Les histoires d’A.*

*finissent mal. En général.

Ce sera peut-être, sans doute pas le billet le plus drôle du monde. Ben oui, parfois ça s’impose.

Parce que ça m’est tombé dessus comme ça, une de ces idées fulgurantes et poisseuses à la fois qui vous traversent et ne vous lâchent pas de sitôt.

Désagréable.

Je fais un métier que j’adore, là y a aucun doutes à avoir. Souvent, je m’y marre. J’apprends tout un tas de trucs,  quasi quotidiennement. Je rencontre des gens intéressants, j’ai des discussions brèves ou sans fin, puis parfois ça se retranscrit ici.

Mais voilà, des trucs qui se télescopent aujourd’hui bizarrement et je pense à ça:

  • de l’autre, cette dame qui vient chercher son porto.

Entre les deux? Un seul mot. Un méchant mot, qui commence par A.

Je la connais bien, cette salope. Très. Des entrailles.

Une sale maladie, qui vous ronge, vous vide en vous faisant croire qu’elle vous remplit.

D’un côté, on légifère tant qu’on peut pour l’empêcher. Ce qui soyons clairs, est un faux combat. On s’attaque à un problème d’une façon biaisée, en emmerdant les honnêtes gens et en n’apportant aucune solution aux malades. Interdire n’a jamais rien réglé. Que du contraire.

De l’autre, la réalité toute simple et crue. Le besoin d’alcool, viscéral. Piquette ou grand crus (oui, on peut se shooter aux GC, ça dure pas longtemps, ça épuise trop vite le portefeuille mais ça arrive). Alcoopops ou alcools « durs ». Tout alcool est dur s’il n’est pas consommé avec une relative modération.

On apprend à les repérer, ceux qui ne viennent pas par amour du vin. On n’est pas dupes. Les excuses sont toujours les mêmes. Convention sociale, hypocrisie, on laisse couler.

Après tout, ils ne sont pas bien méchants.  Ils ne sont même pas bourrés. Y a juste cet œil un peu trouble, cette main qui tremble, cette peau grise. Puis un jour, ils ne poussent plus la porte. Mot en quatre lettres: cure. On espère bien pour eux qu’on ne les reverra plus. Parfois ça marche, parfois non. Il m’est arrivé de refuser de vendre, pour état second manifeste. Je sais pourtant que la/les bouteilles, ils ont fini par les trouver. Ailleurs.

Comment on passe de la consommation joyeuse à l’addiction? Je sais que c’est très facile. Un basculement qu’on peut ne pas sentir, une fracture dans le temps et hop… Ce qui était un plaisir devient une épée de Damoclès et un fardeau.

Parce que non, on ne se prémunit pas de ça. On peut en parler, on peut diffuser un maximum le message d’une consommation responsable, mais il n’est jamais garanti qu’on n’y tombera pas. On peut éduquer, surtout. Déjà les gosses. En leur faisant comprendre comment on fait du vin, pourquoi on en boit, qui le fait, en n’occultant pas que l’alcool s’il est euphorisant, peut aussi être dangereux.

Parce que l’A ne frappe pas que des gens psychologiquement fragilisés. Aussi, mais pas que.  Les petits jeunes qui s’enquillent des quantités énormes d’alcools de toutes sortes, juste pour l’ivresse, sont une cible de choix. Comme le type qui aime le pinard, et puis qui finit par l’aimer un peu trop, un peu trop souvent. La dame bien proprette qui s’enfile son petit ballon, tous les jours, avant que le mari ne rentre.

Ça va très vite, basculer.

Non, ce n’est pas drôle.

Ce n’est pas la faute du vin, le pauvre en a déjà bien assez sur le dos pour qu’on lui mette ça à son actif. Mais « no wine is completely innocent » si je puis.

Et qu’est-ce qu’on peut faire?

En être conscients, déjà.

Ne considérer aucune prise d’alcool comme anodine. Pas juste les alcools forts. Même une bière. Ou un verre de vin.  Même propre, nature, tout ce qu’on veut, il contient de l’alcool. S’interroger sur le pourquoi on le boit, c’est déjà pas mal… Parce qu’on en a du plaisir, que c’est bon, parce qu’il y a des amis autour, une histoire, un truc à partager, un fou rire, de l’amour? Okay.

Une frustration à évacuer, un problème à oublier, c’est déjà plus tendancieux.

Le vin est formidable. Il m’a procuré une palette d’émotions, de sensations, de rencontres. Il est mon travail, et ma passion. Je trouve absolument con de devoir interdire aux gens de le consommer librement lors d’un pique-nique. Je trouve débile qu’on interdise d’en parler sur les réseaux sociaux, comme un projet de loi le laisserait entendre.

Mais je ne peux pas m’empêcher de penser à tous ceux qui, mal éduqués, fragiles, en font une expérience amère.

Edit du 01/08: ma chère Diane me glisse à l’oreillette une astuce, simple et approuvée. Pour savoir où on en est, tenter l’expérience de se passer 10 jours d’alcool, vins, bières…

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12 réflexions sur “Les histoires d’A.*

  1. Une chose que j’ai envie de remarquer « Parce que l’A ne frappe pas que des gens psychologiquement fragilisés. Aussi, mais pas que. Les petits jeunes qui s’enquillent des quantités énormes d’alcools de toutes sortes » => Hum, si je peux me permettre, si on est un petit jeune qui s’enquille la gueule de cette façon, ce n’est pas anodin. Tout simplement parce que s’il n’y avait pas une certaine douleur à éteindre, aussi inconsciente soit elle, il arriverait un moment où les effets désagréables de l’excès de l’ivresse prendrait le dessus (et mènerait à se modérer ou s’arrêter immédiatement) sur le soulagement et la déconnexion de plus en plus forte qu’il créé.

    Mais je comprends ce que vous voulez dire. Je crois qu’en fait, le message à passer devrait être : Personne ne peut affirmer ne pas être psychologiquement fragilisé ou ne pas souffrir d’une douleur inconsciente qui ne demande que ça s’être étouffée.

    Après bien sûr, le passage d’usage festif à usage nocif est multifactoriel et il existe différents parcours, mais celui dont le point de départ est une douleur à soulager est un de ceux qui se répètent le plus souvent… :/

    De fait, prévenir l’alcoolisme et la toxicomanaie, c’est aussi et avant tout prévenir les misères, la pauvreté, les inégalités sociales, les systèmes de domination qui engendrent des tas de violences, les injonctions et discours narmatifs, et bien sûr le culte de l’hyper performance/rentabilité.

  2. Oui, évidemment. Mais l’alcoolisme ne se niche pas que dans la misère, ou un terrain profondément miné, souvent il la provoque, on est bien d’accord.
    Pour les jeunes, je crois aussi (mais bon, je ne suis pas alcoologue) que le « mal-être adolescent » qui est une phase normale chez tous les ados, et pas forcément un signe de crise dépressive profonde peut jouer sur la conso. Avec l’inconscience propre à cet âge là, ou le manque d’éducation 🙂

  3. Le genre de billet qui fait réfléchir. Je me suis déjà posé la question : j’ai beaucoup d’amis, festifs comme moi, et quand on se fait un dîner on boit pas mal de vin. Pareil dans ma famille, mon grand-père avait des (petites) vignes et il y a TOUJOURS du vin sur la table chez mes parents, même à midi, même pour un repas ordinaire. Alors bien sûr, l’idée est d’accompagner un bon plat avec un bon vin, et de se sentir bien pour passer un bon moment. Mais où commence l’A. dans tout ça ? (oui c’est un méchant mot, je n’ose même pas l’écrire)
    Je ne vais pas faire part de toutes mes interrogations ici, ça implique des gens proches et c’est trop intime, mais en ce qui me concerne, j’ai fait des efforts car j’ai senti venir il y a quelques années le dérapage qu’on appelle « A. mondain ».
    Avec mon chéri, on a arrêté de se faire « un p’tit verre » en rentrant du boulot, parce que si c’est tous les jours, non ce n’est pas bon pour nous. Et en cette période estivale où les apéros entre amis sont légion, il reste peu de jours dans la semaine où on n’a pas bu au moins un petit rosé ou un demi bien frais.
    Donc comme si je suivais un régime, je réfléchis à deux fois avant d’accepter une bière ou un verre. Surtout qu’à un moment (là ça va mieux, je me soigne 😉 il était hors de question pour moi de passer pour une rabat-joie qui ne boit pas, contrairement aux autres. Bref, beaucoup de questionnements et de remises en question, que tu évoques très bien ici, merci. Et désolée pour le commentaire fleuve et peut-être décousu 🙂

  4. Il est bon que les professionnels de la profession écrivent à sujet, qu’ils y soient attentifs. Merci. Je crois qu’il ne faut pas avoir peur de le nommer; si la modération est cool, un comble que l’on retrouve cet adjectif dans « alcoolisme ».

  5. Le problème avec l’A. mondain, c’est qu’on y arrive très vite sans s’en rendre compte. L’été,les apéros tous les soirs … et puis quoi? Je vais pas tourner à l’Orangina toute la soirée non?
    J’ai personnellement fait cette experience de 10 jours sans alcool; et alors qu’il est très facile, sans même m’en rendre compte, de ne pas boire quand je reste chez moi avec ma copine et qu’on ne sort pas, il est pratiquement impossible de ne pas prendre un verre lorsque l’apéro-de-début-de-soirée-entre-amis dure plus que 2 verres.
    Pour moi, c’est ça, je trouve que la convivialité est tronquée lorsqu’on tourne à l’eau ou au jus de fruit. Alors maintenant que j’ai compris 2,3 trucs sur ça, je reflechis un peu plus quand je prends un verre c’est moins automatique, c’est déjà ça.

    Tout ça pour dire que se tester soit même au sujet de l’A. c’est quelque chose d’important et ce billet reflète très bien le comportement que nous pouvons avoir face à l’A.

  6. Juste pour en revenir à cette histoire de pic-nic à Paris, en fait l’impulsion de réguler l’alcool en cas de manifestations/fortes fréquentations vient de la DEVE (espaces vert) plus que de la police, pour des raisons… d’urine. On parles en m³/h de bières pissée sur quelque m² surface, entre l’odeur, les enfants qui jouent dans les fourrés et les mousses chelous qui poussent sur les arbres, ça fait un drôle de 14 juillet.

    Il faut savoir que le service de la mairie a quand fait de la recherche (sic.) pour nettoyer la pisse des végétaux trop exposé (arbre du canal saint-martin, toi derrière le petit pont de l’écluse, paix à ton âme).

    Sinon je crois que c’est J. Carrel qui rappelait que certes dans le vin naturel il n’y a pas 12 000 agents chimiques qui font mal à la tête, mais il reste quand même de l’alcool… qui doit rester un facteur limitant.

  7. en lisant les autres commentaires, et en connaissant bien le milieu de la consommation d’alcool pour ma part (bar-resto), on peut noter une chose. l’alcoolisme mondain est surtout dû au : « tu bois pas d’alcool, c’est pas cool !!! » ; et là on touche surtout à l’effet de « groupe » (à la con), comme le note explicitement l’une de vos auditrice. et c’est surtout ça, de mon point de vue, qui provoque les consommations d’alcool déraisonnées, et notamment chez les jeunes.
    pour ce qui est de l’alcoolisme (j’ai le droit de l’écrire au fait ?) maladif, ou « pathologique » pour les scientifiques du groupe, on touche effectivement au mal être, et celui-ci est d’ailleurs traité en milieu psychiatrique ; mais, et là c’est mon expérience qui parle, l’alcoolisme « dur », « pathologique », « pas beau à voir », et tout ce que vous voulez, commence TOUJOURS par le mondain. d’où l’intérêt de prendre sur soi, et lorsqu’on n’a pas envie de boire, surtout de la m…, et ben on dit NON !

    après, le petit verre de « bon » vin, « naturel » et tout et tout, est toujours à l’ordre du jour des conseils de certains spécialistes de la nutrition, pour ses bienfaits antioxydants, entre autres.
    aux utilisateurs, de ce médicament délivré sans ordonnance (et y faut en profiter tant que c’est le cas !), par des professionnels avertis 😉 , de ne pas en abuser …

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