Oui, un bordeaux. Ce truc structuré, aux tanins un peu fermes (quoi? Je remue le couteau? Mais non!) qui est aussi suave avec quelques années de plus. Un plaisir différent, en somme.

J’adore le champ des Treilles, en sainte-foy-bordeaux parfait pour les petites bourses. Sinon, chasse-spleen devrait suffire à consoler les plus inconsolables. Avec le temps va, tout s’en va. Et c’est pas bien grave, si on a du chasse-spleen, foi de moi.

Option 10: la sodomie

OUH, fuyez dangereux sodomites, avant d’être consumés sur le bûcher de l’inquisition! Fuyez, tant qu’il est encore temps, que votre vice coupable ne fasse tourner le lait des allaitantes, accoucher les parturientes de monstres morts-nés, etc.

Mmmmh, voilà.

Entre nous, tout à fait entre nous… Ce n’est pas sale, mes enfants. Alors quel vin y accole-t-on? Un vin doux et puissant, sans doute. Quelque chose qui commence comme une caresse et finit en prise brutale, secoué du cocotier?

C’est peut-être bien le moment de sortir un vin de patience: vieux sauternes, ou monbazillac, patiné, liquoreux mais confit, plein sans être lourd, sexy sans être vulgaire.

A gros budget, Suduiraut en sauternes est splendide, surtout après une dizaine d’années. Portefeuille moins garni, les Pins, le monbazillac de Tire-cul la Gravière (sic).

Option 11: le sexe avec la bouche (la langue, et les doigts, si on veut, hein)

Celui qui naturellement se rapproche le plus du pinard, puisqu’il joue sur les mêmes cordes: le goût, l’odorat, le toucher, la vue. On ne joue pas avec la nourriture! Mais qui a dit qu’avec le vin, non?

Mêler le sel d’un très beau riesling bien minéral aux sucs de l’autre, voilà peut-être de quoi réaliser un accord parfait.

Riesling de chez Rietsh (dont on parle beaucoup en ce moment, ce n’est que justice), et le tour est joué.

Soyez joueurs, et n’hésitez pas à partager en commentaires vos bons plans sexe-pinard. Go!

Dernier conseil: seul Marvin Gaye a le droit de dire « je suis chaud comme un four » sans être totalement ridicule. A bon entendeur.

En bonus, des œuvres … comment dire? Couillues.

*en parlant d’accord, assurez-vous toujours du consentement de votre/ vos partenaire(s).

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28 réflexions sur “50 shades of wine*

    • Je valide ce commentaire.
      Et j’ai pas eu le courage de lire tout le post (eu égard aux relations uniquement à plusieurs). Mais si tu gagnes tu fais une vidéo te toi en train de mélanger du margaux et du palmer, non sans les avoir passé au micro-onde parce que ta cave est trop froide (pas de rapport avec le post), pour nous dire comment ça goute.

  1. Scan-da-li-sée. Et très légèrement vexée, je suis. Pensez un peu.

    Option 2 : c’est moi. Enfin, en ce moment. Il ne faut jurer de rien, c’est tout frais, c’est pas sec (n’y voyez aucun sous-entendu humide). La tête dans les nuages, les pieds dans les pâquerettes, en faisant attention aux abeilles parce que sinon tout de suite la moindre position un peu enlevée fait beaucoup plus mal, bref.

    Et que me proposez-vous-t’on ?
    Du champagne.
    Je suis allergique au champagne.
    C’est pas pour faire ma snobinette parisarde. Je suis réellement, physiquement, allergique. La moindre gorgée fait des origami avec mon foie et me donne des teintes verdâtres qui n’intéresseront que les collectionneurs de pots de peinture. Avec l’impression de boire un mauvais blanc qui aurait passé.
    Assez peu sexy, en somme.

    Auriez-vous, s’il vous plaît, autre chose à boire ?

    Option 7 : c’est remoi. Et que lis-je, de tous mes yeux-je ? Pas sur la plage.
    Après avoir ramassé ma mâchoire, tombée sur mes genoux, j’hésite entre le « vous n’y connaissez rien » et le « vous ne savez pas ce que vous perdez ».

    Que vous dire ? Qu’il existe des draps de bain à deux places ? Que les allers-retours (mais non, pas comme ça) entre le sable et une trempette dans la mer tiède sous les étoiles ont des charmes que ne connaîtront jamais les agrestes adeptes des sous-bois ? Que l’odeur du sable chaud, c’est pas que pour les légionnaires ?
    En tous les cas, une chose est sûre : la plage, ça donne soif.

    Alors j’aime bien le rouge de Loire « Les Marcottes » de Lionel Gausseaume, tout en fruits rouges et en fraîcheur. Il a aussi un rosé, baptisé – j’ai pas fait exprès – « Les Galipettes », qui tend vers la pêche et l’abricot, mais pas sucré, ça reste du vin, on est entre adultes.

    Sinon, quand la conjoncture économique arrêtera de nous casser les bourses, un Saint-Joseph blanc, c’est drôlement bon aussi.

    Mais je suis preneuse de conseils.

    Et merci pour ce papier, fort joliment troussé.

    • Il reste l’option rosé, qui n’est pas du champagne. Haha. Sinon pourquoi pas une belle côte-rôtie (puisque l’amour ne dure pas, en tous cas pas plus loin que la premiere Lunette de toilettes pas abaissée/relevée, on peut bien être un poil dépensier 😛 (puis un rouge velours, ça fichera un bon coup de pied au cul à la passion, what else). Pour la plage, je ne m’etendrai pas mais … L’expérience perso a souvent raison (et puis je peux être de mauvaise foi, si je veux :p)

  2. c’est une porte ouverte le lien entre sexe et vin, bien ouverte même, béante, accueillante 🙂 mais dit, il n’y a pas 50 shades là, je n’en compte que 11, et le reste, ce sera sur un autre billet ?

  3. Pingback: Libé food aime : 50 shades of wine*

  4. « Touchons le goût du blanc. » Arf!

    La version 9 serait-elle « le bordeaux au bord d’elle »? 😉

    Sinon, Rocco Siffredi s’est engouffré dans la brèche avec une cuvée bien à lui, et son argumentaire commercial ressemble un peu à votre introduction. Cela dit, je ne sais pas ce que vaut son breuvage.

    Et plus sérieusement, il existe, à Chamoson (Suisse), une cave nommée « Petite vertu », dont je garde des souvenirs relativement bons: http://www.petite-vertu.ch/ .

    Sur ce, je m’en vais explorer votre blog plus avant. Merci pour ce fort beau billet!

  5. « Je ne vois pas ce qu’il y a de choquant dans ton article. Tu as dit un gros mot ? Si tu veux, nous pouvons nous voir, je suis dans ton coin, j’ai une affaire à Lille en ce moment. A très vite ? Dominique. »

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