Idealakon #4 Vin de table Vs AOC, qui est KO?

Sous vos yeux ébahis, cette question d’intérêt général va être traitée sur la Pinardothek.

Ouais, j’avais envie d’introduire avec un minimum de cérémonie, car on n’est pas des gorets.

-Que peux tu me dire de ce vin de table à 80 boules, Sand?

-Ben, c’est bon.

-Mais encore?

-C’est très très bon.

-Mais c’est du fucking vin de table!

-Et alors, qu’est ce que ça fait*?

A l’instar de cette grande défenderesse de la chanson française,  (et du décolleté plus profond que ça tu constates si la demoiselle est épilée ou pas) moi non plus je n’aime pas les protocoles, les idées fixes, et les copier coller.

Replaçons donc les choses dans leur contexte. Pourquoi est-ce si dérangeant qu’un vin porte la mention « vin de table » ou « vin de France », d’ailleurs?

A cause de l’AOC.

Et oui. Il existe dans la tronche de nombreuses personnes, quelques mots sésame censés garantir la qualité d’un vin:

  • AOC
  • Vieilli en fût de chênes (MOUAHAHAHAHAHAHA. Pardon)
  • Vieilles vignes (re-MOUAHAHAHAHAHA. Ho, ça va)
  • Mis en bouteille à la propriété
  • Grande réserve, cuvée royale, Spécial réserve, Réserve
  • Grand cru
  • Cueilli et pressé entre les cuisses de jeunes vierges blondes (bon, okay, exagération épique) (et colégram).

Or, toutes ces mentions, si elles peuvent être d’éventuelles indications (de provenance, de façon de faire, de mec qui a pris le melon on peut rigoler, ho) ne sont pas forcément garantes que le vin est bon, plaisant, à votre goût (biffer toute mention inutile).

Pour l’AOC, c’est un peu plus subtil: l’AOC est un système de contrôle des appellations, qui remonte à des temps fort fort lointains où je n’étais même pas née. Ni mes parents non plus. Autant vous dire qu’on date les prémisses de l’AOC de l’an 24 après Line Renaud. Ce qui nous amène grosso modo au début du 20ème siècle. Pour que tout le bouzin soit définitivement mis en place, il fallut encore plusieurs dizaine d’années.

La genèse de la chose, on peut la résumer à peu près comme ça:

-Dis voir, Paulo, ce serait-y pas malin d’empêcher des mecs qui sont même pas du coin de venir apporter des raisins de chez eux, et de prendre le nom de notre village pour en faire du pinard?

-C’est pas con, Julo, mais bon. Comment qu’on va faire pour dire aux gens qu’ils peuvent pas?

-Ben, on crée un truc chargé de contrôler d’où viennent les raisins, on détermine des endroits, bien précis. Et ceux qui font des pinards dedans seulement ont le droit de porter le nom du village.

-C’est pas con. Un peu comme si on empêchait ta femme de se faire engrosser de batards et qu’ensuite ils portent ton nom?

-Ouais, exactement. Maintenant, tu m’excuses, mais je vais devoir te casser la gueule, Paulo.

On ne badinait pas avec les coucheries éventuelles de madame, en ce temps là.

Anybref, le système AOC  c’est je cite: « un système de protection d’un produit lié à son origine géographique et à certaines caractéristiques de fabrication. Il garantit l’origine de produits alimentaires traditionnels, issus d’un terroir et d’un savoir-faire particulier. »

Okay. Jusque là, c’est plutôt facile à comprendre et on voit clairement ce que ça vise à protéger. Comment ça marche?

Imaginons un super organisme de contrôle, appellons le INAO. Ca tombe bien, c’est son vrai nom. Cet organisme français est placé sous la tutelle du ministère de l’agriculture. Il est chargé pour chaque appellation AOC de définir un cahier des charges précis (type de taille autorisée, cépages autorisés, méthodes diverses autorisées, adjuvants ou non, etc). Un beaumes-de-venise n’aura pas le même cahier des charges qu’un quart-de-chaume.  Logique. Ce ne sont pas ses seules missions, mais en l’espèce, ça nous intéresse moins donc je zappe.

Le produit inscrit à l’INAO doit bénéficier de caractéristiques particulières héritées de facteurs naturels et humains. Cette loi prévoit que la reconnaissance des AOC et leur réglementation sont confiés à un établissement public, l’INAO, qui a un pouvoir de proposition auprès des ministères. Ce décret-loi de 1935 est fondamental, car il protège non seulement le nom du produit, mais aussi ses caractéristiques et son lien fort avec un terroir délimité, contrairement aux labels qui ne confirment que le savoir-faire du producteur.

Mettons qu’on soit vigneron. Qu’on fabrique du pinard. Au sein d’une aire d’appellation. En respectant les normes de production, les cépages, et toutes autres distinctions du cahier des charges de l’appellation. Est-ce que le vin est automatiquement classé AOC?

Non.

Il faut le présenter à l’agrément. Tous les ans.  Et ce n’est pas parce qu’il a été accepté une année qu’il le sera la suivante.

Le cas Perraud tout frais est patent. Ils font un moulin-à-vent, qui correspond au cahier des charges, niveau chimie (analytique), géographique, critères divers à l’appellation. Mais qui est pourtant refusé à l’agrément. Sur base de la dégustation.

Parce que oui, l’agrément se base sur des critères complètement objectifs ET aussi sur une dégustation qui peut, elle être un poil subjective? En gros. C’est ce qui a valu à des gens comme Marcel Richaud de se faire expulser de l’AOC cairanne, ou plein d’autres exemples encore.

Comment fait-on quand on est un paria de l’AOC?

On se met en vin de table, ou de France.

Ce qui explique qu’on puisse trouver des vins qualitativement intéressants, très, mais non présents en AOC parce que reconnus comme atypiques de l’appellation. Mais qu’est ce que c’est un vin typé? Un pouilly-fumé qui sent le pipi de chat (typique d’un sauvignon en sous-maturité, entre nous)?

Attention, tous les vins de table-de france-de pays ne sont pas de grands vins. Mais certains grands vins peuvent être vin de table-de France-de pays.

Autre possibilité, le vigneron qui décide lui-même de s’exclure de l’appellation, et de passer en vin de pays, ou de table, sans pour autant sacrifier à la qualité.

La bouteille sur laquelle portait les interrogations de début de billet est de celles-là.

Trévallon, c’est probablement un des très grands vins du sud. Pourtant, ils sont en vin-de-pays-des-bouches-du-rhône. Déclassé volontaire.

Sombre histoire d’encépagement, historique selon les uns et non conforme à l’AOC selon les autres. Plutôt que d’engager un bras de fer, le choix fut simple: on ne cherche plus à obtenir l’AOC. Et le vin correspond à ce qu’on veut pour lui.

Au final, tout le monde en sort gagnant: le vigneron qui fait un vin auquel il croit, et le bienheureux buveur de Trévallon, qui apprécie un vin d’un grand niveau.

Pourtant pas estampillé AOC.

Comme quoi.

Le très beau rasteau de Gourt de Mautens ne sera bientôt plus du rasteau. Toujours une histoire de cépages non entériné à l’agrément.

Vaut-il mieux vouloir à tout prix un vin AOC, quitte à tomber sur des hérésies, comme ces chateauneuf-du-pape dégueulasses à 5 euros en grande surface et dont on se demande comment ils peuvent passer la fameuse dégustation d’agrément? Ou bien se fier uniquement à son goût, oublier un peu que l’AOC n’est pas dans tous les cas, absolument tous, un gage de satisfaction et qu’il existe un monde de vins hyper intéressants en dehors d’elle?

La réponse est dans la question.

Quant au prix, jugé stratophérique pour un vin de table, d’abord, Trévallon puisque c’est l’exemple ici, ne doit pas excéder les 50 euros prix public. Ce qui est tout de même conséquent, j’en conviens.

Mais pour une AOC prestigieuse estampillée on serait prêt à mettre ce prix, alors que peut-être on y trouverait moins de plaisir?

Dieu sait que j’ai beaucoup de mal avec les vins à prix astronomiques, justifiés uniquement par le prestige d’une étiquette. Mais faut-il pour autant, qu’on a l’exigence de travail d’un grand vin le brader parce qu’il est en vin de pays?

J’entends déjà le discours:

Bah, si c’est si simple, pourquoi les vignerons s’emmerdent avec l’agrément? Qu’ils passent direct en vin de pays, ou de table, ils seront moins empapaoutés.

Hé oui et la marmotte…

J’imagine que commercialement (et oui, ne soyons pas foufous, il faut parfois être prosaïques) il est plus compliqué d’atteindre certains marchés sans la mention AOC. Le vigneron a beau parfois être un poète gambadant dans la vigne, passionné et avide de défi, il faut bien aussi qu’il tienne compte de quelques contingences matérielles, comme faire bouillir la marmite. Par exemple.

Et humainement… Je vais pas parler à leur place, mais juste extrapoler: quand tu t’es cassé le cul à la vigne toute l’année, à la cave ensuite, pour respecter un cahier des charges et ensuite faire un vin qui soit bon, qui te parle et t’emmène loin, ça doit être un sacré camouflet qu’on te dise: « votre vin il est pas bon, il rentre pas dans les cases, il est pas typé ».

Moi, je crois que j’aurais un peu envie de tout péter. Pourtant, je suis d’un tempérament plutôt calme, hem.

Alors comment qu’on fait maintenant, qu’on a tout foutu par terre, et que c’est la révolution?

On reprend à la base: on peut se fier à une étiquette pour avoir quelques renseignements. MAIS ça ne doit jamais être la seule source. On va voir des potes, des pros, on lit presse, blogs, … On goûte. Et on se fie à ça.

Après tout, qu’importe que ce soit un vin de table si on a décollé grâce à lui.

Et qu’importe qu’il porte une AOC si on s’est fait chier comme devant le lecture de l’encéphalogramme d’une moule morte.

*en plus que c’est pas du vin de table, c’est du vin de pays.

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17 réflexions sur “Idealakon #4 Vin de table Vs AOC, qui est KO?

  1. Dans l’esprit, je suis tout à fait d’accord avec toi. Par contre, le système a changé depuis 2009. Il n’y a plus de dégustation d’agrément (on est dans l’auto-contrôle vérifié ultérieurement de façon aléatoire par un organisme de certification), le vin de table n’existe plus, remplacé par Vin de France, et AOC remplacé par AOP.

    • Heu… S’il n’y a plus d’agrément, comment ce fait-ce pour les Perraud?

      J’ai gardé les deux dénominations table, et france exprès pour les millésimes antérieurs. Quant à AOC et AOP, là c’est moi, je m’y fais pas 😦

      • Le truc, c’est que lorsque tu es contrôlé aléatoirement après coup et que l’organisme de certif s’aperçoit que ton vin n’est pas digne de l’AOP (bon, là, c’est clair que leur vision n’est pas la nôtre), tu es inscrit sur une « black list » qui t’oblige à faire contrôler tes vins comme autrefois. Ou alors tu fais le choix de ne plus demander l’AOP et tu n’es plus emm…

  2. Eh puis flûte, cela peut aussi valoir le coût de se battre pour un système AOC (pas couillon au départ) plutôt que de le laisser à la merci de nos amis(?) les industriels et stéréotypeurs en tout genre!

  3. Désolé de réagir si tard, mais je me baladais en Bordurie inférieure, coupé du reste du monde et de la Pinardothek. De retour à la cybercivilisation, je voudrais rectifier un point : l’INAO n’est en fait qu’une machine administrative à mettre en musique les choix collectifs des vignerons des différentes zones de production. Ce n’est pas l’INAO mais les viticulteurs du coin, réunis en « ODG » (naguère on disait en syndicats d’appellation) qui établissent le cahier des charges de l’appellation, ce sont les mêmes qui définissent la fameuse typicité à laquelle doit veiller la dégustation d’agrément. Quand un vigneron est en butte au système AOC/AOP, ce n’est pas avec l’administration qu’il a un problème, c’est avec ses voisins. Alors bien sûr, on peut penser que ses voisins sont tous des cons, ça peut d’ailleurs être vrai, mais faut-il remplacer le choix majoritaire par la dictature de l’esprit supérieur ? Il me semble que, pour imparfait qu’il soit, ce système qui laisse la possibilité à tout un chacun de s’épanouir en dehors ou à la marge de la production normée n’est pas si malsain que cela.

  4. Je me suis penché il y a peu sur la réglementation en matière d’AOC en allant à la source : le site de l’INAO. J’ai ainsi découvert des choses très curieuses : Je vous apprendrai par exemple que le Cairanne que vous citez dans votre billet n’est pas une AOC mais une dénomination dépendant de l’AOC Côtes-du-rhône (comme le Visan, Vacqueyras, et d’autres). Cela dit, ce qui m’a le plus agacé c’est :
    – le manque d’homogénéité : par exemple il existe 10 AOC comportant le mot chambertin alors que, dans le même temps Beaujolais Village n’est qu’une dénomination dépendant de l’AOC Beaujolais.
    – l’absence de différence (où en tout cas je la cherche encore. Si vous pouvez me renseigner, je suis preneur) entre AOC et dénomination. Par exemple dans le cahier des charges de l’AOC bourgogne, on apprend que « Hautes-côtes-de-nuits » n’est qu’une dénomination mais on ne voit pas la différence de traitement que ce soit en terme de culture (sinon qu’il y a bien un territoire spécifique) ou de marketing (la dénomination peut s’écrire avec la même typographie que l’AOC ce qui fait que certaines étiquettes n’hésitent pas à écrire « Appellation bourgogne-hautes-côtes-de-nuits contrôlée »).

    Bref, à force de multiplier les AOC (309 à ce jour si j’ai bien compté) et de leur faire dire n’importe quoi, ce génie ancestral du marketing viticole a vraiment perdu de son sens. Et on s’étonne que le marché du vin français soit en perte de vitesse…

    Une autre anecdote : je me souviens un jour m’être frité avec une représentante de la cave des vignerons de Tavel parce que, pour m’expliquer la différence entre Tavel et Lirac, la commune d’à côté, elle était incapable de sortir autre chose que des généralités du genre « le sol n’est pas le même » (sans dire en quoi il n’est pas le même)

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