Vin au féminin: mes couilles, oui*

*la vulgarité, ce sont elles qui ont commencé

Une énième initiative « pour les femmes » ce matin. Fabienne attire mon attention sur le tenue de « Vins au Féminin » un trophée visant à récompenser les vins de femmes, par les femmes, pour les femmes. Je n’avais pas beaucoup d’espoir sur l’intelligence et la pertinence de ce type d’organisation. Mais ça a dépassé toutes mes espérances. Jugez plutôt de la gueule de la fiche de dégustation proposées aux « Girls only ».

jury femme

Voilà.

Femme, tu auras dans la tronche le nuancier Séphora pour noter la couleur d’un vin, sinon, tu n’es pas une femme (rose bonbon, litchi? WTF?).

Femme, tu ne goûteras point de façon détaillée, tu n’en es pas capable, laisse ça aux analystes. Hommes, il va sans dire. Toi, tu diras j’aime ou j’aime pas. C’est tout. Caractères organoleptiques, olfaction, longueur, bouche, attaque? Trop de mots compliqués, laisse tomber.

Femme, tu attacheras autant d’importance à la couleur du vin qu’à son packaging. Le goût, c’est secondaire après tout. C’est bien toi la reine de l’apparence non?

Femme, avant de te plonger dans la dégustation proprement dite, tu écouteras un homme t’expliquer. Oui, la partie sérieuse, on la laisse aux burnés, car le savoir réside dans les couilles, c’est bien connu. Ou le pénis, je ne sais plus.

En suivant le hashtag (mot clé qui permet de retrouver une activité commentée en direct sur Twitter) j’ai pu lire de bien jolies choses.

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Du dress code (?!) à la hiérarchisation des combats féministes, c’est vous qui faites le plus du mal au féminisme, les meufs.

Non, il n’y a aucun second degré, aucune excuse à trouver là dedans. Vous vous montrez bien peu fières de votre humanité, poules stylées et sans cervelle qui ne voient pas « où est le mal ».

Reifiées à l’extrême vous ne voyez aucun souci à être assimilées à des sous-hommes, à des superficielles, à ces pauvres petites choses fragiles qui n’y connaissent rien.
Je sais que tout ceci est purement marketing. Complètement. En gagnant du pouvoir d’achat nous sommes devenues cible de choix. À draguer. À cataloguer pour mieux happer. Et vous consentez à ce système ? S’en affranchir et réfléchir par soi-même c’est compliqué ? Oh, vous n’y voyez rien de grave. C’est fresh, girly, funny. Le patriarcat ça vous évoque un truc ? Bon.

Alors au final, je n’ai même plus de colère. Je n’arrive même plus à pester, vociférer, m’insurger.

Non. Je suis triste infiniment. Et découragée.

Parce que ça fait treize ans que je bosse dans le milieu du vin. Treize longues années où j’ai à peu près subi toutes les humiliations, les vexations possibles. Où j’ai lutté pied à pied, quasi orteil par orteil pour m’imposer, qu’on ne prenne pas pour une cruche, que ma voix aie autant de poids que celle d’un homme.
Que mon premier jour de stage dans le monde du vin a été marqué par cette sentence « T’es une fille? Ouille. Tu tiendras jamais ».

Treize longues années à mordre sur sa langue parfois, à ravaler son orgueil, à en chier.

Heureusement, j’ai un caractère en acier trempé. Quand je veux quelque chose, je finis toujours par l’obtenir, quoi qu’il m’en coûte.

C’est comme ça que je suis là aujourd’hui, à faire un métier que j’aime, que j’adore même. Qui me rend heureuse. Au prix de quels sacrifices? Peut-être le plus grand: avoir constamment quelque chose à prouver de plus que si je n’étais pas nantie d’ovaires. C’est ça ma réalité.

Alors voilà, aujourd’hui j’en chiale. Que certaines femmes soient complices d’une telle mascarade. Qu’elles s’engoncent elles-même dans un cliché dont elles auront bien du mal, nous aurons bien du mal à se départir.

C’est con, mais je pense à ma fille.

Ma future fille. J’espère que dans une vingtaine d’années quand elle fera le choix d’un métier, elle ne sera pas stoppée dans son élan par des clichés à la con, des images rétrogrades.

Qu’elle aura exactement les mêmes chances qu’un homme d’être heureuse.

C’est tout ce que je lui souhaite.

Édit: 4 points sur 24 (?!) sont attribués au goût du vin dans ce concours. Le reste se joue entre visuel (robe) et packaging.

Ai-je besoin d’en dire plus ?

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13 réflexions sur “Vin au féminin: mes couilles, oui*

  1. bravo, bravo, bravo !
    ça fait un moment que j’aurais voulu lire ça, exactement, entièrement d’accord avec ce texte – vers Noël, j’ai même vu des tire-bouchons roses bonbon, ah c’est si féminin ! alors les nanas qui trouvent rien à redire quand on enfonce et enfile cliché sur cliché, là aussi, j’en peux plus ! c’est quoi (le syndrome de Stockholm probablement) cette façon de toujours tomber dans le panneau (gros quand-même ce panneau) du marketing ?!
    et d’accepter qu’on nous sert toujours la même soupe insipide… non, mais réveillez-vous, prenez-vous au sérieux à la fin !

  2. Qu’ils fassent des trucs de vin où on note l’emballage, voire à tendance «girly», si ils laissaient des hommes dans le jury (fussent-ils efféminés), j’aurais rien contre. Ça me désintéresserait absolument, je toucherais pas un vin primé, mais j’aurais rien contre.

    Bon courage pour ta petite, c’est plus pernicieux que ça en a l’air : http://raymondlab.stanford.edu/publication/Raymond2013.pdf

  3. Bonjour Sand’, tu as malheureusement bien raison, ,je n’ai jamais aimée le féminin de sommelier, pensant que je n’ai rien à prouver de plus en y mettant un « e ». On m’a souvent demander si je buvais du vin… Cela m’a souvent faire sourire puis énerver et enfin je pouvais avouer que je ne bois que du coca 😉 Pfff…. les gens sont C, pardon, Bêtes que veux-tu….
    J’essayais de faire comme ci de rien n’était… en espérant que mon savoir et mon professionnalisme leur clouera le bec ! et que cela nous servira à nous toutes !

  4. Cela ne s’adressait pas à des professionnels donc il fallait que la notation soit accessible ! Je ne vois pas comment utiliser des mots qui justement ne sont pas accessibles aux particuliers !
    Perso, quand je bois un vin, je dis : j’aime, j’aime bien.
    Et oui, je suis le pure cliché féminin.

  5. Alors euh ! Moi je ne compran pas bien ta colaire, moi je suis une fille preppy et sexy (enfin j’espér, hihihi), alors j’attends que le vin que je bois soie aussi brenché et hélégant que moi. Comme les hommes aveq qui je sorent. J’éme qu’ils aie des chemises bien reppasser et des chaussurs propres, sinon, bouh, je n’aime pas ça du tout, et je boude.
    Quand je goûte un bon vers de vin, je secoup mes long cheveux blonds partout au tour de mois en faisant mmmh, c’est bon ! Et par fois j’aimerait pouvoir lancer de la poussière d’étoiles pour montrer mon bonne heure. C’est pour ça que je préfér boire du vin entre filles, c’est plus girly et on peut dessiner des arcs-en-ciel dans la fiches de notation

  6. Je découvre ce blog avec cet article. En tant que barman humaniste (j’aime pas le mot « féministe ») et intéressé par le vin, je reviendrais faire un tour quand je ne sortirais pas d’un service.

  7. Est marketing qui veut bien! Que les femmes soient leurs cibles privilégiées, c’est normal puisque c’est le but de leur métier.
    Mais sincèrement, sur l’ensemble de la gente féminine, le gout et l’odorat sont bien plus affutés que ceux des hommes. C’est une évidence. Les femmes ont la sensibilité apportée par les parfums, les fleurs, la cuisine, que les hommes n’entretiennent pas. Michel.

  8. Je suis professionnelle et je travaille dans un domaine avec une identité très féminine. Je vend du vin avec des packaging des sommeliers roses!
    Je trouve que les clientes du domaine se sentent beaucoup plus à l’aise dans cette univers! J’ai un point de comparaison car je travaille également dans un autre domaine qui à moins cette identité « girly ». Elles osent beaucoup plus faire des cartes de fidélités à leur nom et non celui de leurs maris, et viennent même acheter du vin SANS leurs maris! Car ici je leur apprend qu’il n’y a pas besoin « de s’y connaitre » pour apprécier un vin! Elle ont le droit d’aimer ou de ne pas aimer sans pour autant se justifier ou mettre des mots techniques sur leur ressentis.
    Aujourd’hui le monde du vin, n’est plus un milieu réservé aux hommes, il suffit de voir le nombre de professionnelles dans ce secteur. Si mettre des packaging « girly » peut aider les femmes à se sentir en confiance dans ce milieu, alors je dis oui!! Si organiser un « concours », où l’on apprend à juger un vin à des femmes qui ne l’on jamais fais car personne jusqu’à présent ne leur en à donner l’occasion, alors je dis « pourquoi pas »!

  9. c’est évidemment du bon vieux marketing a deux balles pour faire fretiller le cochon qui sommeille .Comme a la peche il faut mettre un appât au bout de l’hameçon et en plus ca marche!
    ca me choque mais ca ne deforme pas le paysage .

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