Ne pas prendre un râ(s)teau, lesson one*

*hum

Je n’ai pas encore souvent parlé des vins du Rhône ici. A part un article dédié au côte-rôtie, pratiquement aucun ne lui est consacré entièrement. Pourtant, ce n’est pas une région que je délaisse, loin de là. J’y ai même quelques bouteilles nostalgiques planquées, des amours constantes, et des coup de coeur fréquents. Mais voilà, l’occasion jusqu’ici ne s’était pas présentée.

Si je demande comme ça au débotté de me citer deux-trois appellations du rhône, je parie ce qu’on veut qu’on me dira côte-rôtie, châteauneuf-du-pape, saint-joseph…

Ce sont sans doute les appellations qui viennent le plus spontanément. Or, qu’est-ce qui les différencie vraiment? Côte-rôtie et saint-joseph font partie des appellations du rhône nord: elles sont à base de syrah et viognier pour côte-rôtie et de syrah ou marsanne et roussane pour saint-joseph. Chateauneuf peut lui compter jusque 13 cépages, rouges et blancs et appartient au vignoble sud.

Le Rhône est bien plus complexe qu’il n’y parait. On aurait tôt fait de schématiser en nord=syrah, viognier, marsanne roussane et sud= grenache surtout, + d’autres cépages.

De dire que seuls les nord sont élégants, tandis que les sud sont plus solaires, chargés d’alcool, lourds.

Trop facile!

La complexité des appellations du sud, des assemblages ou non, des sols offre réellement plein de pinards très différents.

Et donc, où voulais-je en venir?

Parce que c’est bien de faire des préliminaires super long, mais faudrait voir à pas se prendre un rasteau, au bout du compte.

HAHA.

Rasteau donc est une AOC au nord d’Avignon. Voisine directe de beaumes-de-venise, elle est l’une des plus hot du rhône.

Carrément chaude, rasteau.

Les courbes de ses côteaux exposés plein sud, sous le soleil exactement, se laissent caresser par le mistral.

Et rasteau est définitivement une coquine: en effet, rasteau seule désigne des vins doux naturels (là, j’explique le VDN) à base de grenache UNIQUEMENT.

Côtes-du-rhône-villages-rasteau désigne des vins rouges, blancs ou rosés, secs! Et utilisant une multitude de cépages.

Vous êtes paumés?

On récapitule:

S’il est écrit sur l’étiquette « rasteau » vous aurez dans le verre un vin sucré, un peu plus fort en alcool à base de grenache. Il peut être blanc, ambré, grenat, tuilé ou rosé. On le conseille classiquement à l’apéro (NE FAITES PAS CA), ou en dessert (c’est mieux).

Pourquoi pas à l’apéro? Le sucre, mes enfants: trop de sucre rend les papilles paresseuses, empâte le palais, et empêche de goûter convenablement Rien n’empêche de soigner son diabète post-repas, avec des fromages par exemple (miam!), un dessert pas trop sucré (pour l’équilibre) ou un cigare (rhaaaaaaa! oui!).

Si en dessous de rasteau, vous voyez la mention « côtes-du-rhône-villages » c’est un vin sec, le plus souvent d’assemblage. Attention! Ceci est valable pour les vins dont les millésimes sont antérieurs à 2009. La législation à depuis change et valide l’aoc rasteau (sans mention côtes-du-rhône-villages donc) pour les rouges secs. Blancs et rosés n’y ont pas droit et sont exclus.

Cette introduction mise en bouche, roulons-nous dans le stupre.

Avec ça.

gourt

Du rasteau? Non, ce n’est pas du rasteau, c’est  du Gourt de Mautens!

Je n’ai jamais rencontré Jérome Bressy. Pourtant, dieu que j’aime ses vins. J’ai quelquefois un rapport quasi charnel avec certaines cuvées. Voir leur étiquette suffit à me faire sourire, saliver, verser une larmichette d’émotion.

Et Gourt de Mautens fait partie de celles-là.

Premier choc vers 2002-2003, avec mon maître ès tortures viniques. Un jour, je ne sais plus quand exactement, il m’a fourré un verre dans les pattes et m’a dit: goûte fillette!

C’était une fin de service, on était crevés, et le vin agissait comme un doudou. Comme un réconfort, une sorte de tendresse infinie. Soyeux, pourtant puissant. Velouté, mais pas sans caractère. Le nez explosait calmement, la bouche déroulait à la fois mastodonte et extrêmement précise. Le juste équilibre entre un jus monstrueux et une élégance de folie. Une sorte de mec puissamment musclé en débardeur qui aurait le grâce d’Audrey Hepburn. Un vin Yin et Yang.

Gourt de Mautens pour moi, c’était les quelques gouttes auxquelles j’avais droit quand un client en commandait, la joie d’ouvrir la bouteille les mains un peu tremblantes, toujours peur de faire une connerie. Bouchon parfait, pas abîmé, quelques gouttes à peine dans le verre, tout le monde retient son souffle: il est là, parfaitement en place, incroyable.

Je pensais avoir enjolivé un peu: avec le temps, les émotions se patinent et prennent d’autres nuances.

Et puis, samedi, excellente table, avec d’excellents amis. Une carte courte mais superbe: une pensée pour Nicolas, il y avait du Trévallon 2000. Et puis Gourt de Mautens 1999.

Même si je ne bois pas de vin pour l’instant, la tentation était trop grande. On commande, la bouteille arrive. C’est con, mais j’ai la gorge serrée: mon voisin me prête élégamment son verre. Mal lui en a pris, je ne lui ai pas rendu de si tôt.

Nez dedans, yeux mi-clos: ça y est, retour 10 ans en arrière, la même baffe, le même désir. J’enfreins les règles, pour une gorgée. Juste une.

Et putain de bordel de merde!

Pardon, mais quand c’est trop bon, je jure.

En l’occurrence, j’aurais pu jurer fort et longtemps.

Alors voilà, merci monsieur Bressy.

Je ne sais pas si vous, vignerons, vous avez conscience de créer ces moments là chez des gens inconnus. De parfaite béatitude. D’explosion. De tendresse. De plénitude.

Je ne sais pas si on vous le dit assez souvent.

Merci.

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7 réflexions sur “Ne pas prendre un râ(s)teau, lesson one*

  1. Salut, ma grande.
    Permets-moi d’apporter ma modeste contribution à ce joli billet : les vins rouges auparavant vendus sous l’AOC Côtes-du-Rhône-Villages bénéficient depuis 2010 (avec effet rétroactif sur le millésime 2009) de l’AOC Rasteau, rejoignant ainsi les VDN.
    Bécots,

    Rico

  2. J’ai toujours eu des rapports je t’aime/moi non plus (salut Serge) avec les Rasteau. C’est sûr, Rasteau c’est chaud, très chaud. Avant de lire ce billet, j’aurais spontanément dit « trop chaud ». Finalement, je crois maintenant que je vais attendre d’avoir goûté un Gourt de Mautens avant de m’aventurer à émettre un jugement si définitif.

  3. Ha ben voilà, les Rasteaux d’Élodie Balme et Marcel Richaud m’avait mis sur la piste, tu viens d’enfoncer le clou. Après Montlouis, je viens de trouver ma nouvelle appellation obsession… reste plus qu’à en dénicher une bouteille.

  4. Il est clair qu’avec les vins doux naturels comme avec les rasteau, on est loin de prendre un rateau mais plutôt de très jolis moments de plaisir à l’état pur.
    Bravo pour ce post très personnel qui est aussi un moment de plaisir.

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