Ba moin en hypo, doudou*

*affligeant, oui, celui qui a compris où je voulais en venir lève la main

Alors que c’est l’été, et que fleurissent les tentations diverses: terrasses ensoleillées où lézarder, bouts de peaux à découverts, galbes de jolis mollets de garçons pas trop farouches, et divers autres plaisirs que comme l’annonçait le philosophe « le soleil donne » il est temps de faire un point: « boissons de l’été ».

Bien sûr, je ne saurais trop vous recommander de boire de l’eau.

Oui.

De l’eau.

C’est fort, ça porte les bateaux. « On n’a jamais essayé avec du peket** » disait mon papy. Quel homme! ❤

L’eau c’est pour l’hydratation, mais pour le fun, reste quoi?

Le vin rouge en été, du moins quand on passe la barre des trente moi j’ai du mal. Restent les blancs et les rosés. Et quand on veut changer?

Est-on condamné au rouge-sucette? Au rosé pamplemousse? Et autres saloperies indus?

Logiquement là, en bons petits trolls vous avez le rictus facile et l’invective toute prête:

Le vin aromatisé, c’est de la merde!

Pas si vite, mes cocos.

Parce que nous sommes bien d’accord, les pré-cités ne sont forcément des sommets de bon goût, voire carrément à boycotter. Ceci dit le vin aromatisé ne date pas de 2012 mais plutôt de moins 300/400 avant JC (pas Vandamme, l’autre). Minimum.

Le fléau marketing ne sévissait pas encore que le vin aromatisé existait déjà. Pour des tas d’autres raisons que d’en faire des vins de meufs ou de jeunes, aussi.

Nous sommes bien bien avant JC donc qu’ Hypocrate (le médecin, le serment, tout ça) parle déjà de vin aromatisé préparé presque comme les parfums … Dedans? Roseaux , joncs, costus, nard syriaque, amome (une variété de cardamome), cannelle, safran, palmier  et asarum (probablement du nard). Que des trucs à la cool, quoi.

Les grecs, la drogue.

(le mec aurait vécu 110 ans, loin de moi de faire l’apologie de la prise de substances illicites, tirez-en vos conclusions)

Dans le De Re Coquinaria d’Apicius, (Cyril Lignac de l’époque) une recette de vin merveilleux aux épices et une recette de vin miellé aux épices pour le voyage.

Les romains, même punition.

Le bassin méditerranéen perpétue cette tradition de vins aux épices: utiles à la conservation, offrant une palette de saveurs originales, voire clairement utilisés comme médocs, les épices et aromates font les beaux jours du vin aromatisé. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, tous les vins d’il y a plusieurs siècles n’étaient pas aromatisés, il s’agit bien de productions différentes pour des usages différents. L’aromatisé porte le nom de pimen et il existe autant de recettes de pimen que de poils sur le torse d’un italien. Un nom qui n’a rien à voir avec le piment, Karamazov, encore inconnu en ces contrées à cette époque, mais plutôt un dérivé catalan du latin pigmentum: épice ou aromate.

Plus tard, au moyen-âge un autre médecin, un catalan cette fois, Arno de Vilanova (ou Arnaud de Villeneuve), cite Ipocras (Hypocrate en catalan médiéval) et donne également une recette de pimen. De fil en aiguille, de recettes en recettes, le pimen change de nom pour prendre celui d’ipocras, puis hypocras…

Hypocras ça vous évoque peut-être vaguement quelque chose.

« Diantre, manant, quel roide hypocras que celui-là » (bourré comme un coing, il…)

Dis Sand, c’est quoi la recette de l’hypocras?

Facile.

Ou pas.

En fait, la base de l’hypocras est toujours la même: du vin, du sucre ou du miel. Ensuite, on brode: poivre, orange, citron, cannelle, vanille, girofle, macis, … C’est quasi infini.

Voilà une version parmi pléthore.

Prendre un vin blanc, ou rosé même pourquoi pas, ça fait moins puriste mais c’est l’été. De bonne qualité hein, le vin: pas le meursault de la cave de papa non plus, mais quelque chose de correct quand même. Va faire quelque chose qui a du goût avec un machin qui est dégueu.

Y ajouter les épices suivantes: cannelle, cardamone, clous de girofle, gingembre. Les quantités, je vous laisse juge, ça dépend évidemment de la quantité de vin. Normalement, on les réduit en poudre mais pour ceux que ça embête de retrouver des petites crasses dans son verre, ou pour ceux qui ne veulent pas filtrer, on peut les laisser en morceaux grossiers (bordel de merde) ou en bâtons. Attention à ne pas forcer sur le gingembre, sinon ça pique (et ça pourrait potentiellement avoir d’autres effets, messieurs. Hem). Ensuite on y ajoute des pétales de rose (non traités, qu’on trouve fastoche dans les épiceries bios). On sucre avec du miel, ou du sucre fin. Et on laisse reposer. Minimum 48 h, au frais, que ça infuse bien.

L’hypocras se boit frais de préférence, aussi bien en apéritif qu’en digestif.  Ou tout seul. Au bord de la piscine ou à la plage, avec un lion et un peignoir en satin ***.

Sexy cool, quoi.

Oui, mais il faut préparer, et mon rosé-pamplemousse, cerise, fraise, coca, cuisses de nymphes nues enduites de miel, whatever j’ai qu’à le déboucher.

Chut.

Je ne veux pas vous entendre.

D’une, c’est la possibilité de préparer un apéro original sans intrants, sans colorants, sans saveurs artificielles (on est d’accord qu’on choisit un vin correct, bio même, et des épices/ingrédients pareils? Ouais, ça va de soi).

De deux, ça épate et c’est tout de même plus classe, le « c’est moi qui l’ai fait ».

De trois, c’est bon!

De quatre, ça n’empêchera pas par ailleurs de continuer à aimer le vin tout nu, pour ce qu’il est mais on peut aussi s’amuser un peu avec, non?

SEXY COOL, j’ai dit.

Cheers!

Et parce que boire c’est bien mais que c’est pas le tout, y a une jolie recette à tester là.

** alcool de genièvre typique du bassin liégeois

***ces deux derniers sont facultatifs mais c’est vous qui voyez.

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16 réflexions sur “Ba moin en hypo, doudou*

  1. « Les proportions, je vous laisse juge, ça dépend évidemment de la quantité de vin. » Euh, non… justement, les proportions ne dépendent pas de la quantité !

    Sinon, quéque chose de très bon, tant qu’il y a des fraises locales, c’est mettre une nuit au frigo un plat de fraises coupées en deux et recouvertes très largement de vin rouge coupé d’eau, au maximum moitié-moitié (selon le degré d’alcool que l’on souhaite obtenir au final), avec aussi un peu de sucre. Les fraises sont bonnes en dessert et le jus est sympa à toute heure.
    C’est une recette trouvée dans le Lot-et-Garonne, disons l’arrière-pays bordelais ou bergeracois.

      • La réputation de l’Hypocras, que les croisés avaient ramené d’orient était telle, et les ingrédients qui le composent (vin, plantes et épices) si rares, que certains, frustrés de ne pouvoir y goûter, ont préparé des mixtures improbables qu’ils ont appelé Hypocras, alors qu’elles ne contenaient aucun des ingrédients de l’Hypocras. Le sucre, ou le miel, servaient alors à rendre moins imbuvables les dites mixtures.

      • Haaa le bon vieux débat de la «vraie» recette de grand-mère… qui a surement due être publiée dans une revue à comité de lecture en son temps. Je vous laisse nous amener la référence.

        Pendant ce temps on boira un petit coup, au pire ce ne sera pas de l’hypocras vrai. (Et on s’en bat un peu les épices pour tout vous dire.)

  2. Sur ce point, nous divergeons. Et c’est énorme. Mais si vous aviez lu le billet, vous auriez lu que l’origine de l’hypocras n’est pas forcément orientale. A moins que la Grêce et l’empire romain ne comptent pour l’orient.

  3. Hello Lapinardotheque,

    Je connais l’hypocras, mais j’ai découvert il a quelques années le Moretum, ça ressemble à l’hypocras dans sa composition, mais je le trouve bien meilleur, tu peux le boire aussi bien en apéro quand digeo. Si tu en trouve et que tu aimes la mure, je te le conseil vivement.

    Très sympa ton blog au demeurant, bonne continuation

  4. Hello Sand alors 😉

    Alors voici la recette :
    Pour faire le Moretum, il faut 3 à 4 kg de mures, 1 litre de vin, 1 kg de miel
    Faire macérer les mures dans le vin pendant 2 jours,
    Écraser et passer les fruits, ajouter le miel, bien mélanger et porter à feu doux jusqu’à ébullition, écumer. Laisser bouillir 15 mn pas plus.
    Laisser refroidir et mettre en bouteille.
    Et bonne dégustation.

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