Tirade des nez*

La classe à Dallas

*à une époque, je l’ai apprise par cœur, c’était bien

L’avantage d’être enceinte c’est qu’on ne peut plus boire.

Je vois le verre à moitié plein, oui. Le verre que je ne peux pas boire donc.

En fait, la grossesse c’est un peu une école zen où tu serais le seul moine, obligé de te forger ta propre discipline pour survivre.

Non, je ne me drogue toujours pas, je rassure le public surtout celui qui m’écrit sur la boite mail du blog en commençant comme ça:

« O grande prêtresse du pinard, c’est humblement que je sollicite tes lumières »

Voilà. Exactement. C’est comme ça qu’il faut s’adresser à moi, désormais, prenez-en note.

Mais je digresse (de canard).

J’en reviens à l’avantage de ne pas boire: la frustration engendre la naissance de diversions pour prendre son pied. Hé ouais.

Je mise tout, ou presque sur le nez. C’est dingue, mais c’est comme ça. J’avais bien conscience de goûter essentiellement avec celui-ci (merci très cher père de m’avoir fourni un appendice long et performant, quoique légèrement bossu) mais là c’est au carré.

Tout le monde connait l’histoire de la privation d’un des sens qui exacerbe l’acuité des autres (ne pas faire de vannes sur Gilbert Montagné, gniii).

Du coup, hier, quand On m’a tendu un verre de rouge je m’en suis emparée, j’ai fermé les yeux, et j’ai sniffé (Aline pour qu’elle revienne).

Je ne sais pas, par parenthèse, si le fait de fermer les yeux aide beaucoup, mais c’est un sale tic que j’ai attrapé et puis ça fait genre « experte qui a besoin de se couper du monde » j’aime bien.

Marche aussi avec cet air là dit « du philosophe-plateau-télé »

Le truc chouette avec le pinard d’ailleurs, c’est qu’il avait un nez en plusieurs « vagues ».

Des vagues? J’explique: t’as d’abord la petite vague timide qui te léchouille à peine les orteils, tu peux juste deviner que l’eau est froide. Puis une deuxième touche le cou-de-pied. Puis trois, puis quatre, l’écume et à chaque fois la sensation est  différente des autres et apporte une plus-value.

Mon verre, donc: du nez puissant, torréfié, comme si on trainait chez un chocolatier qui ferait lui-même ses fèves. Du réglisse qui colle aux doigts. Une cerise bigarreau qui jute. De quoi te laisser une impression précise, nette et surtout gourmande. Derrière, j’y décèle encore du poivre noir juste de quoi picoter, et réveiller l’ensemble. C’est forcément un vin dont les raisins ont étés baignés de soleil. Forcément. Mais sans l’excès propre au sud: ça fait le beau parleur juste assez pour ne pas être relou **

Dix minutes plus tard, j’ai toujours le tarin dans le Riedel. A côté, On siffle joyeusement son verre, et On tend même la main vers la bouteille pour un deuxième. On a la belle vie, y a pas.

– Et ben, ça a l’air bon, dis donc?

– Oh oui, tu vois c’est tout ce que j’aime dans les rouges actuels. Ca se prend pas le chou, c’est bon, y en a sous le pied, et ça finit pas comme une baudruche qui se dégonfle, ça tient… c’est quand que tu accouches, déjà?

– Cinq semaines. CINQ SEMAINES PUTAIN. Tu me nargues là, non?

– Moi? Jamais ! Mais déjà? Faudra que je re-partage? Han. C’est super cruel ce que tu me demandes là.

– Tu sais que quand tu tues quelqu’un quelques semaines avant ou juste après l’accouchement, tu bénéficies de circonstances atténuantes? Tu le sais?

(bon, je suis peut-être pas SI zen que ça, finalement).

Mais quel est donc ce vin qui non seulement m’a épaté au nez, mais en bouche*** s’est affirmé: la bigarreau en goguette, le poivre et un peu de cannelle en sarabande, une gigue folle de fruits-épices mêlées, ou une polka on ne sait plus. Si les blancs n’ont pas le sens du rythme on peut dire que ce rouge là, il l’a.

Ample, bien construit, charnu. Il fait le job, et un peu plus encore.

Évidemment, ce n’est pas un petit machin à siffloter l’air de rien: y a une certaine présence qu’on aimerait voir régner sur une côte à l’os, belle, persillée, avec de la fleur de sel pour seul atour. Et éventuellement une béarnaise maison, avec le poil d’acidité qui en fait vraiment le goût. C’est ça le bonheur, braves gens.

Si on est carnivore, toujours mais pas porté bœuf, du canard pourrait aussi être un super partenaire. Un beau canard aux cerises (par pitié, n’oubliez pas: trop de sucre tue le sucre quand vous ferez votre sauce).

Z’avez remarqué que j’ai toujours pas dit de quoi il s’agissait comme vin?

C’est votre première épreuve de moine zen, profitez. Éloge de la patience.

HINHIN.

Voilà la bête.

folle

Celle à gauche, sur la photo n’est-ce pas. Celle de droite c’est Jambon dit « Jamon » pour ne pas le vexer (dieu merci ce chat ne comprend pas l’espagnol).

La folle noire d’Ambat est une cuvée du chateau du Roc, en fronton. Quand je disais sud, on est donc carrément en sud ouest. Pure négrette ça c’est le cépage, élevée en foudres (de gros fûts qui sont censés apporter surtout de l’oxygénation, et pas les tannins du bois).

**J’avais lu je ne sais où: « l’homme est un loup pour l’homme, et quelquefois un relou pour la femme ».

*** le temps de grumer, et puis crache la galère, halala, vivement la libération.

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3 réflexions sur “Tirade des nez*

  1. Salut Sand, si tu ne connais déjà, je te conseille vivement de goûter leur cuvée « haut de gamme » qui s’appelle DON QUICHOTTE (60% négrette / 40% syrah). Cela vaut la somme « exorbitante » de 11-12 € et c’est d’la boulette. 😉

  2. Ha j’ai vu un magnum de la fille noire d’ambat chez mon caviste! N’étant pas alcoolique et étant le seul a boire du vin à la maison, j’attend la semaine prochaine qu’il l’ait en 75cl. Me tarde!

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