Les caves-istes se rebiffent*

*les références, toujours

J’ai déjà martelé évoqué ici le fait que, quand même, quand on s’intéresse un tant soit peu au pinard, le mieux c’est tout de même d’aller chez un caviste. J’ai développé, plus ou moins, mais pas encore assez, je pense.

(je vais bien finir par vous convaincre, vous verrez, je suis pas têtue, je suis pire).

A force de me lire (désolée, ceux qui découvrent ce blog, il vous faut rattraper le retard: et vous taper corolairement l’intégralité des articles depuis la création, c’est dans le contrat) je crois que ma vision du vin est assez claire:

– un vin est un produit fait par des Humains, pour des Humains. Avec le lot d’aléas, d’erreurs, de coup de pot, et de trafalgar, mais surtout de la personnalité. Je crois que la production standard et à grande échelle gomme cet aspect là. Je crois que le marketing à outrance en fait un produit dévié de son histoire, de sa culture, et de son lien humain.

– parce que oui, quoi qu’on en dise: le vin, c’est aussi de la culture. Quoi qu’en pensent les esprits chagrins, ce n’est pas une boisson alcoolisée comme une autre.

– parce que l’identité (pour moi bien différente de la marque) c’est aussi primordial. Un peu comme quand on goûte à la cuisine d’un grand chef, on retrouve sa patte, certains vignerons ont cette magie là. Ils s’impriment en filigrane dans le verre, on retrouve un peu de leur caractère dedans. C’est peut-être une projection, et alors? C’est ça qui me plaît! Un vin de marque est un vin standard, fait pour convenir au plus grand nombre, un vin identitaire est un vin qui a de la gueule pour reprendre une expression très courue en ce moment. Alors oui, parfois certains de ces vins font oublier leurs appellations, tout comme les vins de marque. Mais ils ont ce petit plus essentiel, pour moi: ils ne sont pas formatés pour réussir. Ils plaisent, ou non. C’est prendre un risque, c’est assumer une identité, finalement c’est couillu. J’aime bien les vins couillus. Certes, on en arrive à boire un « nom » et je sens bien l’argument « ben alors c’est aussi une marque ».

Sans l’être. La démarche n’est pas la même, c’est tout.

Et donc, où veux-je en venir?

Quand je lis des trucs comme ça, je bondis:

Des 4 cavistes de mon quartier, celui qui tient le Nicolas est le plus sympa. Les autres se sentent plus pisser

Bon.

D’abord, Nicolas a beau porter le nom de caviste, pour moi on en est très loin. C’est un peu comme de dire que le big mac c’est de la gastronomie.

C’est une chaîne de magasins ce qui n’a rien à voir avec un caviste qui sélectionne lui-même ses vins. On est pas loin du système grande distribution, c’est juste la façade qui fait plus chic. De grâce, les potes, ne tombez pas dans le panneau. Ce qui fait la différence, c’est qu’un caviste n’est pas obligé de privilégier des gros producteurs, il peut aussi se tourner vers des vins plus artisanaux. Et que lui logiquement, te vendra pas ça comme on vend des frigos. Parce que quand on bosse pour soi (et je suis bien placée pour le savoir) on a intérêt à être rudement passionné.

Quant au fait que certains cavistes soient de véritables têtes de cons, oh ça, nous ne le nierons pas. Chaque profession a son lot de boulets, d’arrogants, de connards, de pète-sec et de mecs/nanas qui feraient bien mieux de vivre dans une grotte, à bouffer des glands.

Ceci dit, ce n’est pas tous, heureusement. Ce que j’essaie d’expliquer, plus ou moins lors de la discussion.

Acheter du bon à un con ça me gâche le goût.

Et OUI! J’avoue, j’ai du mal aussi avec les cons. Donc, là on est d’accord.

Sinon j’achète au supermarché

NON, pitiéééééééééééééééééééééééé.

Je sais: peste, choléra tout ça. Mais bon, mieux vaut-il acheter du bon à un con, que du moyen à mauvais à une grosse enseigne? Sujet du bac philo 2014.

Autre intervenant

Bah oui, mais les gens ne font pas distinction entre bon et mauvais, donc si il est sympa, il a compris une partie du job. Ceux qui vont chez Nicolas ne font pas la distinction entre bon & mauvais. Sinon ils n’iraient plus. Logique. 😉

Et donc? Les gens seraient… Mais oui, si on suit ce raisonnement là, les gens seraient tout bonnement des cons.

Deux secondes là: on va casser le mythe tout de suite.

Je vais pas me faire que des amis chez les sommeliers, et les « tenants du savoir du vin » en général, mais je maintiens qu’il ne faut pas connaître l’intégralité du dictionnaire Galet, tous les ouvrage de Peynaud, et savoir la différence entre une malo et une alcoolique pour goûter du vin et savoir si c’est bon ou non. On n’a même pas besoin de connaître la signification d’empyreumatique, c’est dire.

Il n’y a jamais meilleur juge que vous-mêmes. Complexe d’infériorité face aux pros, timidité, et « j’y connais rien » on oublie. Celui qui est en face de vous, s’il a un minimum d’humilité doit bien reconnaître qu’il ne sait pas tout, non plus. Il en connait juste un peu plus long parce qu’il y est plongé tous les jours.

Il n’est pas là pour épater ou faire de l’esbrouffe: logiquement il est là pour que vous repartiez avec une ou des bouteilles qui vont vous plaire. A vous.

Pour le plaisir, seul le goût compte. Par contre, quand on vient à s’intéresser un peu au vin, naturellement on cherchera à comprendre: pourquoi ce vin là a des bulles, pourquoi celui-ci du sucre, et pourquoi un pinot noir bourguignon c’est différent d’un pinot noir de Tasmanie.

Tout le monde est capable de goûter, suffit juste de s’en donner les moyens. Évidemment, si on ne fréquente que des linéaires de supermarché, ben ça limite. Pourquoi les fréquente-t-on justement, et par extension les chaînes de cavistes?

Facilité? Tout est sous la main, du PQ à la paire de tongs, des merguez à la bouteille de rosé pour la grande surface.

Le nom? Nicolas, ou d’autres, c’est un référentiel. Quand « on n’y connait rien » c’est plus rassurant qu’une cave où on n’a jamais mis les pieds.

Les gens ne sont pas des cons, ils ne savent pas, c’est tout.

(heureusement que vous m’avez, c’est mon petit côté missionnaire démystificatrice de trucs)(dites-moi que vous m’aimez, hein, HEIN? )

Je vais aussi dans une cave sympa ET compétente. Mais elle a le défaut de ne pas être dans mon quartier

Je fais un couplet sur la théorie de l’effort? Allons-y.

Je suis déjà nantie d’un rejeton mâle âgé de sept ans (oui, j’ai fait mon devoir à la patrie).

Hier, je lui ai fichu des petits pois à écosser dans les mains.

« C’est vraiment enquiquinant » me dit-il (enfin, j’enjolive, il a utilisé un vocabulaire beaucoup moins… comment dire).

C’est vrai, c’est long et c’est chiant d’écosser des petits pois.

Cuisson, dressage et hop, à table.

« Dis donc maman, c’était chiant, mais on sent la différence, j’aime pas les petits pois en boîte mais là, c’est super bon ».

CQFD.

Avec un peu d’effort, on obtient un meilleur résultat. Alors, quand l’effort consiste à faire quelques kilomètres de plus, j’estime que c’est pas cher payé.

J’ai déjà parlé du rapport qualité-prix? Non, vous ne paierez pas forcément plus cher parce que c’est un petit caviste, ou parce qu’il sélectionne des vins bios. S’il fait bien son boulot, il dirige selon le budget, on se doute bien qu’un étudiant qui s’offre une bouteille de vin à l’occasion n’a pas le même train de vie qu’un avocat d’affaires, donc faut être cohérent.

Dernier point, parce qu’en ce moment si on s’intéresse un peu au pinard, on ne peut pas passer à côté. Après une année 2012 relativement merdique au niveau météo, 2013 n’a pas l’air beaucoup mieux. Vouvray vient d’être touchée par la grêle, au point que certains vignerons ont perdu l’intégralité de leur récolte.

Alors, je sais, on contrôle pas la météo, et on pourrait se dire qu’il n’y a rien à faire.

Sauf que, ce que nous pouvons faire de mieux, c’est les soutenir en achetant un max de vouvray, chez de bons cavistes. Comme ça on fait d’une pierre deux coups: astuce!

Je rappelle que vouvray c’est une foultitude de vins, du sec au demi-sec en passant par le doux, et l’effervescent. Potentiellement on peut donc en déboucher n’importe quand.

Ne vous faites pas prier, buvez du vouvray 🙂

Parce que je suis hyper sympa, comme nana, un lien ici pour trouver des cavistes sympas dans tout l’hexagone, et alentours.

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21 réflexions sur “Les caves-istes se rebiffent*

  1. J’adore te lire, j’aime les vins « couillus » (expression que j’utilise souvent ,c’est très efficace pour rayer le côté fille vin rose paillette) et je vais monter une dégustation de Vouvray, traverser Paris et les alentours pour trouver les différentes références chez de Bons Vrais Cavistes !

  2. Et si on est sympa avec son caviste et qu’on veut lui proposer de faire partie de la liste, on fait comment ?

    Sinon pour revenir à ton billet, j’abonde, toutefois il se trouve dans ma ville, un hyper marché où le rayon Vins abonde de moyennes productions que l’on retrouve aussi chez les cavistes de la ville, la bise au caviste et le conseil en moins bien sûr.

  3. Entièrement d’accord, surtout que moi j’ai la chance d’avoir un super caviste à deux pas de chez moi :p enfin c’est pas pour autant que je vais aussi voir ce qu’il y a chez d’autres plus éloignés 😉
    Par contre je trouve que les grosses enseignes commencent à suivre le fillon des vins natures etc… Par exemple dans des grandes surfaces alsaciennes j’ai quand même trouvé des bouteilles de chez Gavenat, Barral et autres… Pour ces deux je suis à peu près sur que ce n’est pas leur choix de retrouver leurs bouteilles dans les linéaires des grandes surfaces, alors comment faire… Tout comme c’était arrivé à Hugel ( http://blog.hugel.com/2012/10/hugel_na_pas_choisi_les_rayons.html )
    Alors comment faire quand les GD commencent à avoir tellement de poids qu’elles arrivent à avoir des bouteilles que même les cavistes les mieux intentionnés doivent faire des pieds et des mains pour en avoir :/ A part le prix qui est toujours plus cher en GD que chez les cavistes sérieux je trouve qu’il est difficile de bien faire comprendre aux gens qu’ils faut aller chez les cavistes… Attention je ne fais pas de la pub au GD en disant qu’on y trouve des superbes bouteilles bien au contraire! Je suis du genre à pousser tous mes amis à aller chez les cavistes et ça marche bien 🙂 Mais avec maintenant des caves climatisées bien rangées etc dans les GD rien est fait pour pousser les gens à aller chez les cavistes et le problème est bien là, c’est fort dommage mais je garde espoir et à Strasbourg je trouve que les cavistes commencent aussi à trouver de très bonnes idées pour attirer les gens : soirées degust, présentation de vignerons, bar à vins… C’est une bonne solution que les GD n’auront jamais!

  4. Euh, je ne veux pas faire de la pub pour Nicolas, et je préfère moi-même aller chez les cavistes, mais ça dépanne bien… Son champagne Laurent-Perrier ou Veuve Cliquot, on le trouve là (quand on est en rade de son Ruelle-Pertois préféré et qu’on ne retourne pas chez beau-papa à Reims avant quelques semaines par exemple).
    J’ai aussi trouvé d’excellents Pinot gris alsaciens.
    Et si j’ai très envie d’un sauvignon néo-zélandais, même s’il est très moyen chez Nicolas, ben je vais le chercher là-bas quand même…. Parce que ce vin là ne se trouve pas chez beaucoup de cavistes à Paris (si vous avez des adresses, je suis preneuse…)
    Merci !

  5. La théorie de l’effort éducation via « l’ecossage » de petits pois, pour comprendre qu’il faut se le bouger pour aller à la rencontre de son caviste… J’adore!
    Merci pour nous les cavistes indépendants…

  6. Bon. Alors, comment dire, comment trouver les mots justes?
    Acheter du laurent perrier ou du veuve, c’est peu ou prou entretenir le même système que Nicolas ou la GD: travailler la marque. Alors que, soyons clairs, il y a tellement de BONS champagnes de vignerons beaucoup plus intéressants (et cherry on the cake moins chers). Tarlant, Boulard, Roses de Jeanne, Laherte, … pour n’en citer que quelques uns. Et eux, on les trouve où? Chez les cavistes, ben ouais.
    Quant au sauvignon neozelandais, j’ose espérer que certains cavistes en France ne sont pas que franco-français, et qu’ils en ont aussi… Ce qui sera tout de même meilleur que chez Nicolas. Et même, dans l’hypothèse où il n’y en aurait pas, se faire prendre par la main et se laisser conseiller pour découvrir c’est pas mal non plus. Bref, faut pas être ni buté, ni frileux :)))

    • Ben, y a des fois, on n’a pas envie de découvrir le Saint-Bris sympa du caviste, qui pour 15 euros vous vend une piquette qui vous retourne l’estomac, mais on veut plutôt se remémorer son été austral en buvant du vin « comme là-bas, dis ».

      Je suis d’accord pour les champagnes, mais c’est comme précédemment : mon caviste (qui n’a pas que de la piquette, la preuve) me vend un excellent blanc de blanc à 22 euros la bouteille. Mais il est fermé le dimanche et le lundi. Donc, lorsqu’on a besoin d’un dépannage, Nicolas et sa Veuve, ça dépanne très bien !

      Enfin, je réclame le droit à la paresse de temps en temps. Sans pour autant être qualifiée de butée ni frileuse (ça me vexe ces adjectifs).

  7. « le Saint-Bris sympa du caviste, qui pour 15 euros vous vend une piquette qui vous retourne l’estomac » Oh, ce serait pas un très joli cliché, ça?

    Paresse ne veut pas dire abandon, avec un peu d’organisation en amont, on peut très bien être paresseuse (je sais j’en suis une, contrariée)

    • C’est pas un cliché. Je ne parle que des vins que je connais… J’ai acheté la bouteille, l’ai ouverte et bue… J’adore le Saint-Bris. Mais pas celui de mon caviste.

  8. juste lui dire peut-être, d’un autre côté, PG Néo-Zélandais VS sauvignon de Saint Bris, pas tout à fait le même registre, non ? Même le dimanche, Veuve ou LP ( à combien ?30/35 € ? ) vraiment non !

  9. pour ma part, tout récent abonné mais déjà assidu lecteur, j’ai un petit coeur qui bat aussi en vous lisant. Et j’ai enfin trouvé un caviste super ET à coté de chez moi (Vincennes). joie !

  10. merci pour la lecture et ce sourire du matin…
    « acheter du bon à un con, ça me gâche le goût » sera ma phrase du jour… voir du mois…

  11. C’est énorme, c’est ce que l’on pense depuis tout le temps au Marché aux Vins, et entre parenthèse, hier soir a mon cours de dégustation « Tour de France », j’ai commencé avec un vouvray de chez Chidaine.

    Alex caviste 100% authentique

  12. Gare aux préjugés, tout n’est pas à jeter chez Nicolas loin s’en faut. A Reims, figurez-vous que j’y trouve d’excellents champagnes de petits producteurs locaux. En fait, on trouve des petits vins sympa de toutes les régions, faut pas croire qu’il n’y a que de l’industriel bas de gamme… N’oublions pas que certains Nicolas sont des franchisés dont les gérants font à peu près ce qu’ils veulent. En plus, dans cette enseigne l’accueil est toujours adorable, et les conseils très souvent avisés. Je n’ai jamais eu une mauvaise expérience là-bas. Par contre, des cavistes qui te rient au nez quand tu leur demandes un Quincy ou un Saint-Véran j’en ai déjà rencontré. Donc je ne dis pas que Nicolas vaut un bon caviste indé, c’est clair, mais mépriser d’emblée cette maison sans réellement la connaître, c’est moche. Perso j’achète du vin partout, direct chez le producteur, en caviste, chez Nicolas et même en hypermarché (honte à moi), où avec un peu d’expérience j’ai appris à repérer les bons rapports qualité-prix.

  13. Dîtes-moi si je me trompe, mais il me semble bien que Nicolas fait partie du groupe Castel (et oui, les si « rustiques » castelvins…) qui nous propose les Malesan et Baron de Lestac.
    Que du bon en somme !
    Par quel miracle, que même le Vatican ne validerait pas, leurs cavistes (désolé pour l’appellation) se mettraient-ils à vendre des produits de qualité ?

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