Faut souffrir pour être bulle*

Le pet nat selon Google > le monde selon Garp

*la qualité de mes titres va grandissante, non?

L’heure est grave (note, ça me fait toujours ça quand j’ai trop peu dormi, et qu’on est le matin, je suis pas du matin, mais bref: c’est pas le sujet).

Je me suis rendue compte avec effroi (le cousin de brio) qu’une IMMENSE majorité d’entre vous ne connaissait pas le pet’ nat’.

Bon, y a peut-être un poil d’exagération épique, mon côté auteur dramatique contrarié.

Ceci dit, vous êtes quand même pleins à ne jamais vous être remplis le gosier de pet’ nat’, comme dirait Gilbert:

No, don’t let me play the fuel

Plein, fuel, tu l’as?

Alors donc, qu’est-ce au juste qu’un pet’ nat’ (prononcer paite nate, sinon sans les -e c’est tout de suite moins poétique).

Un pétillant naturel, pardi!

  • pétillant parce qu’il y a des bulles, le premier qui dit « comme dans le cacolak prend ma main dans la tronche, hérétique!
  • naturel pas parce que c’est forcément nature, ça peut, mais c’est pas le sujet. Naturel se rapporte ici surtout à pétillant: la bulle est obtenue de manière naturelle (non, pas comme le cacolak, tu la vois ma main, là?).

Mais est-ce que le pet’ nat’ c’est du champagne?

Non.

Est-ce du crémant?

Non.

C’est du pet’ nat’.

On est bien avancés, haha.

Revenons sur sa gestation.

Introducing: des jolis raisins, guillerets, pleins de sucres

Les raisins: hihihih, on a la glycémie qui fait du grand huit, trop lol.

Les dits-raisins sont donc écrasés.

Les raisins:  aïe, tu me fais mal aux pépins là.

Puis, interviennent les levures, micro-organismes friandes de sucres

Les levures: BOUUUUUUUUUUUUFFE, Aniiiiiiimal, moi manger susucre.

Les raisins: Oh merde, oh merde, 22 v’là les levures.

Les levures: Miam, BOUFFE, BOUFFE, SUCRE, …. BURP

Les raisins: Dis donc Roger, hé, viens voir…. Viens voir, j’te dis. Hips. C’est pas un peu bizarre ce qui se passe là hips, on dirait que t’es deux!

Les levures: Putain c’est quoi ces bulles, qui a pété?????

Le travail de fermentation grâce au boulot des levures (transformer les sucres fermentiscibles en alcool) produit naturellement de l’alcool et du gaz carbonique.

De la bulle! Oui, mais éphémère comme une pensée construite dans le cerveau de Paris Hilton.

Le souci, c’est que la levure est une bonne vieille travailleuse increvable, et si on laisse mamy faire elle va bouffer tous les sucres (il n’en restera qu’un! Ha non, même pas, Mc Leod). Et donc on va obtenir un vin sec, le gaz va finir par s’échapper tel Papillon et zou: on aura un vin tout à fait classique.

Comment donc faire pour avoir de la bulle dans la bouteille,  empêcher la levure de bosser (donc garder un poil, plus ou moins touffu de sucres fermentiscibles) et avoir un pet’ nat’?

Le FROID.

Faut souffrir pour être bulle.

Retour dans la cuve:

Les raisins: hips, allez viens boire un petit coup à la cuverie

Les levures: c’est quoi ces conneries, qui a éteint le chauffage?

Les raisins: Fait frais, tudieu -du rhum des femmes et de la bière nom de dieu…

La température descend toujours…

Les levures: Aaaaaaargh, que n’ai-je tant vécu que pour cette infamie, tu quoque filii…. *Marion Cotillard’s death*

Disclaimer pour les âmes sensibles: nos levures ne sont pas mortes, elles font juste un gros dodo, comme Aurore.

Le froid (qu’on place la cuve ou la barrique dehors, ou qu’on la refroidisse par serpentin dans le cas de la cuve) est le meilleur moyen pour bloquer la fermentation, toujours de manière complètement naturelle.

Au printemps, quand la température radoucit, on met en bouteilles.

Là, c’est l’histoire de la vie le cycle éternel…

Les levures (se réveillent): waaah, putain, trop bien dormi moi. Raoul, t’as un peu de bave, là.

Les sucres (aux aguets): oh, non, on va de nouveau se refaire bouffer le uc.

Les levures: Miom, miom, scrounch scrounch.

Je vous fait pas un dessin: fermentation, gaz, et du gaz qui ne peut plus s’échapper. Génie!

On obtient enfin ce qu’on voulait: un vin qui bulle dans une bouteille!

Tout n’est pas si facile, tout ne tient qu’à un fil: il faut récolter d’abord des raisins bien mûrs, bien propres. Comme on va bosser avec les levures indigènes (celles présentes naturellement sur la peau du raisin) il vaut mieux qu’elles soient présentes (d’où des raisins le moins « traités » possible). Sinon, on s’emmerde pas on fait avec des levures exogènes mais alors, ce n’est plus naturel. Ce n’est plus du pet’ nat’. Diantre!

Ensuite, il faut bien choisir le moment de la mise au froid: trop tard, plus de prise de mousse, donc pas de bulles.

Bref, c’est une bulle pas si simple que ça à faire, pour un vin qui n’est pas compliqué à boire.

Suffit de prendre un verre, en fait.

De celui-ci, par exemple.

ça va bien, vin de table de France, Philippe Bornard

ça va bien, vin de table de France, Philippe Bornard

Ça, mes petits enfants, c’est très très très bon. Coïncidence rigolote, il se trouve que j’y trempais les lèvres tandis que sur twitter, on livetwittait frénétiquement l’amour est dans le pré, auquel le vigneron qui fait ce pet’ nat’ a participé. Mais là n’est pas la question: je ne sais d’ailleurs pas s’il a trouvé l’amour (et c’est pas mes oignons) tout ce qui m’importe, c’est qu’il fait de très jolis pinards.

Encore du Jura, oui.

Je sais, j’en parle souvent. La drogue.

Ou l’amour.

Ou juste le bon sens: de vrais vins pleins de personnalité, des jus qui se prennent pas le chou, d’autres tellement complexes qu’on écrirait la légende des siècles dessus (en niquant la bonne et matant l’horizon, quel foufou ce V.H).

Au nez, brut de pomme, soif de mordre, c’est simple mais ça frétille. La bouche est bien belle de raisin, savagnin ou quoi? Oui, ça va carrément bien. C’est l’idéal pour paresser en terrasse, pieds sur une chaise, avec du Daho en fond sonore (le brasier, pour être exacte et rigoureuse).

Bref, le pet’ nat’ c’est bon: BUVEZ-EN.

NB: parfois, comme ici, il y a un peu à manger dedans le vin. C’est pas grave, du tout. Bon, ça fait pas très propre, très clean, mais en même temps le pet’ nat’ c’est pas un vin conçu pour péter plus haut que son cul.

Peut-on faire du pet’nat blanc? Bah, oui. Preuve.

Du rosé? Totalement.

Du rouge? Ouais, aussi.

On trouve des pet’ nat’ à divers degrés, et taux de sucres résiduels, selon la patte du vigneron, et ce qu’il a voulu faire. En sus, le pet’nat’ est souvent d’un prix extrêmement raisonnable, ce qui ne gâche rien.

Toi aussi, t’as des bons plans pet’ nat’? Fais tourner en commentaire …

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13 réflexions sur “Faut souffrir pour être bulle*

  1. Si j’en crois ma mémoire défaillante (c’est vendeur comme approche !), si tu veux avoir dans les 5-6 bars de pression (comme un Champagne), il faut embouteiller à une densité qui chatouille les 1002 (ça fait 24g de sucre). Mais tu as un truc tout sec à la fin, les levures bouffent tout. Gaffe à avoir des bouteilles qui tiennent le coup.

    Pi il faut du froid costaud pour arrêter les bestioles…ptêt que les indigènes supportent moins le froid que les sélectionnées aussi. Paske j’en ai vu plus d’un galérer à arrêter la fermentation, même avec force centrifugation/froid/SO2/sorbate.

  2. 24 de résiduel? (la pression des pet’ nat’ est variable, certains bullent fort, d’autres moins. Hier, ça moussait sévère à l’ouverture d’ailleurs c’est visible sur la photo)

    • Bah c’est ce qui se fait pour le Champ’. Après je ne sais pas comment ils font pour conserver des sucres résiduels APRES la prise de mousse dans les pet’nat’. Peut-être que ça fermente encore quand c’est vendu ? Ca mérite enquête ça !

  3. euhh y’a pas de bulles dans le cacolac vu que c’est du chocolat au lait !!! sinon le pet’ nat’ y’a pas besoin de le refroidir, souvent on atteint la densité de mise en bouteille avant l’hiver ! le froid sert surtout à faire déposer les lies.
    Comment on conserve des résiduels? ben ça dépend intégralement de la maturité initiale.
    est-ce que ça fermente toujours en bouteille? si il y a du résiduel oui !!!
    pourquoi mettre du soufre ? on s’en fout que ça fermente encore, au pire ça fera un peu plus de bulles, il suffit de calculer la pression en fonction de ce que la bouteille peut tenir.
    précision un pet nat fait plutôt 2/3 bars que 5 ou 6.
    enfin il ne faut pas oublier de dégorger sinon c’est plein de lies !
    si on ne dégorge pas il faut filtrer avant la mise en bouteille.
    y’a aussi le problème de la malo qui se fait parfois en bouteille et qui amène des déviations, mais là c’est une autre histoire…

  4. Est-ce que ça faisait comme un geyser quand tu as ouvert ? Beaucoup de mousse qui sort sans vraiment pouvoir contrôler ? Houlala ça devient chaud… J’ai pas fait exprès, je veux vraiment savoir ; j’ai ce problème avec mes bières maison.

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