Diabète pour tous! *

*y a pas de raisons, merde.

C’est toujours un peu triste les fins d’année, on efface une dernière fois le tableau noir, on grave au canif une dernière fois son pupitre (non, moi j’ai jamais fait ça, c’était une amie, hem), on range le barda, bref.

Mercredi, dernière dégust’ de l’année. Pour adoucir un peu, le thème était tout choisi: les sucres.

Oh toi qui entres ici, avec de l’insuline à donf et une glycémie en hausse apprête-toi à rebrousser chemin.

Ou fais comme moi: crache! (quand Serge Lama fâché, Serge toujours faire comme ça)

Dire « je n’aime pas les vins sucrés » est aussi absurde que « je n’aime pas les vins rouges » ou « je n’aime pas les oxydatifs ». Il y a tellement de méthodes différentes pour les obtenir, et tellement de variétés (taux de sucre, cépages, rapport à l’acidité) qu’il s’en trouvera toujours au moins UN pour plaire. Si si, juré. Suffit de tester, et de tomber sur le bon. A tâtons, comme les melons.

Ici, on s’est concentré sur les méthodes courantes: vendanges tardives, passerrillage, VDN, botrytis. Je parle chinois? On se remémore ce que c’est là (et même qu’on peut découvrir d’autres méthodes encore).

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Premier vin à subir nos assauts:

Appellation: vouvray tendre

Domaine: Vincent Carême

Millésime: 2009

Technique: VT

Un nez plutôt discret de verger juste mouillé de rosée. Les fruits se font à peine sentir, avec un peu de végétal, comme en infusion. La bouche est du même tonneau (haha) avec des poires, des pêches blanches, et un poil de verveine. C’est bon, délicat, pas très riche en sucre. D’entrée, c’est pas mal mais pas non plus transcendant. On ne reste pas trois plombes dessus.

Appellation: jurançon

Domaine: Marie Hours

Millésime: 2010

Technique: passerillage

 Au débouché, ON ricane. « Oh Sand, un bouchon rose fluo, tu dois détester non? ». TSSSSSSS.

Connaissant l’ancienne présentation des vins de Marie, étiquette fluo transparente et bouchon rose apparait, je souris surtout. Papa Hours est passé par là: étiquette plus classique, plus sobre, plus chic? Sans doute. Ceci dit ce qui compte c’est le jus: c’est très exotique, on a de la mangue indienne, de l’ananas, ça jute de partout. Sur la langue, bollywood à donf: ça remue des hanches, ça ondule, c’est plein de couleurs, de textures, tissus moirés et glissants, la mangue se fait plus discrète sous l’ananas, la papaye, et la fin claque pour bien signifier la fin de la danse: ça ne mollit pas une seconde. Bref, c’est joyeux, parfumé, et déroutant.

Appellation: vin de france

Domaine: Sainte Croix

Millésime: /

Technique: passerillage

mais qu’est-ce que c’est que ce vin mystère…

C’est un vin rouge!

Ha ben oui!

Y a du sucre

Après un an de dégust’ intensive, y a pas, ils sont très forts.

Oh, et y a du… Ha des… ça s’accroche à la bouche, là: ce sont des tannins!

Bingo.

Un rouge doux mitt tannins.

Déstabilisant un poil, comme j’entends les commentaires, tous pafs.

« Un ovni », « Hors cadre »… Ben voui, mais surtout c’est très très bon.

Narines titillées par de la cerise à l’eau-de-vie et du pruneau, la bouche est au diapason, avec du noyau de cerise en finale. L’impression sucre se trouve un peu atténuée par les tannins, du coup ça file à l’ensemble un superbe équilibre. A accorder avec?

Rien.

Mantra de cette dégustation: parfois, boire c’est assez.

Pas besoin de mettre des desserts ou des plats avec, c’est bien auto-suffisant.Quoique un magret aux cerises, ou juste un carré de chocolat noir bien amer…

Au fait, c’était quoi? Un carignan-grenache, passerrillé dans l’aire d’appellation corbières, élaboré par un anglais à grosses moustaches rousses. Pilosité n’ayant rien à voir avec ledit pinard, mais c’est pour l’image.

Appellation: rivesaltes ambré

Domaine: Jeff Carrel

Millésime: 2005

Technique: VDN

 Attention, grand moment de remise en place. Le rivesaltes n’est pas du muscat de rivesaltes, mes petits potes. Karamazov. Bon, j’exagère un poil, car dans le rivesaltes ambré il peut y avoir du muscat, mais pas que. Les cépages principaux sont surtout les grenaches, tandis que dans le muscat de rivesaltes, il n’y a que du muscat. Quite easy, or not?

Ici, c’est le souk! Vraiment. On est transportés dans le monde des pâtisseries orientales, ça sent le miel, les figues, les abricots. En bouche, pareil, les kaddaifs, et autres petites douceurs à peine sucrées (hinhin), on manquerait friser l’overdose si à la fin y avait pas tout de même une belle acidité. Ici aussi, difficile d’accorder avec quoi que ce soit. Hormis un cigare… Ouais, un cigare dont l’ âcreté et la légère brûlure s’accommoderaient pas mal d’un peu de douceur costaude.

Appellation: muscat de rivesaltes

Domaine: des Mathouans

Millésime: 2011

Technique: VDN

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crédits photos: Aline Hocq

Aline est belge, Aline fait du bon, Aline me fait ré-aimer le muscat, qui est si souvent tapageur, tapin, vulgaire, masquant toute sa subtilité derrière des jus qui en font trois tonnes. Ici, c’est propre, net. Ça sent le raisin, c’est gourmand sur un fil. Parce qu’il y a pas besoin d’en faire plus. Je ne suis pas pour les apéros sucrés, mais ici, je l’autorise. Parce que c’est riant, c’est frais, et c’est juste assez doux pour froufrouter sans alourdir. Joli boulot.

Appellation:sauternes

Domaine: chateau Myrat

Millésime: 2009

Technique: botrytis sur sémillon, sauvignon, muscadelle

Un gros passage en carafe pour cet ado. Ha ben oui, le parallèle utilisé pour décrire le vin est tout trouvé. Imagine un ado: boutonneux, jean pendant sur les fesses et caleçon à propreté douteuse, mèche moche en pagaille, voix qui mue, et TIENS TOI DROIT BORDEL.

Bref, un gosse: on sent bien qu’il y a du potentiel, même des fois il a des éclairs de lucidité, de génie et d’humour, mais c’est disparate et irrégulier. On arrive à l’aimer quand même, parce qu’il est très attachant, au fond. Mais, on sait que dans dix-quinze-vingt ans, bien rasé, costume bien coupé, éloquence maitrisée, il sera génial. Sexy. Privilège de l’âge.

Le sauternes jeune, c’est pareil. C’est très bon, mais ça part un peu dans tous les sens: toutes les 5 minutes, le nez change, la bouche aussi, on découvre sans arrêt de nouvelles strates (pile comme fouiller la chambre de l’ado, haha). De l’exotique, du plus classique, la fameuse indéfinissable touche de pourri rôti (botrytis, coucou)…

On se dit rendez vous dans dix ans, même jour même heure mêmes pommes?

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3 réflexions sur “Diabète pour tous! *

  1. Le Jurançon…miam ! Celui de Hours père et fille : re-miam ! Je garde vraiment un super souvenir de ma visite par la-bas…pourquoi est-ce aussi loin de chez moi ?

  2. Dans le roussillon, quand je fais boire ( oui c’est mon métier…), des vins doux aux gens ( maury, banyuls, rivesaltes…), j’explique qu’ici on a une cause, un grande lutte, on combat l’hypoglycémie, j’adore voir ces mêmes gens, un peu coincé au début, se régaler, le visage s’ouvre, l’oeil pétille, la bouche sourit : « mais c’est bon ! », et oui les vins doux c’est bon.

  3. j’adore les VDN, Banuyls de l’étoile, tous les vins du Mas Amiel, les Maury de feu Marie Paule Volontat, et les rivesaltes de du domaines Cazes…

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